samedi 8 janvier 2011

Mon Top 8 albums de 2010

Je balance mon top 8 des disques sortis en 2010. Hey, rien de prophétique là-dedans. Je suis tombé il y a peu sur un carnet où j’avais noté, entre autres monomanies teenager, les disques que j’avais préféré en 1994. C’était un gros bond en arrière et j’avais l’impression de débattre avec mon 18 y-o-self. J’écris donc ce top 8 à mon futur moi de 2026. Juste une borne égotiste dans le temps qui passe.

Ce qui est intéressant, au-delà de mes goûts personnels, c’est de constater que la musique alternative est relancée par le mainstream qui tourne en rond. La musique superficielle 2010 a été un plagiat usé de celle de 2009. Ca rappelle la fin des années 80, et c’est bon pour les vrais groupes qui en général naissent de ce genre de période apathique.


1 // Brant Bjork « Gods and Goddesses »

De l’éloge de la sobriété à travers un rock sec et aride comme son désert natal. Sur scène, minimalisme et altruisme à haut volume. Tous les éléments qui en font peut-être le dernier rempart de la scène originale du Desert Rock. Brant Bjork nous disait en interview qu’il préférerait toujours enregistrer 50 albums moyens que 5 chefs d’œuvre sur lesquels il aurait bossé des mois. C’est un des trucs qui m’a le plus marqué de l’année, comme sa philosophie de « less is more » en général. L’album est raccord. Sûrement la meilleure synthèse de ce qui fait la discographie du Dr Special, avec un bon dosage de tous ses éléments psyché-desert-heavy dans des chansons au format classique. Pas de quoi dire que Brant Bjork est un vendu, quand même, comprenez moi bien, mais de gros tubes comme « the Future rock (we got it ) » et « Somewhere some woman » et des idées simples. En creux, grâce à Brant, on voit que Josh Homme est bien parti en vrille.



2 // The Sword « Warp Riders » (Kemado)

Clairement l’album que j’ai le plus écouté cette année. J’avais honteusement découvert the Sword grâce à ma passion geek pour Guitar Hero. J’aimais bien, mais rien de fusionnel jusqu’à cet album. Il m’a même appris à mieux apprécier les autres disques. Qualité rare. Un hommage vivant aux années 70 mais avec un chant sec et minimaliste. La prod y fait beaucoup : c’est puissant et ça reste excitant à la 20e écoute.



3 // High on Fire « Snakes for the Divine » (E1 Records)

J’admire la créativité de cet album. Très addictif car très riche. Matt Pike, le guitariste de feu-Sleep à la voix de Lemmy, signe le meilleur album du groupe. Histoire de varier et parce qu’il en parle mieux que je ne l’aurais fait, je mets en copie la chronique qu’en avait fait mon pote Pierrot de l’Heretic.

HIGH ON FIRE «Snakes for the Divine»

Merci Seigneur.
Merci pour ce cinquième album bien meilleur que son grand frère «Death is this communion». Merci pour l'apport du fantastique bassiste de ZEKE, Jeff Matz, qui apporte un groove du tonnerre. Merci à la nouvelle production meilleure que celle de Relapse qui rend plus la voix de Matt Pike plus grasse que celle de Lemmy mangeant du saindoux. Gloire à Toi de permettre une telle tribalité et une telle habileté musicale diabolique dans les compositions de «Snakes For The Divine», «Frost Hammer» (quel refrain, mes aïeux, quel refrain), «Bastard Samurai» et «Fire, Blood and Plague». Pardonne à ces malheureux d'avoir lorgné sur les riffs de MASTODON un court instant, ils en reviennent derechef, et Te rendent hommage avec «How Dark We Pray» au milieu de la poussière et de la désolation. Honneur Te soit rendu d'avoir autorisé un si mauvais goût de layout (un dessin hyper classe de gorgone enveloppée de serpents, le corps et le regard tournés vers une lumière plus que malsaine, excusez du peu). Je m'incline devant Ta mansuétude, Ô Toi le Grand Cornu.
(PMA)



4 // Karma to Burn « Appalachian Incantation » (Napalm Records)

En plus de trouver cet album incroyable, j’ai eu la chance de les voir et les interviewer à Périgueux le 5 novembre. Voilà ce que j’ai écrit dans le ‘live report’ pour Abus Dangereux.

