jeudi 25 août 2011

Punk Rock changed our lives

Interview de MIKE WATT parue dans New NOISE MAGAZINE # 5 // Juillet 2011

« Il pleut beaucoup aujourd’hui. Je me sens mal par rapport au public. Je n’aime pas penser qu’on assiste à un de nos concerts sous la pluie. » C’est la première chose que me dit Mike Watt quand j’arrive à son hôtel. Un bon instantané de l’altruisme du gars. De son parcours, on connaît surtout les Minutemen, un groupe devenu majeur sur la scène punk US des années 80 par la simple force de ses préceptes : le groupe tourne « econo » et renvoie le Do It Yourself dans les cordes, les chansons sont réduites à leur plus simple expression et refusent les structures classiques. Le groupe devient essentiel au hardcore sans jouer une seule note saturée. L’ultime marque punk. Une histoire qui ne dure que 5 ans: le guitariste et chanteur D Boon meurt dans un accident de voiture et brise à la fois le destin du trio et le lien fraternel qui l’unit au bassiste depuis leur enfance.




S’il tourne en ce moment avec les Stooges, le bassiste s’apprête à venir défendre en Europe son nouveau disque solo, « Hyphenated-Man ». L’homme trait d’union. Un disque autobiographique et un titre parfait pour celui qui a été essentiel sur la scène punk US sans jamais se mettre en avant.

Tu es sur la route avec la bande d’Iggy. Comment es-tu devenu un stooge ?

Je ne sais pas vraiment comment c’est arrivé, c’est une suite de coïncidences. J’étais vraiment malade, j’ai failli en mourir. Je venais d’être opéré et avec tous les tuyaux, je ne pouvais plus jouer de basse. C’était la première fois que j’arrêtais depuis mes 13 ans, quand la mère de D Boon m’a mis un instrument entre les mains. Quand j’ai repris ma basse, je n’avais plus de force dans les doigts. Je me suis d’abord entrainé à jouer une chanson des Stooges, avec peu de changements d’accords mais un bon groove. J’ai demandé à Jay et Murph de Dinosaur Jr de jouer un ou deux concerts avec des reprises des Stooges. Et j’ai proposé à Peter (DiStefano) et (Stephen) Perkins de Porno for Pyros de faire la même chose sur la côte ouest. C’était pendant ma convalescence, je me sentais encore vraiment faible. Ensuite, Jay m’a embarqué comme bassiste sur sa tournée solo et on a continué à jouer des chansons des Stooges tous les soirs.

Tout ça sans croiser un seul stooge.

Quelques années auparavant, j’avais participé au film Velvet Goldmine. Pour l’occasion, j’ai enregistré avec Ronnie (Ron Asheton). Il était venu à pas mal de mes concerts, à l’époque des Minutemen ou de Firehose. J’étais dans le studio et ces gars jouaient « TV Eye » juste devant moi. Il y avait Thurston Moore, Steve Shelley (NdR : tous deux de Sonic Youth) à la batterie. Alors Jay a demandé à Ronnie s’il ne viendrait pas jouer quelques chansons, puis s’il ne ferait pas une tournée. Puis on a fait les All Tomorrow’s parties en 2002 à Los Angeles. Scott (Asheton) nous a rejoint. Alors Jay a demandé si on ne ferait pas quelques concerts en Europe. C’est là qu’Iggy en a entendu parler. J’étais en tournée pour mon disque The Secondman’s Middle Stand. Un soir à Tallahassee en Floride, je reçois un coup de téléphone. C’était Iggy. Il me dit « Ronnie dit que t’es notre homme, Mike. Ca te dérangerait de remplacer ta chemise par un bon vieux t-shirt ? ». Le premier concert était à Coachella en avril 2003. Donc tu vois, c’était vraiment une chose après l’autre.




Le plan était du long terme dès le départ, alors.

Je n’ai jamais planifié ce qui s’est passé avec les Stooges. Je pensais vraiment que c’était juste pour un concert. C’est pour ça qu’il faut garder l’esprit ouvert, tu ne peux jamais savoir ce qui va se passer. La vie est faite de tournants. Ce qui est parfois flippant, c’est que j’écoutais ces chansons quand j’étais un kid. Mais tu ne peux pas te contenter de les écouter, tu dois rester intense, être dans la dynamique, être dans l’instant. Iggy mène le bateau, il a une éthique de travail vraiment intense. Il me rappelle D Boon. Pour moi, cet engagement extrême, c’est ce qui fait les meilleurs musiciens. Quand c’est l’heure du concert, la seule alternative possible est de se donner à fond. Les gens ont bossé dur toute la semaine, ils ont payé une entrée, c’est leur argent qu’ils placent sur toi et parfois les tickets sont très chers. Le moins que tu puisses faire, c’est de faire de ton mieux, aller au bout du truc. C’est comme une implication réciproque. Ils te doivent beaucoup, mais toi aussi tu leur es redevable. Moi-même je dois beaucoup aux Stooges, comme toute la scène punk. Elle n’aurait pas existé sans eux. Ils étaient importants pour chacun d’entre nous, et particulièrement en Californie du sud. La population est dispersée dans des villes de taille moyenne, ce n’est pas évident de fédérer dans ces conditions, mais on avait une chose en commun : les Stooges.

Il va y avoir un autre album avec James Williamson ?

Je sais que James écrit des chansons, mais pour le moment, on ne pense qu’aux concerts. Il n’y a pas vraiment de plan.

Quelle est la position des Stooges dans ta vie musicale, justement ? Ca semble moins personnel que tes autres projets.

