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lundi 14 octobre 2013

GHOST

Interview parue dans NOISE Magazine # 17

Il y a plus d’évocations du diable dans un seul album de Ghost que dans le Nécronomicon. Un Pape diabolique en frontman devant un crew de goules qui ne sont que des ombres : le concept est davantage nerd qu’une réelle émanation de satanisme cheap et premier degré. Les suédois perpétuent cette tradition scandinave qui voit les groupes afficher des références discographiques parfaites avec un package toujours bien foutu et sans fioriture. Le tout frais Infestissumam est une digression classy de la profession de foi qu’était l’excellent Opus Eponymous, sorti en 2010. Un résultat surprenant, mais définitivement exigeant.


Rencontre avec un Papa Emeritus en t-shirt et Converse, loin de ses standards de la scène où il est grimé en Pape super evil. Le gars est simple et passionnant, et il est vite évident que Ghost a été pensé plus comme un topo Ziggy Stardust que comme Gwar ou Kiss.



Il y a d’énormes changements de rythme entre les deux albums de Ghost. C’était ce que vous aviez prévu depuis le début ou c’est parce que le premier était fait de vieilles chansons et que celui-ci représente le son actuel du groupe ?
Sous un certain nombre d’aspects – en tout cas au niveau audio – il y a beaucoup de choses que nous avons réussi à faire sur Infestissumam que nous essayions déjà de réaliser sur le premier. Le tempo des chansons, les structures globales. Je dirais que c’est un problème du principalement au fait que Opus Eponymous avait été écrit sans qu’on ne le joue en live. Le second s’est fait après une longue période de tournée. On était plus aptes à voir quel genre de chansons manquait au set.
Sur Opus Eponymous, on pouvait entendre de solides racines black metal alors que sur celui-ci, les influences reconnaissables sont très différentes. Du coup, il y a une vraie ambiguité sur le point d’où Ghost est parti.
La naissance de Ghost tient à une seule chanson, « Stand by Him ». C’est parti comme une blague, vraiment. On a juste joué ensemble et le morceau a pris forme très rapidement. Les paroles aussi. « Wow, ça sonne comme un groupe de Shock Rock. Ce ne serait pas super cool d’avoir un groupe de Shock Rock ? » Et tout est venu dans la discussion : le Pape satanique, l’ambiance de films d’horreur. On s’est retrouvés avec quelques morceaux et là, on se demandait vraiment : « est-ce qu’on le fait ? Parce qu’on a tout le package et que c’est quelque chose que j’aimerais voir moi-même, en tant que public ». Je n’arrive pas à trouver un autre groupe qui fasse réellement la même chose. Ca semblait rafraichissant de monter un groupe qui écrit des morceaux contenant une part égale de pop et de métal. On a trouvé une formule qui combine ces deux choses sans donner de priorité à aucune. Je pense qu’il y a en effet des influences de black metal primitif sur le premier disque. Ca vient probablement du fait qu’au niveau des paroles, on a écrit tout l’album sans que personne ne les écoute. Loin de la scène comme je te le disais. Je ne dis pas que ces paroles ne sont pas bonnes ou qu’on ne les cautionne pas, mais si on les aborde sous l’angle « rock théâtral », il manque peut-être ce côté très clair qui élude un peu les interprétations plus profondes. Les groupes de Shock Rock ont toujours un premier degré très évident qui domine. Après la première tournée, on a constaté que les gens écoutaient très attentivement ce qu’on disait, et on ne s’y attendait pas. Pas dans ces proportions. Donc on devait davantage se concentrer sur cet aspect, créer un meilleur langage pour le groupe, être meilleur dans l’explication de ce qu’on voulait exprimer dès le premier album. On veut toujours exceller, on veut progresser, éclaircir notre idée de base.
Tu dis que les paroles de Opus Eponymous sont frustrantes pour toi aujourd’hui ?
Non non, je ne dirais pas « frustrantes ». Bien sûr, certaines choses auraient pu être meilleures, une rime par ci par là. Tu réalises ce genre de choses à force de jouer un morceau face à un public, sous le jugement abrupt du live. Mais je suis extrêmement fier de notre premier album, je ne changerais pas la moindre note. J’aimerais faire un pas, je ne veux pas dire en arrière, mais de côté, qui me donne un angle différent et qui me permet de voir ce qui manque à chacun de ces disques. Peut-être qu’Infestissumam ne contient pas assez de riffs de guitare. Peut-être qu’on devrait aller vers quelque chose de plus sombre pour le troisième album. Peut-être que la bonne formule pour le prochain est simplement une combinaison de ces deux disques.
Tu serais du genre à tomber sous le syndrome « George Lucas » et réenregistrer certaines parties du premier avant de le ressortir sous une forme 2.0, comme il a pu le faire de nombreuses fois avec Star Wars ?
Ah ah, je peux me permettre de t’assurer que nous ne ferons jamais ce genre de truc.