Depuis le dernier album « Appalachian Incantation », le groupe s’est étoffé avec Daniel Davies, le chanteur/guitariste de Year Long Disaster. Un apport considérable qui semble séréniser tout le monde. On sent que Will Mecum notamment n’est pas mécontent qu’un mec soit content de solliciter l’attention sur scène. Sur disque, le groupe nomme ses morceaux comme d’autres des chambres d’hôtels (42 est le 2e morceau du 4e album). Sur scène, pas un mot. Le package pourrait sembler austère et pourtant on entre dans une communion enamourée à la première note. Un stoner puissant, accrocheur et qui provoque immédiatement une réaction épidermique. Plus qu’une claque, un bouton ‘reset’, comme si on se départissait du côté blasé et qu’on n’avait jamais vu de concert avant. Science du riff et efficacité optimale tout le long. Pas de longueur ou de fioriture. Du point A au point B. Une deuxième chance inespérée pour ce groupe crucial de deux mouvements jugés futiles, le stoner et l’instrumental. « Now » inscrit sur la batterie de Rob Oswald résume bien à la fois la meilleure façon de vivre ce concert, et la façon qu’a le groupe de l’appréhender lui-même. Le gang a choisi d’exorciser les vieux démons à même la scène. Comme un four qu’on aurait chargé de bois toute la journée cracherait des flammes incontrôlables dès qu’on ouvrirait la porte. C’est sûrement l’alchimie la plus improbable de la musique actuelle, avec la reformation de Take That. Une force centralisée incroyable, bien plus forte que l’ensemble de ses parties. En plus de ça, les nouveaux morceaux (« 41 » et « Waiting for the western world » notamment) empêchent de sombrer dans le passéisme du « c’était mieux avant ».



5 // Valient Thorr « Stranger » (Volcom Entertainment)

D’album en album, Valient Thorr s’affirme toujours plus comme le meilleur remplaçant de feu-Turbonegro. Ou comme des Ramones éduqués, c’est selon. « Stranger », le cinquième album, continue sur la voie du gros son entendu sur Immortalizer (2008). On retrouve aux manettes le producteur Jack Endino (Nirvana, Mudhoney, Zeke, High On Fire). Pour les gens assez vieux pour avoir vécu le grunge, l’association parait tomber sous le sens. De gros riffs rapides et percutants, une chiée d’événements à la seconde. On a un peu la même impression qu’à la lecture du Las Vegas Parano de Hunter S. Thompson. On est pris dès la première seconde dans un engrenage dont on ne maîtrise rien, et on ne réussit à s’en sortir qu’à la fin, sans être vraiment acteur de quoique ce soit. On est esquintés, encore fumants, mais on fait le tour et on repart au début. L’ensemble est faussement bas du front et se révèle très malin et ironico-nerd. C’est un peu « Freaks » filmé par les Stooges. Le lien entre Anthrax et Mudhoney quoi.




6 // Danzig « Deth Red Sabaoth » (Evilive records)

Aaaah, Glenn Danzig… j’en ai longuement parlé ici >> http://drinkboozethinkloose.blogspot.com/2010/09/danzig-deth-red-sabaoth.html, donc je ne vais pas en remettre une tartine. Ce que j’apprécie chez le gars, c’est le côté seul contre le monde entier. Intègre jusqu’à l’absurde. Jamais il n’a dévié de son objectif. La fois où il s’est le plus rapproché des spotlights, c’est quand il a écrit une chanson pour Johnny Cash. La classe selon un certain angle.



7 // 80s matchbox B-Line Disaster « Blood & Fire » (Black Records)

« Blood & Fire » est le testament d’un groupe qui n’a jamais triché. Une merveille de groupe marginal, très punk dans l’esprit. Très proche de la phrase de Neil Young « It's better to burn out than to fade away » jusqu’au bout puisque le groupe a splitté en fin d’année. Sans en faire des tonnes, ils l’ont juste fait. De « Hörse of the Dög » à « Blood & Fire » la groupe a gardé le cap : un peu post-punk, un peu psychobilly, un peu garage et donc inévitablement un peu Cramps. Forcément foutraque. Le tout joué avec l’urgence d’un éphémère qui ne verra jamais le matin. Le producteur Chris Goss avait étonnamment dit qu’il s’agissait du meilleur groupe avec lequel il avait travaillé (pour ceux qui ne connaissent pas Goss, et histoire de ne pas faire tout le boulot, je vous laisse le wikipédier). Le groupe avait en tout cas ce côté fédérateur à la Motörhead car ni les punks ni les métalleux ni les rockeurs ni les garageux ne pouvaient leur cracher dessus. Rest in Peace.




8 // Helmet « Seeing Eye Dog » (Work song inc.)