Pour une fois, j’ai presque le rôle traditionnel dévolu aux bassistes. Je me concentre sur le jeu. Ca ne m’était jamais venu à l’esprit d’être un musicien d’appoint. Mais c’est une position intéressante car tu ne peux pas apprendre certaines choses quand tu es le boss, quand tu dis tout le temps quoi faire aux autres. C’est la troisième fois, puisque j’ai eu ce rôle dans Porno for Pyros avec Perry Farrell, et avec Jay Mascis and the Fog. Ca fait partie de l’expérience globale. Mon interprétation est différente des versions studio, même si j’ai beaucoup de respect pour David Alexander (NdR : premier bassiste des Stooges). Tiens, Un autre signe que ça devait se passer comme ça : il s’appelait David Michael Alexander, et je m’appelle Michael David Watt. Je dois de toute façon m’approprier les parties de basse. Maintenant que James Williamson est là, je joue les parties de basse de Ronnie. Pour tout dire, je ne pensais pas que le groupe allait continuer après sa mort.




Tu viens de sortir un album solo, Hyphenated man, avec les Missingmen (NdR : Tom Watson et Raul Morales).

Je vais venir en tournée à l’automne en Europe, il sortira ici à ce moment-là. J’ai fait la même chose au Japon l’automne dernier, et aux Etats-Unis et au Canada en mars. Je pense que c’est mieux comme ça, appuyer ta sortie avec la tournée, comme j’ai fait toute ma vie.

On ne te voit pas souvent dans notre pays.

J’ai eu plus l’occasion de venir ces dernières années, la France adore les Stooges. Avec les Minutemen, on ne pouvait pas venir ici. Quand on disait qu’on faisait une tournée en Europe, c’était principalement l’Allemagne de l’ouest. Ils avaient l’argent et les bons clubs. Avec les zones instaurées après guerre, il y avait une connexion avec la culture US là-bas. Et quand le mur s’est ouvert, on a eu paradoxalement très peu de concerts en Allemagne. La première fois que j’ai joué en France, c’était avec Jay Mascis and the Fog, en 2000.

Tu parles de l’album comme de la troisième partie d’une autobiographie.

Oui, ça parle de moi aujourd’hui. La première partie était Contemplating the Engine Room, en 1997. J’essayais juste de parler des Minutemen. Le deuxième, The Secondman’s Middle Stand, est sorti en 2004. J’évoque la maladie qui m’a presque tué. Cette fois, je parle juste d’un punk rocker d’un âge avancé. Ce sont des « opéras ». Je n’avais jamais pensé faire ce genre de concepts. C’est très étrange.

C’était la première sortie de ton label, Clenchedwrench.

Oui. J’ai tellement de projets que j’ai décidé de créer mon propre label pour ne pas avoir à en chercher un à chaque fois. Pour rester libre aussi. La prochaine sortie sera en juillet. C’est Dos, mon groupe avec Kira Roessler de Black Flag. On a ce projet depuis 25 ans. C’est mon groupe le plus ancien, de façon étrange. Je pense sortir des albums très régulièrement, mais je veux les espacer suffisamment pour que les gens n’y voient pas aucune confusion.

Sans parler des collectionneurs.

C’est encore un autre problème. Je ne veux pas non plus qu’on pense que je suis dans un délire autour de mon ego. Les gens pourraient avoir l’impression que je m’agite en hurlant « hey, regardez moi, regardez moi ». Ce n’est pas ça. C’est plutôt du genre « hey, j’ai mis ma basse dans cette situation très différente de la dernière fois, et voilà ce que j’ai appris ». Il y a aussi ce disque avec Richard Meltzer, tu sais l’écrivain et rock critic. Ca s’appelle Spiel Gusher. Richard m’a donné 48 textes de spoken word juste avant que je parte à Tokyo. Il voulait que je mette de la musique sur ses poèmes.

Lester Bangs disait que c’était dangereux quand un musicien et un rock critic trainaient ensemble.

Oh non, ce n’est pas la nature de notre collaboration. Ce qu’on a fait là, c’est quelque chose qu’on avait initié à l’époque des Minutemen. Richard nous avait passé des textes qu’on devait mettre en musique mais D Boon s’est tué juste après dans cet accident avec le van. On était tous les deux d’énormes fans de Blue Oyster Cult, et Meltzer avait écrit des paroles pour leur premier album, des chansons comme She’s as beautiful as a foot, Stairway to the stars… Dix des poèmes que Richard m’a donné sont d’ailleurs ceux qu’il m’avait proposés pour les Minutemen. En fait, je pense que tu te mets en danger à chaque fois que tu collabores avec quelqu’un. Tout est risqué quand tu touches au créatif. C’est un peu comme un gamin sur un skate-board. C’est dangereux mais c’est aussi grisant. S’il est raide sur sa planche et qu’il va très lentement, il n’y a aucun risque, mais ce n’est pas non plus très excitant. Bref, c’était surtout dangereux pour moi, car je ne voulais pas le décevoir. Quand il m’a dit qu’il aimait vraiment le résultat, ça a été un moment formidable. J’ai beaucoup pensé à D Boon aussi, parce qu’aujourd’hui, certains de ces textes qu’on avait il y a 25 ans sont devenus des chansons, comme c’était prévu.

Boucler la boucle.

Oui, en quelque sorte, même si on n’avait pas commencé à travailler dessus. Il m’avait juste donné les paroles et on était vraiment excités.




Tu joues maintenant avec les Missingmen, après avoir joué avec les Minutemen et fIREHOSE. Tu préfères les groupes de trois personnes ?