Tu penses qu’il y a un genre de malentendu ? Aujourd’hui, Ghost est affilié au milieu du métal à cause de son imagerie, mais le choix d’un chant clair ou d’arrangements classieux rendent les influences pop ou post-punk très présentes. 
Il y a quelques temps, on se comparait à Judas Priest. Comment classifier Sin after Sin ou Sad Wings of Destiny  ? C’est du Heavy Metal ? Bien sûr, mais il y a un tas d’autres éléments. Quelle est la bonne étiquette pour ça ? Et Sabbath Bloody Sabbath qui est très différent des autres disques de Black Sabbath ? Il y a des cordes, le groupe vire presque prog rock.
Je vois ce que tu veux dire, mais je faisais plutôt référence à la contradiction vis à vis du grand public. Combien de discussions a-t-on eu où on disait à des amis : « tu devrais écouter Ghost, c’est vraiment cool » et au premier coup d’oeil, les gars répondaient « wow, je pense que je ne vais pas aimer » parce que votre image reprend les codes du Metal obscur. Et au final, tous ceux qui ont écouté ont été très surpris de la musique. 
Ce n’est pas du Metal au sens moderne du terme, en effet. On n’est pas ce groupe parfaitement Hard Rock avec tout le topo caractéristique, la double grosse caisse qui tamponne etc. On manque de tous ces détails contemporains qui font le style, et c’est vrai, ça ne fait pas de nous un groupe de Metal à proprement parler. Mais au final, je m’en fous réellement. Je suis simplement heureux qu’on soit un des quelques groupes qui peut se permettre de faire de l’équilibre entre des styles très différents.
Vous brouillez les limites.
Oui, on peut jouer dans un festival Metal où les fans hardcore ne s’émeuvent pas de notre présence, ou dans des festivals plus mainstream comme le Pink Pop où le grand public n’est pas beaucoup plus bouleversé. Pour nous, c’est parfait car nous sommes avant tout de l’entertainment. On n’attend pas que les gens nous aiment parce qu’ils pensent qu’on sonne comme quelque chose d’autre. On veut qu’ils nous aiment parce qu’ils apprécient Ghost, pas parce qu’on leur rappelle vaguement Blue Oyster Cult, ou je ne sais pas.

Site THIS IS HORROR BUSINESS

 
Dans le milieu du Metal en particulier, il y a un bon paquet d’egos, et Ghost a fait le choix d’apparaître sans pouvoir être identifié. Est-ce que c’était le but de ce choix de l’anonymat ? Mettre les egos et les personnalités de côté pour que la musique et le groupe soient les vraies stars ?

Oui. Sur le plan créatif, Ghost est plus ou moins ce qu’on met sur la table, et c’est ce que tu racontais par rapport aux réactions de tes amis. On a senti très tôt qu’il y aurait cette contradiction. Mais aussi que ce ne serait pas aussi effrayant si les gens savaient qui on était. C’était beaucoup plus cool d’enlever nos visages de l’équation. Ce n’est pas grave au fond si les gens découvrent qui on est, si les rumeurs persistent etc. Il y a quelque chose de magique qui se produit quand tu portes un masque sur scène. Si tu vas voir le Fantôme de l’Opéra à Londres et que tu connais l’acteur qui va incarner le personnage, ce n’est pas grave : dès que le rideau s’ouvre, il est le Fantôme. Ok tu sais qui se cache derrière, mais tu adhères dès qu’il entre sur scène. Tu éludes l’acteur, tu es avec le personnage. Tout le monde sait aussi qui est Gene Simmons, il y a des millions de personnes devant son TV show Family Jewels, on sait tout de lui, mais quand il joue avec KISS et qu’il rentre sur scène en tant que Gene Simmons le monstre ... YEAH, ça marche. Bref, on n’a jamais vu ce projet comme un groupe punk-rock. On adore ça et on fait partie de ce milieu mais Ghost nécessitait une autre approche. On ne pouvait pas se permettre d’arriver habillés en toi et moi. Il fallait la grosse artillerie.
L’idée c’est que le groupe et le public jouent le jeu pendant une heure.
Jouer sur l’imagination, oui. Que ce moment permette de s’échapper un peu. Faire plus qu’un concert classique.
Tu compares l’initiative à celle de Gene Simmons. Tu te vois finir dans des comics comme KISS ?
Wow. Plus tu es populaire, plus tu as d’offres pour des choses diverses. Et il y a eu en effet des propositions pour faire ce genre de produits marketing. Pourquoi pas mais quel va être le sujet ? On est très réticents à aller dans cette direction, parce qu’il n’y a pas d’histoire derrière Ghost. Papa Emeritus est un concept, ce n’est pas un personnage de fiction. Tu ne peux pas dire « ok il est né à Trévise, il a fait ça et ça, il a tel âge ». C’est juste un stéréotype, un mix de gens aussi différents que Vincent Price, Al Pacino, Freddie Mercury et Hitler. Il est sensé être ce personnage à la Dracula ou le Fantôme de l’Opéra. Il n’y a pas d’histoire. Et est-ce qu’on veut aller dans cette direction, aujourd’hui ou demain ? Je ne sais pas, je ne vais pas te dire un « non » franc et massif mais il y a bien des raisons pour lesquelles on n’a pas exploré cette piste jusqu’à maintenant.
En parlant des comics, je voulais surtout parler de tout le côté marketing. Les comics avec KISS ont souvent été horribles en plus.
Oh oui ils l’étaient. Et ils faisaient appel à un autre public que celui qui se déplaçait traditionnellement aux concerts.