Ah le bon parfum des college radios US des années 90 ! Helmet revient avec le seul Page Hamilton aux commandes. « Seeing Eye Dog » est comparable à « Betty » sur la forme, avec ses plages contemplatives au milieu, et à « Aftertaste » sur le fonds. Gros son, production compacte et claustrophobe. Niveau chansons, « LA water », « Miserable » ou « Welcome to Algiers » tiennent l’album, quand « In person » évoque une réflexion paradoxale. Le métal alternatif, dont Helmet a été l’un des plus dignes représentants, a été exploité dans tous les sens par Dave Grohl qui l’a diffusé poliment dans les albums successifs de son groupe. Et … on a l’impression d’entendre les Foo Fighters sur ce morceau. Un tour de force dans l’inversion des données. Pour le reste, les assauts radicaux estampillés Helmet évitent la facilité. On peut toujours débattre du fait que c’était mieux avec Bogdan et Stanier. Hamilton a inventé un style, une équation inoxydable. C’est le McCartney du hardcore. Une intégrité qui ne connaît aucune érosion. Culte comme s’il était mort, méconnu comme s’il n’était jamais né.

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Bonus // Gwar « Bloody Pit of Horror » (Metal Blade Rds)

On est ok, cet album est mauvais. Mais voir que Gwar est encore en vie en 2010, ça force le respect. Comment peut-on concrètement amener un groupe avec des gros masques en latex d’aliens à travers trois décennies ? Beavis and Butthead seraient vraiment fiers s’ils étaient encore en vie.


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Albums qui n’ont pas fait le cut par pure modération : the Melvins « the Bride Screamed Murder », Fu Manchu « California Crossing démos », the Black Angels « Phosphene Dreams », Year Long Disaster « Black Magic : All Mysteries Revealed », the Black Keys « Brothers », Grinderman « Grinderman 2 », Electric Wizard « Black Masses », the Fall « Your Future Our Clutter », Year of No Light "Ausserwelt"

vendredi 29 octobre 2010

Home made

Avec Louise, on a créé le groupe SILLY WALKS (oui, d'après ce terrible sketch des Monty Python). Plutôt ludique, pas de projet carriériste dans le sillage du succès de She & Him et Isobel Campbell et Mark Lanegan. Le concept du jour était d'enregistrer la même chanson, mais chacun dans sa propre version.


jeudi 21 octobre 2010

Tiens, une autre étiquette musicale a changé de job …

Ces derniers temps, on peut constater un amalgame entre le stoner et ses parents, le métal 70s et le psych-rock. Les derniers qui y avaient échappé étaient les Black Angels... depuis, c'est le foin.

On a réagi à l'écoute de Tweak Bird l'autre jour à Total Heaven. Ces gars sont présentés comme un groupe de stoner. En bons amateurs du genre, on déplorait la glissade. Les groupes veulent faire du stoner clean, sans bien avoir appréhendé d'où tout ce bordel venait. Les par ailleurs très bons bordelais de Mars Red Sky se sont vus coller une étiquette stoner alors qu'aucun d'entre eux n'en a jamais écouté. Après l'examen de la platine, il s'avère que le groupe fait du psych rock avec un chant pop. La critique est formelle, bien sûr. Il ne s’agit pas de critiquer les groupes, mais leur labellisation. Si on vous vend du « beurre » et qu’arrivé à la maison, vous vous retrouvez avec du savon, vous allez l’avoir de travers. En plus d’un goût ambigu dans la bouche.




Led Zep était passé d’une étiquette hard rock à simplement rock, et le groupe est aujourd’hui considéré comme du classic rock. Un decrescendo (euphémisme) dans la virulence perçue alors que les chansons n’ont pas bougé depuis leur enregistrement. Mais l’opération s’est faite par l’érosion du temps, pas par amalgame. C’est bien là qu’est le problème.




Par facilité, dès que la chanson descend en dessous de 100 bpm et qu'il y a une note de basse, les gens appellent maintenant ça « stoner ». J'ai eu ce genre de problème à la radio. Les gens assimilent ce que tu passes à « du stoner » - au passage ils te collent une image de bas du front assez étrange - et tous les morceaux que tu vas passer après sera « du stoner » ... Black Keys, Radio Moscow, the Sword, les Datsuns, Danzig, Mudhoney... stoner et encore stoner ... !? Le terme stoner commence à être dévoyé: dès qu'on entend de la basse ou un arrangement qui sonne lourd, "stoner". Je pense aussi que c’est pour ça que la scène originelle préfère le terme « Desert rock » maintenant.


C'est vraiment autre chose que ça. La psyché sonne stoner car il y a beaucoup d'inspiration psyché dans le stoner. Notamment les jams. Je pense justement que le stoner doit rester un mouvement mineur orchestré par des slackers altruistes et modestes. Pas une multi référence mal renseignée. Si ça arrive, c'est aussi parce que les groupes stoner imposent un nouveau standard aux groupes plus ou moins metal, qui ne peuvent plus se permettre d'être moins "heavy" que ces branleurs du désert/ skaters californiens.