Il y a plus de place dans le van ! Je pense qu’il y a quelque chose de fondamental dans un trio. Je ne sais pas ce que c’est mais c’est comme ça que j’ai commencé à jouer.

Mais dans Dos, vous êtes … comment dire … deux.

Oui oui, deux basses. C’est un challenge car les basses sont sur la même fréquence et on doit être créatif pour laisser sa place à chacun. On est limités au niveau mélodique, et l’idée est d’en tirer le meilleur possible. Bass Magazine m’a demandé récemment quel était le futur pour notre instrument, j’ai répondu la composition. Quand tu composes à la basse, tu laisses naturellement beaucoup de place aux autres musiciens. Tu fais essentiellement des rythmes, quelques harmoniques mais ce n’est pas possible d’en faire énormément. Je pense que c’est intéressant, c’est plus une ébauche que quand tu composes au piano ou à la guitare. C’était l’idée d’origine du punk, essayer de faire les choses avec ce que tu as, ne pas être dépendant des structures classiques. Récemment, on a fait un morceau à trois basses avec Flea (Red Hot Chili Peppers).

Vous n’avez pas vraiment le même style.

Non. Il a en quelque sorte joué le rôle du kit de batterie, une partition très rythmique. Je jouais une basse plus traditionnelle et Kira utilisait des effets. C’était plutôt intéressant. Mais habituellement on est deux, comme le nom l’indique.

En 1995, tu sortais ton premier album solo « Ball-Hog or Tugboat ? ». Tu avais invité 48 musiciens à jouer dessus, comme Eddie Vedder, Pat Smear, Dave Grohl, J Mascis … Je me souviens qu’à l’époque, les gens n’avaient pas très bien compris ce changement. Ce n’est pas très econo (NdR : l’idée des Minutemen était de faire du Do It Yourself poussé à l’extrême du minimalisme et de l’économie).

Je vois ce que tu veux dire par « pas très econo ». Certains de ces gars sont devenus très célèbres. J’étais chez Columbia où j’avais déjà fait des disques avec fIREHOSE. La première fois que je m’étais pointé dans les studios, le gardien m’a envoyé au service du courrier. Il croyait que j’étais un livreur. La plupart de mes invités étaient aussi sur le label. C’était en fait très econo, tu sais. C’était très décontracté. Chaque chanson est en fait un groupe. D’une certaine façon, c’était même l’apogée de l’econo. J’avais toujours joué avec D Boon et là ça devenait personnel. On avait grandi ensemble et quand on jouait, on n’avait pas besoin de se parler, on se connaissait parfaitement. L’idée de cet album, c’était « ok le bassiste connaît la chanson, n’importe qui peut jouer de la batterie ou de la guitare ». De l’expérimentation vraiment. C’est ce que signifie « Ball-hog or Tugboat ? ». Egoïste ou altruiste ? C’est la place que peut occuper la basse dans une telle situation. Tu sais, dans les laboratoires, ils font des cultures de bactérie. C’était exactement comme ça dans le studio : « voyons ce qui va sortir de cette bactérie ? ».

Qu’as tu pensé du DVD « we jam econo », qui retrace l’existence des Minutemen ? Tu avais dit qu’avant de devoir le faire pour la vidéo, tu n’arrivais pas à écouter de nouveau ton ancien groupe.

Oui, j’étais très triste quand je repensais à D Boon. J’ai du réécouter car ils voulaient que je les aide. Tim Irwin et Keith Schieron étaient trop jeunes pour avoir vus les Minutemen. Ils m’ont demandé de parler dans le film. J’ai réécouté les disques avec beaucoup de recul. On avait été très influencés par les anglais Wire et The Pop Group. J’avais vraiment envie de jouer quelque chose d’aussi minimaliste. Ca a été aussi le point de départ d’Hyphenated-Man. Le film m’a permis de reprendre contact avec les Minutemen.




Tu as une place conséquente dans le livre d’Henry Rollins, « Get in the Van ».

C’était notre première tournée en Europe avec les Minutemen. Henry ne venait pas de Californie, il était de Washington DC. Je pense qu’on l’a un peu chauffé. On parlait de musique, et la grosse polémique venait tous les jours de la musique qu’on allait passer dans le van. On se moquait souvent de la musique qu’il passait. Plus tard, il m’a remercié de lui avoir fait découvrir le Velvet Underground. Je me suis servi de cette histoire pour notre chanson « History of the world part 2 ». Dans le bouquin, il veut m’étrangler. C’était la première fois qu’il partait sur la route. Ca l’a poussé à écrire ce journal qui est devenu « Get in the van ». C’est marrant car il y a plein de choses que tu ne pourrais jamais prédire. Aujourd’hui il écrit, il fait du spoken word. Je ne pense pas que lui-même se voyait faire ça à l’époque. C’est un bon ami, un gars très intéressant.

C’est fascinant car la route que vous avez tracée à l’occasion de cette tournée est toujours un classique pour les groupes indépendants. Tu sentais que vous étiez des pionniers d’une certaine façon ?

Tu sais, la scène punk à l’époque était minuscule. Les groupes new wave signaient sur les gros labels. Nous, on devait tout faire nous-même. Mais c’était quelque chose d’intéressant, l’indépendance, l’autonomie. Michael Azerrad a écrit ce livre « Our band could be your life ». C’était le premier à écrire sur le sujet. Maintenant, cette période est documentée, mais longtemps, il y avait les Sex Pistols puis Nirvana, mais il semblait ne rien y avoir entre les deux. Je ne veux pas sonner arrogant, mais peut-être en effet que ça avait un côté pionnier. Ce n’était pas la meilleure façon, c’était tout simplement la seule façon. Ca ne veut pas dire que c’était une mauvaise chose. C’était dur. Mais on écrivait nos propres chansons, il n’y avait personne pour nous censurer. On est sortis de notre pays pour jouer, on a vu d’autres cultures. Il y avait des choses difficiles bien sûr, mais dans l’ensemble c’était super, vraiment.