Est-ce que vous aviez un peu peur de faire de tels changements pour le deuxième album ? Opus Eponymous avait été encensé par la critique et s’était répandu très vite par le bouche à oreille parmi les metalheads. C’est courageux de ne pas vouloir répéter le même album et c’est la preuve d’une réelle exigence, mais est-ce que vous avez parlé des possibles conséquences de ce choix avant la sortie du disque ?
On a essayé d’exclure ce genre de débat de notre processus de création. Alors ça nous est arrivé d’y penser oui, dans les moments de faiblesse : à l’écoute, il nous est arrivé de nous demander « et si personne n’aimait le résultat ? ». Mais ça ne durait pas. On était dans une situation plutôt confortable, parce qu’au moment où on enregistrait l’album, toutes les chansons avaient déjà au moins un an. On les avait déjà entendues tellement de fois, on avait eu l’occasion de les jouer en petit comité aussi, et on savait que c’était différent mais que ça ne pouvait pas être véritablement « mauvais ». On aime les nouveaux morceaux et on pense vraiment que ce disque est cool. Les retours des gens à qui on l’avait joué allaient aussi dans ce sens. Alors il y avait un risque, mais on voulait être sûrs de sortir un disque qui était complètement honnête. Il est peut-être déstabilisant au premier abord, mais la plupart des albums que je préfère ne me sont pas apparus évidents au départ. Il y a de grandes chances qu’avec l’épreuve du temps, Infestissumam se révèle être une plus grande claque pour les fans que si on avait essayé de répéter trait pour trait notre premier disque. Je pense que le risque en valait la peine. Si tu écris un disque en te demandant ce que les gens attendent de toi, tu as probablement dans le faux et tu prends un autre risque : que les gens ne l’aiment pas du tout quand même, parce que tu n’as pas été sincère. On a juste voulu être exigeants et pousser l’identité Ghost plus loin dans ses retranchements, puis voir si les fans nous suivent. On est en train de travailler sur le troisième album et on garce ce même état d’esprit. On est conscients de toute façon qu’on ne sera pas forcément là très longtemps. Tout le monde pourrait se lasser de ce que nous faisons, parce que c’est très maximaliste. Donc on veut juste créer autant de qualité que possible tant que l’instant nous le permet et « pfiut ».
Tuer le groupe sur scène comme a pu le faire David Bowie ?
On tuera le groupe tant qu’il est sur la bonne pente. Après, on fera autre chose, on ne s’accrochera pas à ce seul projet. Ca demande du temps, un investissement total. Je serais aussi heureux de jouer de la guitare dans un trio punk demain. Ce serait une suite peut-être paradoxale mais qui me correspondrait totalement. Ghost n’est qu’un aspect de nos personnalités, ce n’est pas l’intégralité du tableau collectif. On envisage la fin du groupe de façon très confortable, on n’appréhende pas cela avec la peur du vide et on n’a pas envie de faire les choses à moitié non plus. Une proposition forte, délivrée avec intensité, c’est ce qui compte. On ira au bout mais on saura aussi mettre fin au concept avant que plus personne ne regarde dans notre direction.

vendredi 27 juillet 2012

TURBONEGRO: denim is back in style


Turbonegro est un groupe à part: il a connu le succès au bout de presque dix ans d’existence et a encaissé trois destructions importantes, dont une s’est passée dans la salle d’attente d’un hôpital psychiatrique à Milan. Personne ne s’en serait relevé. Peau dure et humour blitzkrieg. Gimme deathpunk, baby ! Sorti sur le label Volcom, Sexual Harassment est un retour à l’esprit Ass Cobra, l’album punk et massif de 1996, plus proche que jamais de leur plus grande influence, the Dictators. Seuls représentants de ce style qu’ils ont appelé le deathpunk, Turbonegro est toujours dans ce mélange parfait entre Alice Cooper et les Stooges. Les Stones joués par Motörhead !?

On a rencontré Happy Tom (basse) et Tony Sylvester (chant) lors du rassemblement annuel du fan-club du groupe à Hambourg, la Turbojugend. Un club Mickey pour buveurs de bières. Organisés comme des chapitres de Hells Angels et hurlant que le denim est bien plus rock que le cuir, ce sont des cohortes de vestes en jean venues du monde entier qui envahissent la petite salle de Sankt Pauli.
Interview de TRBNGR parue dans Abus Dangereux # 124 
Team work avec Guillaume Gwardeath


TRBNGR entre sur scène @ Hambourg


Vous ressemblez au méchant dans les mauvais films : vous ne mourez jamais. Turbonegro continue alors que n’importe quel autre groupe aurait classé l’affaire.
Rune Rebellion (qui checke ses mails) : le puits du Deathpunk n’est pas encore vide.
Happy Tom : Etre dans Turbonegro est la meilleure chose que nous puissions faire, sans aucune discussion. On voulait vraiment jouer à nouveau.