(oui, les répétitions du terme sont voulues. Cest une mise en abyme de ce que je dénonce. Orson Welles-ien, non ?)




Il y a bien sûr du crossover. Nebula, par exemple, injecte une bonne dose de psyché dans sa musique, et n’est pas traumatisé par des morceaux étirés par des impros et une voix gorgée de reverb. Fu Manchu de son côté est plus influencé hardcore et refile des morceaux de durée standard et un chant sec. Le stoner n’obéit pas à une recette unique, un peu comme le punk new yorkais 70s. Le problème actuel est que tout ce qui se trouve dans le spectre psyché / power metal (c'est ... large, quand même), les gens le résument depuis 2 mois à "stoner". Ca m'incommode. Notamment de la part de gens qui viennent de la pop, et que leur avis soit déversé au bistro ou dans les colonnes de la presse. C’est un phénomène que l'on observe depuis quelques temps. Ce qui est étrange, c'est que les gens appellent aussi bien "stoner" les Black Angels ou the Sword. Gasp ! Un amalgame aussi ahurissant n'avait pas été fait depuis le grunge... Stone Temple Pilots, du grunge ? Tu dois sacrément te foutre de ma gueule, là.





On va appeler ça flux et reflux, mépris d'un côté, hype de l'autre, sans aucune séparation, laissé à l'arbitraire du mal informé... à l’avis du gars pas forcément intéressé, surtout. Un mouvement né dans la crasse et jugé dans les Inrocks, en somme.

Le révélateur est en fait assez rapide, il suffit de lire ou d'écouter les influences des gars: si apparaissent QOTSA / Black Sabbath au milieu de trucs improbables, c'est du fake. Josh Homme, en partant de Kyuss, a fait trois albums stoner en y amenant la digression d’un chant déviant. Mais QOTSA est connu par le mainstream depuis qu'il a abandonné toute vélléité lourde. Les vrais groupes stoner sont restés dans l'ombre, ces mecs ont un boulot à côté et un altruisme plein d'humilité. Un sous-genre Mexicano/white trash. Les guitares aux tonalités basses, les boucles hypnotiques, le tempo lourd, la batterie étonnamment très tonique, le minimalisme ambiant, des mecs qui n’ont pas le moindre plan de carrière et une grosse base du rock 70s. Ca, c’est du stoner™.



Le pire, c'est que le stoner, ce mouvement paria, plus indé que le mouvement le plus indé vu que son côté instinctif est méprisé par les bien pensants, parti du désert californien, va finir par devenir hype...

jeudi 23 septembre 2010

DANZIG // Deth Red Sabaoth



L’image de Danzig a toujours été faussée. Les a priori… C’est devenu old school de creuser, d’aller chercher les éléments autour d’un simple disque, ce qui est évidemment le moyen de décoder le qui/quoi/comment qui est essentiel (hors artistes Fun Radio) autour des 8-12 morceaux toujours un peu opaques. La génération MP3 colle à la philosophie fonctionnelle de son support. Le culte du single, de l’unité plutôt que de l’ensemble. L’immédiateté aussi, moins de patience et un jugement qui peine à dépasser l’intro si elle n’est pas assez accrocheuse. La menace du support jetable car gratuit : l’épée de Damoclès 2.0 ! La baisse des attentes culturelles, c’est une menace autrement plus virulente que la supposée baisse des ventes. La voie royale pour les a priori, donc.
Parce que bon, d’où vient Glenn Danzig ? Du punk radical et minimaliste des Misfits. Le charme d’une bouillie nihiliste et misanthrope sur laquelle on colle une voix mélodique complètement hors de propos. Mais c’est sûr, les muscles désorientent l’œil et éloignent l’oreille. Henry Rollins et Glenn Danzig sont américains. Ils sont irréprochables niveau background mais on est loin des branches de noisetiers vernies au malt anglais qui ont établi le standard punk définitif. Plus proche de la contre-culture US, si on se donne la peine de passer la première impression. J’imagine que c’est le même sentiment quand un blanc d’ un mètre soixante se ramène sur un playground du Bronx.