Tu étais très engagé à l’époque des Minutemen. Quelles sont tes convictions aujourd’hui ?

C’est à la fois très différent et tristement la même chose. En fait, je n’ai pas changé d’un pouce, mais j’ai perdu mon ami et les choses sont différentes. Avec D Boon, on était sur la même longueur d’ondes, mais on ne mettait pas les mêmes mots dessus. Il avait le talent pour que les choses paraissent plus claires. Je me souviens avoir écrit une chanson pour les Minutemen qui s’appelait « working men are pissed ». Je veux dire « en colère », parce que je sais qu’en Angleterre ça veut dire « ivres » et ce n’est pas exactement ce que je voulais exprimer. On avait d’autres boulots tout le temps qu’on a été dans les Minutemen, ça nous permettait de parler de choses authentiques.

C’était une façon de rester indépendants ?

Absolument. Surtout que comme je disais, notre scène était vraiment minuscule. Tu étais censé jouer de la musique commerciale. Les choses ont changé. Les gens se déplacent beaucoup et j’ai eu pas mal de monde lors de ma tournée. Pourtant ce n’est pas très commercial et ça ne passe pas à la radio. Mais les gens sont venus quand même. C’était vraiment différent à l’époque. Un public moins nombreux, même si on vivait econo, on avait besoin de ce job pour payer la nourriture, le loyer, l’essence … La scène a changé et les kids sont devenus plus ouverts d’esprit. Ce n’est qu’en 1986, quand j’étais dans fIREHOSE, que j’ai pu abandonner et me consacrer à la musique. Mais hey, c’est un vrai boulot. Pour la plupart des gens, la musique est une des composantes de la vie et ils passent à autre chose. Puis une nouvelle génération arrive et ils t’ont oublié, ou ne te connaissent pas. Ce n’est pas une mauvaise chose, ça te pousse à rester créatif.




Qu’est ce qui te guide aujourd’hui ? Tu joues toujours beaucoup de musique après toutes ces années.

L’idée dont je te parlais : mettre ma basse au défi. Je continue d’apprendre. C’est ma philosophie. Garder l’esprit ouvert. En ce moment même, j’apprends beaucoup avec les Stooges. Les gens ont toujours quelque chose à t’apprendre, mais tu dois être prêt pour ça. Le corps vieillit, les cheveux blanchissent mais il tient à toi de rester jeune dans ton cœur.

C’est étonnant car avec tous ces projets et ta vie sur la route, tu prends quand même le temps de faire tes podcasts : Watt from Pedro.

Oui, j’ai fait le dernier à Milan, il y a trois jours. Ca fait 10 ans que je fais ça maintenant. Je fais ça sur mon ordinateur dans ma chambre d’hôtel. Il y a certains aspects de la société qui ont connu une évolution contestable, mais emporter son ordinateur avec soi, c’est quand même un beau progrès. Je n’aurais pas pu faire la même chose à l’époque de « Get in the van ». Henry non plus et c’est sans doute ce qui l’a poussé à écrire. Je ne passe jamais de musique dite commerciale. Beaucoup de gens me passent leurs disques quand je les vois après les concerts. En fait, je crois que beaucoup plus de monde fait de la musique qu’à nos débuts. C’est souvent loin des considérations commerciales. Les gens s’essaient à la musique même si ce n’est pas leur activité principale. Ils essaient de voir ce qu’ils peuvent faire. Donc je passe souvent les chansons qu’on me donne. Ce podcast, c’est la même idée que les fanzines. L’authenticité avant tout.



dimanche 17 juillet 2011

Go to Heaven for the climate, Hell for the company


Dans un festival, les gens ont deux avis : « c’est le meilleur groupe du monde » et « c’est quoi cette merde ? ». Saint Gutenberg a inventé le rock critic pour détailler un minimum cette bipolarité.

Chronique du Hellfest 2011 // 17,18 et 19 juin 2011
La citation du titre est de Mark Twain. Les photos live de Louise Dehaye


Un parfait résumé des 3 jours


Dans le temple temporaire du cuir et des clous, il faut se faire une place. Alors dès notre arrivée le jeudi soir, on se mêle à la denim mafia du Metal Corner où la Turbojugend Saboteurs (Nantes) déballe un mélange de whisky tiède et de reprises de Turbonegro. Put your denim on and stay free, turbodüdes.



Vendredi 17 // day # 1
Pour moi, le Hellfest a commencé dans le salon d’attente de l’hôtel Mercure. Metal is Dead. A l’heure où Valient Thorr essayait de détruire consciencieusement les installations du festival, j’attendais Mike Watt à Nantes-centre.



Back to Hellfest, il pleut comme dans la vision mentale que je me suis toujours fait de Reading ’91. Mais dans les faits, il doit beaucoup moins pleuvoir puisque personne n’a balancé de boue sur la scène.
Encore aujourd’hui, on note un rassemblement irrationnel de Turbojugend le jour-même où on apprend que TRBNGR se relance avec l’anglais Tony Sylvester au micro. Rarement un groupe aura été aussi présent sur un festival sans avoir fait le déplacement, uh. On peut toujours maugréer et dire que les changements de chanteurs ne sont jamais bon signe, mais il y a la jurisprudence Brian Johnson dans AC/DC. Et il vaut mieux avoir un anglais moustachu qu’un scientologue jury de la Nouvelle Star norvégienne, avec tout le respect que je dois à Hank von Helvete.