La Turbojugend s’est développée après le split du groupe en 1998 et a connu une deuxième jeunesse pendant le hiatus avant l’arrivée de Tony. Ca a été une motivation pour revenir à chaque fois ?
Happy Tom : Il y a trois ans, tout a explosé et nous ne pensions pas rejouer ensemble un jour. On était à la fois tristes et soulagés. On tournait en rond chacun de notre côté et j’ai rencontré Knut (NdR : Schreiner, A.K.A Euroboy, guitar hero) dans la rue : « Damn mec, j’ai envie de rejouer ». C’était la motivation première. Alors on s’est dit qu’on allait venir jouer pour le rassemblement de la Turbojugend, c’était l’été dernier. Selon le plan initial, on devait inviter plusieurs chanteurs qui feraient chacun 2 ou 3 morceaux. Et puis Tony est venu passer un week-end à Oslo. On l’avait mis sur une liste de chanteurs potentiels. Il connaissait si bien le groupe, il comprenait l’esprit. Après quelques jours, j’étais assis chez moi, sûrement en train de me tripoter dans l’obscurité et j’ai eu une révélation : « Fuck ! Tony !! ». On a fait une audition, un peu comme dans Fame, et le reste n’est que postérité. Jouer pour la première fois avec lui devant notre fan-club, c’était un test. Les fans peuvent être très conservateurs, tu sais. Ils peuvent devenir très négatifs si un changement survient. Il y a beaucoup de nostalgie aussi : la plupart des gens voudraient que tout ce qu’on fait ressemble à Ass Cobra et Apocalypse Dudes. Alors très honnêtement, on s’attendait au pire. Et le public a adoré. L’ambiance était dingue. Ce n’est plus le même groupe, il y a beaucoup d’éléments différents bien sûr, mais ça reste complètement Turbonegro. Les gens l’ont accepté de façon étonnamment souple.
Tony Sylvester : J’aimerais vraiment remercier la Turbojugend pour ça. Ca m’a apporté beaucoup de confiance pour la suite. Ca a du être un des plus gros moments de tension nerveuse dans ma vie et la réaction instantanée a été extraordinaire. Notre tactique était de ne pas trop anticiper telle ou telle réaction : monte sur scène et joue le putain de concert. C’était un sacré test car ce n’était pas des fans occasionnels, c’était un public pour lequel Turbonegro représente beaucoup.

Crédit photo @ Micha Fluck
 
« Sexual Harassment » sonne comme un retour aux années Ass Cobra (1996). Très punk.
Happy Tom : On voulait vraiment faire un disque qui nous ramène aux bases du groupe. C’est à mon sens un très bon album. On en est tous très contents.
Le chant de Tony est plus rauque que celui de Hank. Ca a changé votre façon de composer ?
Happy Tom : Non, à part qu’on ne s’accorde pas exactement pareil. Il n’y a pas que le côté brut chez Tony, il y a aussi beaucoup de mélodie. Je dirais que c’est un bon consensus entre ces deux mondes, mais on n’a pas écrit de chansons en jouant sur ces spécificités.
Tony, tu as fait deux shows avec le groupe avant de rentrer en studio. Tu aurais préféré jouer davantage les nouveaux morceaux devant un public avant de les enregistrer ?
Tony Sylvester : Non, je pense que c’était ok, mais en même temps ça a été le critère principal quand on a sélectionné les chansons pour le cut final : l’impact qu’elles pourraient avoir sur le public live. Ca a été assez marrant de jouer les nouvelles chansons avant que le disque ne sorte car ça a encouragé les réactions spontanées.
Crédit photo @ Keith Marlowe
 
Comment avez-vous atterri sur le label Volcom ?
Happy Tom : J’ai dans mes amis d’enfance quelques champions de snowboarding. Ca fait des années que ces mecs avaient des stickers Volcom sur leur surf. A l’époque, c’était peu connu. Un nouveau sponsor, petit mais engagé dans ce qu’il soutenait. Il y avait en parallèle du matériel de surf un minuscule label qui sortait des 45 tours. C’est alors que toute la partie textile est devenue gigantesque. Le label est restée minuscule, mais avait des sorties régulières. C’est devenu un des petits labels les plus solides en restant intègres. On a toujours été directement connectés aux mondes du skate, du snowboard ou du surf (NdR : et Bam Margera de Jackass avait fait le lien en choisissant All my friends are dead comme générique de son émission). Volcom US a toujours été proche de nous. Ils ont même payé pour un bus de tournée alors qu’on n’était pas signés chez eux. Ils viennent d’être rachetés par une compagnie française, les propriétaires de Puma, et tout le monde était inquiet car on pensait que les nouveaux boss se débarrasseraient de la partie label qui ne fait pas d’argent. En fait, ce doit être des mecs très rock’n’roll car ils ont confirmé leur envie de développer le label. Bref, on a enregistré ce disque et on est allés les voir. Je crois qu’ils avaient toujours espéré signer le groupe donc ça a été une affaire réglée plutôt rapidement. C’était une démarche très naturelle. On n’avait pas envie d’être un petit groupe sur un gros label. On est le plus gros groupe signé chez Volcom et ça nous semble être une bien meilleure situation.

mardi 21 juin 2011

Punk Rock Built


Ebullition au Hellfest (NdR: édition 2010) en raison de la réunion improvisée avec John Garcia et Nick Oliveri. Trois-quarts de Kyuss sur scène. Evénement ? Il en faut plus pour changer Brant Bjork. Face à nous, simplicité et humour racé. Sur scène, minimalisme et altruisme à haut volume. Tous les éléments qui en font peut-être le dernier rempart de la scène originale du Desert Rock. De l’éloge de la sobriété.

Interview réalisée en juillet 2010 /// Photos live @ Louise Dehaye
Version longue de l’interview publiée dans Abus Dangereux # 115



Je mets cette interview en ligne alors que Kyuss lives ! (John Garcia + Nick Oliveri + Brant Bjork) est en pleine tournée de reformation, et que Josh Homme – le grand absent – déclare dans Noise magazine : « Je ne pense pas pour le moment (les rejoindre sur scène). Mais je veux bien participer à tout ce que feront Nick et John ensemble. » WTF about Brant ? Je tue le suspens : aucun élément de réponse dans l’interview qui suit.