C’est triste au fond, ce gars est vu comme un bas du front unidimensionnel, une persistance rétinienne des années heavy métal. Au fond, il reste un punk profondément nerd. Quand il a été question de lancer la version Hollywood des X-Men, Marvel a aussitôt fait appel à Glenn Danzig pour incarner Wolverine. Le candidat idéal et 3 heures de maquillage par jour en moins si on le compare à Hugh Jackman. Il refuse aussitôt. « Je suis un musicien et je n’ai pas besoin, comme les autres acteurs, de tourner n’importe quoi. Je ne veux pas que mes fans se déplacent dans un cinéma pour me voir dans un film de merde. »




Aussi indé qu’un amateur de B-movies et propriétaire d’une boîte d’éditions de horror-comics (Verotik) puisse l’être, quoi. Pas une once d’Ozzy Osbourne chez Glenn Danzig.
Je n’ai toujours pas parlé du disque. On écoute différemment un album selon les pompes qu’on enfile, j’imagine. C’était plus constructif de tout remettre à plat, et si j’étais passé dessus, je serais passé pour un redneck décérébré en pleine régression teenageophile à parler de cet album périmé avant de naître.
Quand tu écoutes une chiée de disques, ça devient rare de remettre un album dès qu’il est terminé, back to back. Une semaine, puis deux. Ca m’était arrivé avec Songs for the deaf de Queens of the Stone Age, par exemple, ou Nevermind en 1991. Live after Death, d’Iron Maiden aussi. Sûrement qu’il y a des facteurs récurrents dans tous ces trucs, mais Freud est mort. Tout ce qui est rare est notable, j’imagine. Ca valait bien cette chronique étirée.
L’album, donc. Les premières minutes d’écoute sont assez étranges. Il faut un temps d’adaptation, clairement. Il aurait été facile de faire une grosse production et de gonfler une voix au coffre vieillissant. Mais Danzig gère plus ou moins comme il le fait depuis les Misfits. Guitare, basse, batterie et une voix improbable mixée à contre-courant. Back to basics, pas de fioritures et les failles deviennent autant de monuments d’authenticité. Vu de loin, je pense que le but était de repartir sur les traces de ce qui avait fait le succès de Danzig et Danzig II, mais Glenn D est trop intelligent pour ne pas voir que le contexte n’est pas le même. Le métal tel qu’il existait à l’époque est mort et le disque a calqué sa courbe sur celle de son collègue. Au final, on retrouve un gars plus proche du Danzig sombre des Misfits que du prophète pour teenagers de ces deux albums là.




Deth Red Moon, the Revengeful ou Hammer of the Gods sont des classiques instantanés. Left Hand Rise Above est déchirant d’honnêteté. Je n’ai pas la moindre idée de quoi peut bien parler cette chanson, mais ce mec a dû se faire plaquer un bon paquet de fois. L’album dégage un sentiment très mélancolique, en lien direct des baffles aux tripes. Les chroniqueurs pressés résumeront ça par « épique » mais vu que le disque est coincé dans une cave, entre une bière tiède et l’anthologie comics de Green Lantern, ça ne me semble pas très approprié. Des killer songs, donc, qui portent l’album à des hauteurs dont on ne pensait pas Glennounet capable. En creux, c’est bon signe, puisque la plupart des critiques sur le web crient au génie devant d’autres morceaux comme On a Wicked Night, Ju Ju Bone ou Night Star Hel. La qualité partage. La médiocrité a plus tendance à être très fédératrice quand on chronique un disque.
En fait, le plus évident, c’est ce sentiment qui perdure. Ce n’est pas pour rien que Danzig a écrit Thirteen pour Johnny Cash. Même parcours hors des clous, même personnalité crépusculaire, même indépendance vis à vis de sa famille musicale. La nostalgie qu’on ressent à l’écoute de Deth Red Sabaoth pourrait durer pas mal de temps si on en croit Danzig. La question du magazine était : avez-vous déjà un plan pour le prochain album ?
“I don't know, we'll see. With the way record sales are now, and who knows? I mean, besides, I won't do some stupid pro-tool record in someone's living room where all the drum beats are stolen from somebody and just mashed together...and I'm not going to do that if I can't do a record how I want to do it, and if it's not financially feasible, I'm just not going to do one.”
Tout ce qui est rare est notable…

mardi 24 août 2010

THINKIN’ OUT LOUD

Ce qui est bluffant chez des groupes comme les Ramones, c’est cette persévérance qui emprunte à l’entêtement. Ces groupes monomaniaques, qui répètent à l’envi le même album, ne perdent jamais le cap. Les fans participent au processus, entre soutien indéfectible et garde-fou incorruptible. Si un album venait à changer de direction, les réactions seraient aussitôt épidermiques. Sur le tard, c’est ce qui était arrivé aux parrains de la ligne droite. Les Ramones avaient sorti un « Mondo Bizarro » par exemple qui sentait le genou à terre.

Ce qui est appréciable avec Fu Manchu, c’est le côté « Never Say Die ». Ne jamais renoncer. Ne jamais dévier. Le groupe de San Clemente s’autorise un demi-tour dans la ligne droite. Eux aussi ont eu leur « Mondo Bizarro ». California Crossing, 2001. Une production à l’assaut des radios, et Scott Hill qui ne digère jamais vraiment qu’on ait joué avec son pragmatisme. Au lieu de continuer comme si de rien n’était, et malgré le chemin parcouru depuis, le groupe décide de ressortir les démos originales, remixées par leur soin. Histoire de montrer que les intentions étaient bonnes et qu’eux n’avaient jamais changé. California Crossing ne sera jamais leur meilleur album, et ils ne le considèrent même pas comme tel, mais l’intégrité ne connaît pas de prescription de ce côté-ci du skate-board.