Phil Anselmo fait vider le coin presse pour … passer et rejoindre le studio radio de OUI FM.
J’ai participé avec Will, mon collègue de Campus Bordeaux à une émission de radio en direct du coin presse, le United Metal Radio Show qui rassemblait pas mal d'émissions différentes. En ce qui nous concerne, pas mal de dérision et du recul sur le métal, ce qu’on fait toute l’année dans Going Underground. Je pense que tu peux établir des ponts, parler de tout à tout le monde sans remettre en cause ton intégrité. Le métal a été l’éponge de tous les a priori mondiaux depuis 40 ans (de Tipper Gore à Christine Boutin en passant par ta voisine qui a un poster de U2), ce n’est pas la peine d’encourager la tendance. Cette émission était l’occasion de donner une autre image, plus fidèle à ce qu’est réellement le Hellfest.
J’ai toujours un mouvement de recul quand il est question de collaborer avec des fans de métal. Ce n’est pas de la gentrification, j’ai ce sentiment depuis mes 14 ans. Le métal draine (comme tous les styles) beaucoup de premier degré, un manque d’ouverture aussi. J’ai toujours prôné la dérision et ce n’est pas parce que j’adore Gwar que je pense que Philip Glass est un salopard de binocleux. J’ai une affection démesurée pour Manowar mais ça ne m’empêche pas de penser que ce sont des nœuds. A l’antenne, on a évoqué l’aspect nerd du truc. J’ai aussi dit que Phil Anselmo aurait du mourir à la place de Dimebag Darrell et j’en ai fait des tonnes sur ce trou du fion de Yngwie Malmsteen. Les regards d’incompréhension étaient poignants. « Quoi, qu’est ce qu’il a Yngwie ? »
Il faut prendre le temps de faire un hug viril à Zak (Campus Dijon) pour avoir coordonné le projet, à François pour avoir été le troisième membre de notre équipe compliquée à suivre et au gars dont j’ai paumé le prénom qui a été terrible à la fois au niveau de la technique et de la gestion humaine. Une expérience appréciable. Howdy oh!


radio w/ Valient Himself


Cet intégrisme était davantage perceptible chez les blogueurs venus en meute. Un kid habillé chez Goéland m’a sorti des noms que j’ai découvert au fur et à mesure de leur élocution et m’a demandé avec un dédain intergalactique : « hey mais t’es sûr que t’aimes le métal ? ». Dude, j’étais en train de chercher la signature de Derek Riggs sur la pochette de Powerslave quand tu es né. Moi les mecs, j’écoutais le heavy metal old school, celui vénéré par Beavis & Butt-head. J’ai arrêté d’écouter les nouveautés quand Korn est arrivé, j’ai pas aimé le black album de Metallica, je n’ai écouté Pantera que d’un air distrait, je trouvais le metal fusion complètement ridicule … ma vision du métal est un perfecto noyé dans le formol.
Benjamin Barbaud (organisateur du festival) a d’ailleurs annoncé qu’avec l’agrandissement du site l’an prochain, deux nouvelles scènes apparaîtront : une hardcore et l’autre dédiée au punk. Ca compensera la disparition progressive des grands noms du heavy metal et appuiera aussi la scène stoner/indé de la Terrorizer tent, un peu esseulée.
Retour à trois pour Karma to Burn et donc à un set instrumental. Daniel Davies n’est pas là et la même semaine, Year Long Disaster est déclaré en « hiatus indéfini » sur la page Facebook du groupe. Très bon concert mais un problème de rendu. Le technicien de Monster Magnet a apparemment été réquisitionné au dernier moment pour s’occuper du son et je mettrais bien un billet sur la probabilité qu’il soit batteur. Rob Oswald a en effet un son incroyable pendant que Rich et Will se battent au milieu des fréquences nécrosées. La fin des chansons notamment est un beau merdier où on a du mal à détecter de quoi il s’agit. Super concert malgré tout, et ça c’est une performance. Sans aucun signe d’agacement en plus, ça montre à qui on s’adresse.
On passe devant Down pour Pepper Keenan, à qui on ne pourra jamais reprocher une implication totale. J’aurais hélas l’occasion de revenir sur Phil bullshit Anselmo plus tard.
J’adore voir Iggy and the Stooges car ça relance le débat du nom, c’est imparable à chaque fois. Certains diront encore qu’ils ont vu Iggy Pop, c’est pas grave. On dit donc « the Stooges » pour la période Ron Asheton à la guitare, son frère Scott à la batterie et un bassiste – que ce soit Dave Alexander ou Mike Watt. « Iggy and the Stooges » est utilisé pour la période trouble où James Williamson est à la guitare et où les frères Asheton sont rappelés au dernier moment pour constituer la section rythmique. Humiliant mais néanmoins efficace : toute l’histoire de Detroit.
Ron Asheton est mort l’an dernier et le set est une large revue de l’ère Williamson (l’album Raw Power), avec l’ajout de concessions « festival » comme I wanna be your dog. Je ne sais pas si c’est du à la pluie ou à mon état d’esprit de fin de journée mais le groupe renvoie une image de rock gériatrique un peu à côté de ses pompes et collant à une image Rock’n’Roll of Fame très fidèle à l’establishment, alors que j’avais trouvé les concerts avec Ron Asheton authentiquement dangereux. Williamson est un guitariste plus métal, pas mal de soli et des réflexes heavy, donc ça colle mieux au Hellfest que le minimaliste jeu tronçonneuse de feu Ronnie. Mais pour ceux qui ont une jambe de chaque côté du Styx metal/punk, j’ai envie de dire un définitif « pas photo ».
J’ai assisté de loin à Clutch. Beaucoup ont dit que c’était le concert du festival mais je n’aime pas assez pour m’en rendre compte. Le peuple s’est exprimé, faisons lui confiance.