Ton nouvel album « Gods and Goddesses » est sorti. Il est très simple et recentré sur des chansons au format classique.
Oui, et je vais te dire un truc, je ne saurais honnêtement pas expliquer pourquoi. J’obéis juste à mon intuition. Après toutes ces années, je profite du fait d’être un artiste indépendant et d’avoir une formidable marge de liberté pour faire des styles d’albums différents. Je ne sais pour quelles raisons, cette fois ci, j’ai senti qu’un bon disque de rock bien simple serait approprié.
Dans la chanson « Dirty Bird », il y a cette phrase : « What it is is exactly what it is ». Doit-on y voir la meilleure auto définition pour ta musique ?
C’est marrant parce que j’avais ces paroles dans la poche depuis des années. J’avais même pensé donner ce nom à un album. Mais oui, ça résume en quelque sorte mon point de vue sur ce que je fais… Rien de plus que ce que c’est.
Est-ce qu’il s’agit d’une réelle volonté de rester simple tout le temps, ou aimerais-tu parfois faire des choses plus complexes ?
Oh tu sais, je ne sais vraiment pas si j’ai les capacités pour faire quelque chose de très complexe. J’ai toujours apprécié la philosophie du « Less is more ». Je pense simplement que c’est la façon dont les choses me viennent naturellement. Je ne pense pas avoir les ressources pour créer une œuvre alambiquée et exigeante. C’est même contraire à mes principes. Je n’arrive pas à rester attentif si je m’ennuie. Ca demande trop de temps et d’énergie, et ce n’est pas ce que je veux. Je préfère encore faire le même riff pendant vingt minutes qu’expérimenter des trucs dingues tout le temps.
C’est un peu ce que la Beat generation planquait derrière son « First thought, best thought » (NdR : quelque chose comme « la première idée est toujours la meilleure »). C’est la même idée ?
Complètement. Il y a d’autres paroles sur le disque qui disent : « I don’t really believe in masterpieces » (NdR : sur the Future Rock). Le voyage m’importe plus que la destination. Je ne cours pas après le chef d’œuvre. Je ne peux pas imaginer passer deux ans à faire un disque. Ou même trois mois. Ce n’est pas si important. Je préfèrerai toujours faire cinquante albums moyens que cinq albums de génie. J’aime la spontanéité dans le rock, surtout quand j’enregistre. La première fois que tu joues un morceau avec le groupe, c’est toujours unique. J’aime percevoir l’anxiété d’une première prise. Ca procure beaucoup d’énergie à la chanson et même si tout n’est pas impeccable, ça donne du caractère au disque. Il n’y a rien de plus chiant que la perfection.



Ces “Gods and Goddesses”, qui sont-ils?
Ce titre n’est pas spécifique. C’est juste le titre d’un bouquin que j’ai depuis des années. Ca parle de dieux grecs. J’aime vraiment prendre à la dérision ce genre de termes pompeux et universels. Au final, ça revient toujours à parler de mecs qui partent en week-end. C’est une façon de remettre la main sur la langue. D’où je viens, et je suis sûr de ne pas être le seul dans ce cas, on est élevés dans une jungle d’argot. On aime bien jouer sur les mots, ou avec leur sens, ce genre de trucs. Ce qui est certain, c’est que je ne me prends pas pour un dieu ou ce genre de truc. C’est juste du genre faire ton truc sans te cacher, la tête haute.
Quand on écoute tes albums, et c’est encore le cas sur “Gods and Goddesses”, il y a un vrai style Brant Bjork. Très sec, sans rien de futile. Et en même temps, on peut sentir que tu es influencé par des groupes comme Led Zeppelin (note: Led Zep IV passe dans les speakers de la cantine) ou Black Sabbath. Ce qui est très différent. D’où vient ton style selon toi?
Je ne sais vraiment pas. Quand j’étais encore un gamin, j’étais le plus jeune du voisinage. Tous les autres kids étaient dans des trucs comme Kiss. A la fin des années 70, Kiss était le gros truc. Et puis j’ai changé de direction quand j’ai découvert les Ramones, les Sex Pistols. Je me suis vraiment mis au punk. Je crois que c’est vraiment à ce moment là que je me suis projeté en tant que musicien car ça m’a donné la confiance nécessaire et ça m’a montré que je pouvais jouer et participer. J’avais ce pote qui était le plus gros fan de Kiss du coin et qui avait commence à jouer de la batterie dans un groupe punk à ce moment là. Je trainais chez lui et je regardais ces gars jouer. J’étais très jeune. Ils jouaient des reprises des Clash, de Generation X, des Sex Pistols et tout ce genre de trucs. Peu de temps après, j’ai eu ma propre batterie et j’ai rassemblé quelques gars pour faire du bruit et jouer. J’ai un attachement particulier pour mes racines punks. Ca m’a permis de devenir un musicien. Je ne pourrais pas dire si les groupes ou leur discours politique a beaucoup à voir là-dedans. Ca ne me parlait pas énormément. Ce qui m’attirait, c’était que ça semblait la musique parfaite pour grandir dans les années 80, quand tu commences à découvrir Led Zeppelin ou Black Sabbath, les trucs du début des 70s. Tu sais, ces disques heavy et rugueux. Je n’ai peut-être pas absorbé ce qui faisait les superstars des 70s, mais j’aime combiner ces rythmes et ce son à ma vision punk simpliste. Je n’ai jamais pris une leçon dans ma vie, pour aucun instrument. C’est du rock archaïque. Je ne saurais comment le décrire autrement.