En plus de cet acte rédempteur que j’apprécie au plus haut point, Fu Manchu fait dans la verticalité. Proposés par mail aux seuls fans dans un premier temps, puis envoyés par Scott Hill lui-même (il a signé le bon des douanes). 2 stickers sont accrochés avec un sparadrap sur le vinyl, à la manière d’un adolescent qui torche son premier fanzine. De l’auto production pure, la pochette ne comporte aucun label. Puis le retard, les problèmes de slackers qui envoient un truc sur le vieux continent, les mails échangés au parfum « it’s ok, man. I think it’s somewhat fixed by now. » Fu Manchu a 20 ans cette année et se comporte encore comme un groupe de garage de banlieue white trash. Le vinyl a plus de poids. C’est mieux d’avoir 14 ans à plusieurs.

La petite histoire aussi, avec son lot de drama. Après la sortie de « In search of », Scott Hill est seul. Glass et Romano préfèrent le versant jams psychédéliques du stoner, Hill tient au format brut et non-extensible du hardcore. Ils partent et vont former Nebula. Après le split de Kyuss en 1997, Brant Bjork rejoint Fu Manchu. Avec les arrivées simultanées de Balch et Davis, le groupe trouve son line-up classique. Le plus efficace. En 2000, Brant Bjork veut partir faire son truc solo, et lâcher les baguettes pour empoigner définitivement la guitare. Il en parle depuis longtemps au groupe et n’aurait donc jamais du enregistrer ce disque, mais sa loyauté le fait rester tant que ses potes n’ont pas trouvé le remplaçant idoine. Il enregistre comme prévu, mais l’album sera défendu sur scène par l’ex-Smile Scott Reeder, toujours dans le groupe aujourd’hui, mais ironiquement sous la menace quotidienne de son homonymie avec le bassiste de Kyuss. Brant Bjork aura un peu été le Mick Taylor de Fu Manchu. Les Stones avaient sorti leurs meilleurs albums avec Taylor, finissant sur un contestable « It’s only rock’n’roll ». Brant Bjork aura participé grandement (plus qu’un simple batteur, c’est un compositeur très sûr) aux classiques du groupe « The action is go », Eatin’ Dust » et « King of the road » avant de partir sur un « California crossing » crève cœur pour les fans hardcore.

C’est étrange un meuble de disques parfois. On a tous des disques préférés, des disques qu’on évite car ils nous rappellent des sales moments, et des disques qui marquent des périodes de notre vie. Il y a aussi des disques qui comptent de pleins de manières comme celui-ci, sans qu’on les aime pour autant. Les histoires autour d’un disque font aussi partie du package sûrement, un peu comme cette connerie largement rebattue de silence après la musique qui est encore de la musique etc.

D’emblée, ce qui est marrant, c’est que la pochette de ces démos colle parfaitement au but recherché : oui, c’est le même disque, mais l’angle de vue est différent. Great !






Je ne vais parler que de ces versions démos, sans les comparer de façon fastidieuse avec celles sorties en 2001 et qui resteront dans la discographie officielle – quoique fasse Scott Hill.

Ce qui avait le plus choqué les fans à la sortie du disque, c’était le fait que certaines chansons avaient des refrains aux mélodies vraiment travaillées (Separate Kingdom, Thinkin’ out loud). Chose impensable pour le groupe. Pas de quoi le faire basculer du mauvais côté, même si la culture skate est très présente (Downtown in dogtown, Ride to live (live to ride) ). Le disque contient quand même deux énormes classiques du groupe : Mongoose et Squash that fly. C’est d’ailleurs à partir de California Crossing que Fu Manchu calquera inconsciemment son œuvre sur celle des Ramones. Road to ruin est l’exemple qui me vient là comme ça. Deux classiques par disque, deux ou trois chansons dans la lignée de ce qu’ils ont fait précédemment, histoire de faire le lien, et le reste de remplissage. Des slackers, on disait. Certains voient un charme inimitable là où d’autres verront de l’amateurisme grossier. Les chansons qui ont le plus bénéficié de cette ressortie sont sans problème Ampn’, California Crossing et Hang on (qui n’avait sur l’original aucun intérêt) même si le résultat est très présent mais plutôt diffus. C’est vraiment l’ensemble qui laisse une meilleure impression. Le disque a droit à son retour avec les honneurs dans la discographie monolithique du Fu.