Pour moi par contre, le set qui méritait ce titre honorifique bien que subjectif était celui des Melvins. Un concert extraordinaire. Les rythmes des deux batteries qui portaient de grandes divagations avec le début d’une chanson, la fin d’une autre. Même les gens qui n’ont jamais pensé à mettre les mains sur un instrument repartent en se disant qu’ils ont reçu une grosse leçon de musique, mais sans démonstration ni parasite onaniste.



Une reprise de Ballad of Dwight Fry d’Alice Cooper, le chef d’œuvre ignoré de la première période d’Alice Cooper (quand le groupe se tirait la bourre avec Bowie). Bon, le show était pendant la tranche exacte de Rob Zombie, too bad. Après le choc, on décrète qu’on ne pourra rien voir qui dépasse le truc et on rentre sans voir Monster Magnet.
Le fil rouge, c’est que Phil Anselmo est un trou du cul considérable. Philou est sur le côté de la scène pendant tout le set, littéralement à la tête d’une meute VIP. On dirait que c’est lui la star du créneau horaire. Il gesticule, donne des consignes gestuelles au mec du son, commente chaque putain de seconde du concert des Melvins. Il attribue un bon point en pointant du doigt Dale Crover après un bon passage. Il se prend la tête entre les mains, il se retourne vers les VIP en alternant les attitudes « oh mais c’est brillant », « incroyable », la joue avec la sobriété d’un Tom Cruise dans Cocktail et la grande tradition US du « c’est le meilleur concert de l’histoire de notre planète, regardez comme je suis conscient du truc ». Ce qui n’arrange rien, il a la tête de ce gars qui s’est fait virer du collège en 4e. A la fin du concert, Buzz s’en va et laisse les autres dans un chaos qui ne semble pas les dépasser. Dale se lève et va colporter son torrent manuel dans le micro laissé vacant. Phil se rue sur la deuxième batterie et … tape un bœuf avec Coady Willis, le second batteur. Ce mec a vraiment du respect. Il devrait s’agiter pareil pendant Ozzy Osbourne et j’espère qu’il s’incrustera pour jouer de la flûte avec Judas Priest.

Samedi 18 // day # 2
Grande malédiction toujours en cours à l’heure où j’écris, Municipal Waste. Pour rappel, l’an dernier, on patientait gentiment à Bruxelles quand j’ai reçu ce mail :
Re: Interview Municipal Waste - Brussels
Vendredi 23 juillet 2010 17h14
De: "Talita"

À: "Arnaud d'Armagnac"

Tour is cancelled.

Cette fois ci, il s’est avéré que dans le jour le plus pauvre (euphémisme courtois) en programmation du festival, on a animé notre tranche radio pile pendant le set du seul groupe que je voulais voir. Une histoire tellement absurde que ça en devient ma propre épopée Monty Python. Ca va presqu’être triste quand je vais finalement les voir.



J’avais essayé de rattraper le coup en leur posant enfin les questions qui moisissent dans mon bureau à peu près depuis que Scott Ian s’est rasé la tête, mais encore une fois un échange 2.0 a garni ma collection.
Hi Arnaud,

This is Dieter from 16/17 management. We represent Municipal Waste. I want to thank you for your interest, but we are not ready to do interviews right now. The band is currently working on new material and will have a new album out next year and we would love to do something with you in that time frame Please keep my contact info and I will keep yours and hopefully we can work something out in the future. Once again thank you for your interest in Municipal Waste.

Best Regards,

Dieter

Anyway, j’ai topé Ryan Waste dans le coin presse pour une photo névrose.



« Time flies when having fun » dit le chanteur de Hammerfall. Bordel, ce concert a duré trois décennies.
Ils ont fini sur ce monument de stupid rock qu’est « Hearts on Fire », même si je n’arrive toujours pas à comprendre la vidéo de crypto-curling qui accompagnait la chanson // Voir la vidéo.
Apocalyptica est aussi crédible qu’un groupe qui joue du violoncelle sur fond de double grosse caisse peut l’être. Un peu comme si cet horrible disque de Metallica avec un orchestre symphonique avait été une révélation pour une partie obscure de la planète. L’idée avait été lancée en 1969 par Deep Purple et tout le monde s’était accordé depuis pour dire que c’était une sacrée connerie pompeuse. Mais bon, ils ont aussi osé sortir un album à la pochette entièrement noire neuf ans après que ça ait été la blague ultime dans Spinal Tap.