C’est paradoxal. Maintenant que tu n’apparais plus que sous ton propre nom (avant, il est apparu avec les Bros et les Operators), tu as le groupe le plus énorme de ta carrière solo. Sur scène, tu leur laisses d’ailleurs beaucoup de place pour s’exprimer. C’est ce qui était prévu ?
Heureusement que les choses ne se passent jamais comme tu l’avais prévu, ce serait frustrant. Au début, j’avais une vision très idéaliste de ce que je voulais exprimer en tant qu’artiste solo et j’ai bossé dur pour que cette envie reste la plus pure possible. Avec les années, ce qui m’importe vraiment, c’est de m’amuser et je laisse les autres musiciens amener leur propre touche. Souvent, c’est une touche que je n’aurais jamais pensé à inclure, mais qui suis-je pour dire que ce n’est pas approprié ? On s’amuse vraiment sur scène et je suis vraiment content de la façon dont les choses ont tourné.
Ton jeu de batterie est très direct et rugueux, alors que tu as un style très groovy quand tu joues de la guitare. Quelle est la différence pour toi ?
A mes yeux, la guitare est vraiment ce qu’il y a de plus merveilleux, car je peux jouer des notes. La batterie a un côté plus primaire. Je dirais que la batterie révèle mon côté masculin et on voit plus mon côté féminin à la guitare.
Cela te vexe, qu’on te voie toujours comme un batteur qui se fait plaisir à la guitare mais qui restera toujours un batteur au final ?
Je ne peux pas contrôler la façon dont les gens me voient. On m’attribue toujours un tas de trucs. Je suis un musicien. C’est juste ce que je suis. J’ai commencé la guitare avant de me mettre à la batterie, en fait. Mais ce qu’on peut dire ne me travaille pas énormément.
Aujourd’hui, tu t’entraînes de la même façon sur les deux instruments ?
Eh, je ne m’entraîne jamais, je ne l’ai jamais fait. C’est chiant.




Tu as joué dans des groupes vraiment heavy, et quand tu joues en solo, tu fais généralement des chansons nonchalantes. Est-ce que c’est parce que tu as changé au fil des années ou est-ce que c’est juste la part de Brant Bjork de la musique que tu as toujours joué ?
C’est un peu des deux. Quand j’étais plus jeune, et très clairement aussi pendant les années Kyuss, on était vraiment en colère. Et frustrés. On était jeunes et stupides, on vivait au milieu de nulle part. C’est pour ces raisons que la musique sonne de cette façon. Mais maintenant on a vieilli, et même si on a toujours les capacités d’exprimer notre frustration, ça commence à être épuisant. En tant qu’artiste, tu apprends à utiliser d’autres façons d’exprimer ta frustration. J’écoute beaucoup de jazz ou de reggae. Ces mecs sont bien plus énervés qu’on ne le sera jamais, mais ils en tirent une musique douce et magnifique. Pour moi, c’est beaucoup plus heavy, finalement.
Dans la scène du désert, la loyauté semble être un élément très important. Quelle est la différence entre la scène originale desert rock et d’autres endroits, d’autres mouvements ?
Pour être totalement honnête, je ne peux pas comparer notre situation à quoique ce soit d’autre puisque je ne connais rien d‘autre. Ce désert, c’est là d’où on vient, où on est devenus des musiciens et où on a grandi tous ensemble. C'est où on a partagé la frustration de vivre au milieu de rien, de s’ennuyer et de n’avoir vraiment rien à faire. Notre musique représente beaucoup à nos yeux car c’est tout ce qu’on a. Pour le meilleur et pour le pire. C’est notre seule façon de nous identifier. On émet des critiques, on jauge, on pousse pour faire plus, on encaisse et on joue des coudes. Mais ça a le mérite de garder toutes les têtes froides. D’où je viens, on ne peut en faire des tonnes parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour te ramener sur Terre. Même ceux – ils sont peu – qui ont quitté le désert et connu un grand succès, ils seront les premiers à te remettre les idées en place si t’en as besoin. Mais c’est ok, ça te maintient affuté et ça amène un genre de vitalité.