Cool. J’ai réussi à parler du disque sans employer les termes exagérés de fan consterné, « skate punk » et « hard FM ». Auto-censure et âge de la maturité.


Last but not least: la vidéo de Squash that fly

mardi 3 août 2010

Interview Error 404 // Fanzine PARANOIA

Interview à paraître dans PARANOIA # 12 http://www.myspace.com/uncommonboyfrommars

Error 404 c’est 1 personne avec de nombreux intervenants. D’où t’es venu cette idée et pourquoi ne pas avoir fait un seul groupe ?

C’est la conséquence de plusieurs événements. J’avais été dans plusieurs groupes où, avec le temps, l’ambiance était vraiment devenue délétère, jusqu’à passer devant l’essence même du groupe. Ca, c’est quelque chose que j’ai du mal à admettre au fond de moi. D’un autre côté, je suis un fan de stoner et le concept des Desert Sessions me correspondait avant même que j’en entende parler. Des gars lâchent leur groupe pour se retrouver et enregistrer ensemble, un moment collectif sorti de nulle part. Même si tu veux t’embrouiller, là t’as pas le temps, t’es obligé de faire passer la musique avant. Ah ah. Donc, pas le choix, ça donne des chansons simples, où tout le monde a carte blanche et amène son truc à l’ensemble. Du dumb-rock quoi. On a enregistré en seulement une journée, pas de répétitions, et deux des chansons ont été mises en boîte avec leur première prise. On peut difficilement faire moins. Finalement, c’est recréer une dynamique de groupe à chaque fois, et c’est proche de l’esprit punk originel. Mais l’idée de multi-collaborations un peu opaque fait son chemin dans ma tête depuis 10 ans, ce n’est pas venu sur un coup de tête ou sur un effet de mode. Je sais bien que ce qui ressort de ce projet n’est pas parfait, ou aurait pu être amélioré, mais la spontanéité et l’urgence, c’est aussi un luxe aujourd’hui. J’écris des chroniques de disque dans des fanzines et la moindre démo sur CD-R a un gros son lissé et aseptisé. On peut voir ce projet comme une poche de résistance, un truc comme ça. Ou du pur nihilisme.

Par rapport à ton nom, tu penses vraiment que l’on nous cache des choses ?

Je vais te dire, je l’espère. J’ai grandi dans un coin vraiment rural, plus ou moins le seul kid dans les parages, et les seuls trucs qui m’ont toujours fait rêver, ce sont tous ces mystères et les trucs cachés. L’allégorie du donjon de Barbe Bleue, tu vois. Il donne la clé à sa femme, mais lui dit de ne jamais ouvrir la porte. L’interdit, le secret, c’est forcément plus marrant que les infos et la vraie vie. Je crois que tous les nerds, tous les mecs qui font les fanzines conspirationnistes aussi, vivent avec cette idée. Certains fans de Star Trek apprennent à parler klingon, alors qu’il y a peu de chances qu’ils en aient besoin un jour, à part au Comic-Con peut-être. Mais attention, c’est léger hein, plein d’ironie et de dérision. C’est avant tout un truc de passionné. Nick Hornby (qui a écrit High Fidelity) a dit : « je me méfie toujours des gens qui ne sont fans de rien ». Bref, quand j’ai dû trouver une idée pour ce groupe à effectif tournant, je me suis dit que ce serait une bonne idée de baser le truc sur la conspiration, etc. Un groupe où on ne sait jamais qui est dedans, ça fait très Men in Black ou heures obscures de la CIA. C’est vraiment le nerd qui parle aux nerds, mais c’est aussi une facilité. Imagine que je commence à donner un pedigree à chaque version du groupe, comme Deep Purple. Error 404 mark II, Error 404 mark III. On ne s’en sortirait pas. En même temps, tu viens peut-être de me donner une idée là. Pour revenir à ta question, Error 404 est le nom que j’ai choisi en pensant à cette page internet vers laquelle on te dirige quand le lien est inexistant ou n’est plus valide. Je me suis dit qu’un fanzine conspirationniste aurait pu en faire un dossier bien fédérateur. Genre « on nous ment, on nous interdit juste de consulter une information cruciale ». Dans la pure lignée de ce que peut faire la Chine ou la Corée du Nord en ce moment. Bon, il faut un peu éclipser le fait que ça peut t’arriver sur une page de l’Equipe.fr hein, et c’est crédible.

Il y a un nom qui revient souvent c’est John Doe. Qui est ce personnage ?