Et puis bon, comment on peut décemment headbanger quand on a un violoncelle dans les mains ? Vivement que quelqu’un ait une idée bien pire pour sauver l’image des gars.
La scène ROCK HARD me fait vieillir d’année en année. Total Fucking Destruction. Severe Torture. Septic Flesh. Last Days of Humanity. Exhumed … Chaque fois que je passe devant, je me transforme en … oh gosh … adulte. « Non mais tout se ressemble » bla bla « c’est inécoutable » bla bla « dans les années 80, … » bla bla. Le métal est comme une poupée gigogne, toujours une plus petite subdivision dans la plus petites des divisions. Ca ferait marrer les gens qui pensent toujours que Led Zeppelin fait du hard rock.
Scorpions manquait de volume sonore, de façon étrange et rédhibitoire. Le rappel avec Still Loving You et Rock You like a Hurricane réveille quand même le joueur de Guitar Hero qui sommeille en chaque metalhead.
Viennent ensuite ces dix minutes en fin de soirée. Deux événements quasi-simultanés, une coïncidence. Le Hellfest rend hommage à Patrick Roy sur écran géant, feu d’artifice et For Those About to Rock d’AC/DC. Le public reste cérémonieusement en place. Emotion sincère et applaudissements nourris. Puis les Bad Brains chantent « Jah Love » sur un reggae down tempo. Rien ne sera plus jamais pareil à Clisson.
Des Bad Brains d’ailleurs terriblement mauvais. Une voix qui se délite chanson après chanson. Les gens qui vous diront être restés jusqu’à la fin vous racontent des gros bobards. On aurait dit l’Arche de Noé. « Run for your lives » chantait Bruce Dickinson. Loin de ce que le groupe a représenté, et donc d’une profonde tristesse.
Dimanche 19 // day # 3
Encore une bizarrerie de la prog, Red Fang ouvre le bal à l’heure de Téléfoot (j’aurais du dire « le jour du seigneur » mais on est au Hellfest et on sacrifie des poulets à longueur de journée). Les gars jouent comme s’ils tyrannisaient le garage de leurs parents. Ca sent la crasse et le parasite. Le soundier peut aller prendre son café, le son est brut et massif. PIM PAM POUM KERRAAAAANG. Le Tyson vs. Tavarese du rock (je vous épargne un Wiki : Mike Tyson avait gagné par KO à la 38e seconde). « Human Remains » et « Prehistoric Dog » devraient être classés patrimoine historique dans la communauté redneck.




A la base, j’aime bien Duff McKagan. Le fait qu’il soit fan de punk old-school (Fear, Misfits, Dead Boys), c’était la caution crédibilité underground de Guns’N Roses. Je dois même dire de façon honteuse mais reconnaissante que c’est grâce à lui si j’ai connu ces groupes. Mais bon, blondin est touché par le syndrome des mecs 80s augmenté du malus Los Angeles. Un show énergique mais un peu fake. Sa reprise de « Attitude » est un crime. C’est une faute de faire durer une chanson punk très courte à l’origine, en profiter pour présenter le groupe et faire chanter la foule sur des paroles qui disent :
I can't believe what you say to me
You got some attitude
Inside your feeble brain
There's probably a whore
C’est quand même la connerie d’un mec qui s’est écarté de son propos d’origine tout en gardant ses repères adolescents. Un décalage existentiel, vraiment.
Une meuf avec un t-shirt Misfits ne relève même pas la tête pour la reprise. C’est le gros problème avec les fake t-shirts. Mais le truc remonte aux Ramones version Zadig & Voltaire hein.
A trois minutes et 200 mètres d’intervalle, Anathema et Grand Magus ouvrent leur show avec une chanson de Morricone, comme l’avait fait avant eux Metallica avec « Ecstasy of Gold ». Ce qui fait d’Ennio le nouveau Wagner dans le monde du métal.
Le show de Grand Magus était une pub de 40 minutes pour la double-pédale avec un chanteur essayant de rendre hommage à Eric Adams de Manowar. Un mélange si fascinant que je suis allé manger une crêpe.



Mr Big est un « supergroupe » des 90s avec un postulat de départ biaisé : des musiciens de studio virtuoses décident de fonder une coopérative des parts d’ombre pour s’acheter de la lumière. Entre les lignes, les tripoteurs de manche technico-chiants qui faisaient ce qu’on leur disait. Les gars ont commencé à écrire des chansons et on a pu scientifiquement prouver que la virtuosité n’était pas transmissible. Le groupe a donc cartonné avec une reprise de Cat Stevens … Bon, ça sonne un peu comme une blague entre nerds au Comic-Con mais apposée au heavy metal. Ah, et aussi une ballade en quatre accords sur guitare folk, « To be with you ». Tout ça pour ça, dudes.
Pendant ce temps, Goatsnake assène un concert locomotive avec un groove qui ne s’arrête jamais, une grosse machine à headbanger. Du stoner version Sabbath avec la batterie très au fond du temps. Je préfère le Desert Rock qui colle une batterie très dynamique sur un tempo lourd mais c’est ok. Ca doit aussi sonner comme un mix efficace de Black Sabbath et de rock 70s puisque pas mal de quinqua se mélangent aux indie boys sous la tente.
Judas Priest a été le choc de ce festival pour moi. Pour la prestation un peu, loin du cliché papy-rock qui vient cachetonner – le groupe tient la route comme n’importe quel groupe encore en vraie activité – mais surtout pour cet effet rare que le concert a produit. Je n’ai pas écouté beaucoup Judas Priest depuis la sortie de Painkiller en 1991. J’étais au collège et un pote à moi était très fan. On a donc écouté ce disque pendant bien un an après sa sortie, jusqu’à ce que Nevermind le remplace et m’aide à sortir du métal monomaniaque. Depuis, je ne me souviens pas avoir re-écouté un autre morceau que Breaking the Law, qui me ramenait davantage à Beavis et Butt-head qu’à Judas priest d’ailleurs. Bref, j’ai été frappé d’un de ces moments Back to the Future où il y a cette ferveur inattaquable qu’on ne ressent qu’entre son 14e anniversaire et la bise à une fille. Depuis mon retour, je me suis replongé dans le truc à temps plein et je ne veux pas m’enfoncer dans la description car ça m’a donné envie de faire un papier consacré. Ce groupe vaut plus que les clichés dans lesquels on l’a enfermé. Un concert incroyable anyway. De vrais refourgueurs de air guitar.