Comment est née cette scène du Desert Rock à l’époque ?
On peut avoir plusieurs regards sur ce qui a généré le mouvement. Pour moi, et ma génération, Kyuss était les suiveurs de ce que je considère être la scène originale. Le desert rock original a commencé en faisant du punk rock, car c’était la musique qui avait montré aux gens des petites villes et des endroits isolés qu’ils pouvaient créer leur propre scène. Black Flag était venu jouer et ça avait poussé des gars comme Mario Lalli à organiser des concerts. On n’avait pas de clubs où jouer. On faisait des groupes juste pour contribuer, avec rien à gagner sinon l’expérience du truc. Le mouvement avait commencé au début des années 80 et a continué à évoluer jusqu’au milieu de la décennie. Des groupes vraiment jeunes ont commencé à voir le jour, inspirés par cette scène. C’était un mouvement réduit mais très intense. Je comparerais la scène du désert à celle qui peut exister en Jamaïque. Ces gars vivent sur cette île, jouent tous sur les albums des autres, mais il y a beaucoup de frustration. Ils sont comme une grande famille dysfonctionnelle. On est aussi comme ça dans le désert. Même avec du recul, je dois dire qu’on ne savait pas vraiment que ça allait devenir important pour d’autres gens. On partageait juste le credo commun que nous étions très insignifiants. Deux heures pour aller à San Diego, pareil pour Los Angeles. Pourtant, on jouait dans le désert, il y avait dans les 500 personnes, et encore aujourd’hui, je n’ai pas vu mieux que ces groupes là. Les meilleurs groupes que j’ai vu de ma vie. On est juste montés dans le wagon. Avec Kyuss, on était un résultat de cette scène qui existait déjà. Ils nous voyaient arriver et étaient du genre : « voilà les punk kids ! » Pour être honnête, on a juste eu la chance incroyable que Kyuss ait été découvert.
Kyuss a concocté la recette définitive du stoner, avec un accordage très bas, des boucles répétitives… Comment c’est venu ?
Pas mal de trucs sont venus parce qu’on était juste des kids, en fait. On n’avait pas d’accordeurs, alors on jouait constamment désaccordés. Josh (Homme) s’accordait la plupart du temps en écoutant un album des Misfits, parce que c’était tout ce qu’on avait sous la main. Et quand on a enfin dégoté un accordeur, on s’est regardés en se demandant « c’est quoi ce bordel ? Ca ne marche pas. » Pour nous, ça avait toujours été beaucoup plus dans les graves que l’accordage classique qu’on découvrait.
Comment t’expliques cette bascule, de SST records et la scène californienne au désert rock ? Il y a peu de choses en commun, c’est plus Black Sabbath.
C’est ce que les gens ont le plus de mal à comprendre. Mario Lalli et tous les autres venaient de l’école SST. SST était une institution en Californie. C’était très intense et aussi très réel. Presque culte. Greg Ginn et Black Flag avaient une sacrée pression. Si tu étais sur SST, tu ne pouvais pas vraiment te disperser. Ce qui était si impressionnant au sujet de SST et de Black Flag, c’est qu’ils avaient créé le mouvement hardcore de leurs propres mains, selon moi, mais en même temps ils lançaient constamment un défi au public qu’ils avaient réuni et essayaient d’ouvrir les esprits. « Hey, écoute ça c’est du hardcore ». Oh super, je veux faire partie de ce truc. Et tu les revoyais « Hey, voilà ce que c’est maintenant ». Oh, c’est différent. Ils ne brossaient pas leur public dans le sens du poil. Ce courage artistique était incroyable. Ca a été une énorme influence sur la scène du désert car Mario Lalli était très bon musicalement. Les vrais musiciens étaient les plus âgés du mouvement, la génération au-dessus de nous, comme Alfredo Hernandez et Gary Arce (NdR : Yawning Man). Ils ont très vite adhéré aux groupes SST et la vision élargie du punk rock. Les derniers disques de Black Flag comme My War et tous ces trucs. D’une certaine façon, ce sont tous ces disques vraiment éclectiques et bizarres de STT qui ont engendré tout ce qu’a fait Sub Pop. Pour moi, 90 % des groupes de Seattle ont été directement influencés par ces groupes-là.



On était là, dans le sud de la Californie. Mario Lalli était dans un groupe nommé Across the River, en 1985. C’était un truc comme le plus grand groupe de hard rock qu’il m’ait été donné d’entendre. Tout à fond. La rencontre entre Black Flag, Black Sabbath et Deep Purple, un truc dans le genre. Ca nous a beaucoup influencé en tant que kids. Le temps que Kyuss arrive, on avait tous été influencé par tout ça. Mario Lalli était le mec qu’il fallait aller voir pour tout ce qui était punk rock à Palm Desert. Et quand j’ai enfin réussi à me débrouiller pour les voir, j’ai trouvé un gars avec des dreads, des tongs… mais il jouait comme ces enfoirés de Deep Purple. Il n’était pas du genre à porter une veste en cuir et tout ce bordel. C’était comme si une partie de moi aimait grandir au son de GBH et des trucs très explosifs, mais là je rencontrais le héros local et il me montrait ce dont il était vraiment question : le punk rock est avant tout « fais ce que tu veux comme tu le veux ». Ca m’a marqué. J’aimais ça et c’est pour ça qu’on a commencé en tant que groupe punk avec Sons of Kyuss.
Comment expliques-tu l’anti-hype du mouvement ? Vous êtes tous si simples et aucun n’a cédé au commercial.
On est sûrement aussi complexes qu’on est simples. Je suis sûr que si on offrait un million de dollars à l’un d’entre nous pour le faire, il le ferait probablement. J’espère vraiment que je ne le ferais pas, mais tu ne sais jamais avant d’y être confronté. On vient d’un background très humble. Notre simplicité est très naturelle. En tant que musiciens, on est humbles car on est impliqués dans des musiques qui nous poussent à l’humilité. Je veux dire, sans prendre en considération d’où on vient individuellement, ou le contexte du désert. Beaucoup de gens trouvent ça cool et romantique d’amener un générateur au milieu de nulle part et jouer au milieu du désert, mais à l’époque, on ne pensait pas exactement que c’était « cool ». On n’avait juste pas d’autres endroits où jouer. Quand on a commencé à jouer dans les clubs, on était du genre « wow, regarde cette sono . Oh, des lumières et des pieds de micro. » C’est ce qu’on voulait tous au fond.


Si tu n’avais à retenir qu’un élément comme étincelle du désert rock, ce serait les generator parties, le rancho de la luna, Kyuss ou Mario Lalli ?
Encore une fois, c’est juste mon point de vue, mais pour moi, la scène du désert et le désert rock n’avaient rien à faire avec le Rancho de la Luna. Kyuss est peut-être une extension de quelque chose, mais selon moi, le désert rock a eu lieu entre 1985 et 1989 dans le low désert. C’est ce dont on parle quand on évoque le désert rock. Joshua Tree, les désert sessions et le Rancho de la Luna sont supers mais ça n’a rien à voir avec le désert rock. C’est venu très tard. C’est complètement approprié, ce sont des coins supers et je suis content d’être impliqué dans ces trucs à un certain niveau mais au fond, le vrai désert rock est mort selon moi. Ce qui est cool hein. Chris Goss dit souvent : « the best should always go to the gods ». C’est ce qui est arrivé : Across the River n’a jamais rien enregistré, le Yawning Man original non plus. Ces groupes étaient parmi les meilleurs que j’aie vu. Disparus, pfiut !