« John Doe », c’est le nom sous lequel les anglophones enregistrent les gens « sous X ». Mais il n’y a pas de concept super relou et pompeux. Au mieux, toujours cette histoire d’egos. ‘We are all John Does’, c’était pour dire que nous n’étions personne. Nous n’avons pas de visage, pas de passé dans d’autres groupes. Ca importe peu le qui fait quoi. C’était aussi pour lutter contre la vague actuelle du rock, le côté image qui prime. J’ai partagé la scène avec des groupes qui se prenaient pour des stars après leur cinquième concert… D’un bar à l’autre, quand tu parlais de ces groupes, personne ne les connaissait. Tu vois le truc. Après bon, on est 6 milliards d’humains sur Terre, et chacun fait quelque chose bien à lui. Penser que ce qu’on fait à notre petite échelle est crucial, ça me semble être une belle connerie.

Sur le MySpace, tu as une liste d’influences impressionnantes, que t’ont elles apporté ?

Je suis un nerd. Au sens clinique du terme. J’ai des obsessions vraiment chronophages, et je n’ai jamais fait le tri. C’est du crossover culturel, un truc comme ça. Beaucoup d’influences interviennent quand j’ai une idée mais je ne fais jamais de distinction entre un film, une série, un groupe ou un bouquin. Je ne suis pas ce qu’on pourrait définir de « musicien ». C’est le produit fini qui m’a toujours fait rêver. J’aurais pu faire des BDs, des documentaires, écrire des bouquins. Ca m’aurait permis d’insérer pas mal de mes références aussi, mais la musique a toujours été ce qui m’a le plus passionné. Des trucs très minimalistes, comme les Stooges, les Misfits, les Ramones avec un côté concis et un format chanson. J’adore le faux premier degré. J’aime quand il se passe quelque chose en dehors de la scène aussi. Turbonegro, Kiss, Nine Inch Nails, Elvis : ce sont des gens qui peuvent passionner un public qui n’a jamais entendu une seule note de leur truc. C’est paradoxal hein, je devrais défendre le côté musical, mais c’est un côté « pop culture » que j’aime sincèrement. Après, qu’est ce qu’elles m’ont apporté !? Je crois que notre génération est plus dans la référence que dans la création. Donc j’ai envie de dire « tout ». Sur le EP, le « Punishment Park » de Peter Watkins ou le cascadeur Evil Knievel ont autant compté que des disques, donc c’est dur à dire. Je te dis, notre génération a tellement de références que l’originalité est devenue très utopique. A vrai dire, le but ultime de ce groupe c’est de devenir Electric Mayhem, le groupe d’Animal des Muppets… Non, mais vraiment, j’aime les trucs secs et radicaux. Je n’ai pas envie de rajouter underground, parce que le terme est dévoyé. Alors, disons que les Wipers sont un excellent compromis à ce que je voudrais exprimer. Même si le groupe est définitivement plus proche de Fu Manchu.

La suite pour Error 404 ?

Reconstituer le groupe d’un jour. Puis continuer comme ça, multiplier les sorties, dans un mode old-school. J’aimerais sortir un 45 tours chaque fois qu’on a deux chansons dans la boîte, comme le faisaient les rockers 50s et les punks plus tard. Je pense que le prochain EP sortira sur cassette audio, repiquée à la main. J’ai une vraie nostalgie des mixtapes de notre adolescence.

Vous pouvez retrouver le MySpace du groupe @ www.myspace.com/wearealljohndoes

lundi 2 août 2010

We like it geek

Weirdos never sleep !
Tant mieux. Et ce n'est pas en ces temps de Comic-Con qu'on va le regretter.

# D'abord ce film de zombie interactif.
A vous de faire les bons choix pour vous frayer un chemin jusqu'à la fille et rester plus ou moins intact. Perso, je suis mort deux fois. Ca semble être le minimum car le scénario joue habilement sur les codes du film de mort-vivants. C'est de la pub virale pour une chaîne de pizzas néo-zélandaises, mais c'est vraiment très bien fait. Pas mal de références, surtout à Romero et donc au jeu Resident Evil, mais c'est vraiment drôle. Au milieu de la mode survival très inégale, ça tient étonnamment la route.

http://www.youtube.com/watch?v=9p1yBlV7Ges&feature=player_embedded


# Un fan des Pixies a organisé un hommage all-star pour son groupe fétiche. Partons du postulat à la Sliders (la série où les gars sautent d'une dimension à l'autre en essayant de rentrer chez eux) que les classiques "Hey", "Wave of Mutilation", "Vamos" aient été écrits par Prince, les Beach Boys ou Elvis... Cet anglais, décalé mais pas maladroit, imagine le résultat dans cette dimension parallèle.

La page MySpace pour se faire une idée:
http://www.myspace.com/matthewscelebritypixiestribute

Et le site, où il y a un peu plus de chansons:
http://pottymouth.org/mcpt/