Des extraits de B-movies à la vixens diffusés en fond, une épaisse fumée, un contre-jour qui ne laisse deviner que des silhouettes, des brouettes de reverb dans la voix : the band who wasn’t there. Electric Wizard n’en fait pas des tonnes. Aucun éclairage sur le groupe, ce qui en fait le groupe anti-Pitchfork par excellence. On dirait un cauchemar à la Lynch, une plante vénéneuse qui t’endolorit avant de te cueillir. C’est tellement psyché que Black Masses devrait être rangé à côté de la méthadone. Le « Enter the void » de ta hifi.
Ozzy a une immense qualité : il a été le chanteur de Black Sabbath. Ozzy a un immense défaut : il a donné aux gens ce qu’ils souhaitaient recevoir. Comme Kiss l’an dernier, c’est super de pouvoir dire « hey, j’ai vu Ozzy Osbourne les mecs » mais sur le moment, t’es surtout en face d’un mec un peu largué qui a besoin que ses musiciens fassent 20 mn de solo au milieu du set pour gober de l’oxygène. Tu vois quand tu ne veux pas aller voir ta vieille mamie à l’hôpital pour n’avoir que le souvenir d’elle en pleine forme ? Beh voilà, ce n’est pas l’image que je veux garder d’Ozzy.
Il y a ce mec omniprésent au coin VIP, un journaliste péroxydé de la presse hype, accompagné par des posers qui regardent les gens comme des candidats de l’Amour est dans le Pré ou de vieux épisodes de Strip-Tease. Il porte un chapeau de paille, des bagouzes cheap et a un look hipster qui sonne aussi juste ici qu’Hitler en visite à Jérusalem. Le gars nous montre sa chemise à fleurs très tendance à la sortie des Beaux Arts et nous dit : « j’ai fait un look 1995. Enfin j’ai essayé. »
Qu’est-ce qu’il s’est putain de passé en 1995 mec ? A part la Brit Pop. Le temps qu’on réagisse, il était parti. Et vivant.



Un an après la reformation surprise au même endroit, Kyuss Lives. The place to be for hipsters, de façon assez décevante. L’an dernier, on devait être 300 sous la même tente. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai du épeler le nom et la majorité des gens disent encore /qiousse/ voire /qiusse/ . C’est vrai, c’est réaliste les mecs, un groupe américain de gros durs vaguement redneck qui choisit de se nommer qiousse. On se noie maintenant sous un flot de superlatifs. C’est le groupe préféré de tous et même MGMT sera bientôt labellisé ‘stoner’. Le public du Krakatoa cinq jours plus tard était bien plus authentique. Super setlist par contre, et notamment la killer-intro : Gardenia / Hurricane / Thumb / One Inch Man. Oh Gosh !!
Encore une édition très cool avant de grossir l’an prochain. De plus en plus d’étrangers et d’après les interviews, un festival qui compte pour les groupes. Long live to Hellfest !

lundi 11 juillet 2011

Gene Simmons = evil

Gene Simmons est le bassiste de KISS, mon groupe préféré quand j'étais un teenager. Il cristallise tout ce qui est moche sous le make-up depuis 1978 et les derniers bons albums: appât du gain, copie des modes successives, TV réalité et délires people. Je ne vais pas me répéter, j'avais parlé de son livre ici.


Duel de génération heavy metal sur Facebook, donc, quand Thomas me dit ... à MOI ! ... que Gene Simmons est une légende. C'est un peu comme dire dans la salle d'attente de la CAF que Laurent Wauquiez est un chic type.

***


‎"Gene Simmons n'est pas une légende c'est juste un mec comme toi,moi et Corey Taylor" (citation d'un mec me répondant sur Spirit). Qu'en penses-tu?
    • Arnaud d'Armagnac Je pense que Gene Simmons est bien inférieur à toi, moi ... allez ... et même à Corey taylor ^^

    • Thomas ‎?

    • Arnaud d'Armagnac Gene Simmons est pile entre Bill Gates et Loana

    • Thomas Ok.

    • Arnaud d'Armagnac Ne me dis pas que tu es fan de Gene Simmons ...!

    • Thomas Pas fan, non... Kiss n'est pas un de mes groupes favoris, mais Simmons, je trouve qu'il a inventé pas mal de choses et il influence pas mal de gars, une légende. Même si il fait de la musqiue plus pour le fric que la passion... Mais t'es pas de Kiss toi?

    • Arnaud d'Armagnac Oh bordel ... Paul Stanley a influencé des gens, Ace Frehley aussi, mais je refuse de penser que Gene Simmons ait influencé un musicien ... un businessman peut-être, un coiffeur, un chirurgien de la langue ... mais pas un seul musicien non non

    • Thomas En tout cas il est très connu...

    • Arnaud d'Armagnac Michel Sardou aussi


    • Thomas ‎'Fin Bref, Simmons est une Légende....

    • Arnaud d'Armagnac C'est humainement impossible de prononcer cette phrase si tu n'es pas le fils biologique du gars

    • Thomas Tu vas pas me dire que Kiss n'as rien influencé, quand même

    • Arnaud d'Armagnac Les Beatles ont influencé la terre entière mais Ringo Starr n'a jamais influencé personne

    • Thomas Gene simmons est Kiss c'est lui qui a crée le groupe, qui écrit les chansons et s'occupe de l'image commercial du groupe