En ce moment, tout le monde doit te demander si Kyuss va se reformer, alors je vais te poser une question tout aussi importante : et Che alors ?
Tu sais, on en parle à peu près tous les deux ans. Ce n’est en aucun cas que nous ne voulions plus faire de musique ensemble. Alfredo Hernandez et Dave Dinsmore sont aussi occupés que moi. Je déteste admettre quelque chose d’aussi trivial, mais c’est un simple problème logistique. Ca craint, c’est une excuse vraiment minable. C’est sur la liste des choses plutôt cools que j’ai envie de faire. Ca avait été une expérience très organique… Capturer un spécimen rare deux fois est très difficile. Mais ça peut être marrant d’essayer, hein.

vendredi 11 février 2011

Interview JIM JONES REVUE

Version longue de l'interview publiée dans Abus Dangereux n°116
Photos prises par Louise Dehaye à la Rock School barbey (Bordeaux)




HIGH VOLTAGE
Rock’n’roll baby ! Une réputation forgée à la cire à cheveux, un premier album enregistré à l’ancienne en un claquement de doigts et de la dynamite sur scène. J’aurais des hallucinations, je verrais Doc Emmett Brown à la place de Jim Jones, tant le groupe est une machine à remonter dans le temps.
La guitare hurle hors des baffles, Jim Jones prend une posture de prêcheur 50s et Sam Phillips revient à la vie. Le temps d’un set enfiévré à transformer un indie kid en gonzo du rockabilly, qui nous transporte droit sur la tournée US des pionniers. Jerry Lee Lewis côtoyait Elvis et Little Richard. De la sueur, du sang et des larmes comme disait Churchill. L’interview a la même saveur urgente que leurs concerts. On arrive avec l’image d’un groupe des années 50 old-school et on repart avec des déclarations profondément punk. L’humour anglais certainement.




Vous avez enregistré le premier album en un temps record. Qu’est ce qui a changé quand vous avez enregistré le second ?
Rupert Orton : On adore le premier album. On a réussi à capter l’excitation du groupe sur scène. Ca nous a pris un certain temps pour réaliser que nous avions besoin d’un son live, en fait. Ca semble évident maintenant, mais à l’époque, on a eu une approche traditionnelle du studio. Quand on a obtenu ce son brut du live, on a su que c’était ce qu’on souhaitait. C’était vraiment un son radical. Mais on ne pouvait pas refaire le même album, ce qui était radical à l’origine aurait semblé répétitif.
Jim Jones : Jon Spencer m’a dit «Qu’est ce que vous allez bien pouvoir faire après ça ? »
Rupert Orton : Si tu montes le son, ta sono n’apprécie pas vraiment. Tu peux obtenir une sorte de bruit blanc, ce qui est génial hein, mais ce n’était pas vraiment ce qu’on voulait. On voulait conserver l’excitation et l’énergie. Mais comment est ce qu’on fait ça, en vrai ? Alors, on est allés trouver Jim Sclavunos, qui a produit l’album, et on lui a demandé d’aller vers un son plus défini, pour que tout reste en place quand tu montes le son.
Est-ce qu’on peut voir dans le titre « Burning your house down » la meilleure définition possible pour Jim Jones revue ?
Rupert Orton : C’est ce qu’on essaie de produire en concert. Mais la définition complète du groupe serait plutôt « on brûle la maison du sol au plafond pour construire quelque chose de neuf à la place ». On fait table rase et on repart à zéro.
Pensez-vous que le succès qu’a eu cette musique si directe, avec le premier album, était aussi dû au paysage musical actuel ? On entend pas mal de choses superficielles et pénibles, très marquées années 80.
Rupert Orton : C’était une réaction animale, en fait. Je programmais des concerts, j’ai donc pu voir pas mal de groupes, parmi lesquels se trouvait le groupe de Jim. C’était d’ailleurs un des rares groupes que je ne trouvais pas super chiants à l’époque. On écumait les concerts et on se disait « c’est quoi ces groupes ? Pourquoi il n’y a rien de mieux ? »
Jim Jones : Les gens méritent mieux. Quand ils vont à un concert, ils méritent plus qu’un moment de détente vaguement live. Ils méritent de vivre un moment à part, de se sentir revigorés, faire le plein d’énergie positive pour pouvoir repartir et affronter de plus belle cette putain de vie.
Rupert Orton : Tu viens à un concert de rock’n’roll, tu en repars quand c’est terminé. Tu dois t’être bien marré, t’être senti partie prenante sur le plan émotionnel, tu dois sentir l’excitation t’envahir. Si on peut essayer de se rapprocher de ce genre de choses à nos concerts, c’est réussi. Il y a aussi un élément sexuel. Tu dois repartir en te sentant comme après la nuit de ta vie. Je pense que c’est assez similaire.
Il y a aussi du Stooges dans votre musique. Tout le monde dit que vous faîtes du pur rock’n’roll, mais votre musique a beaucoup de points communs avec le punk.
Jim Jones : Les Stooges ont cette flamme en eux. Ce truc après lequel on court. Comme Little Richard, comme the Birthday Party, AC/DC ou Motörhead.La liste est vraiment longue. Ce sont les groupes qui nous ont inspiré quand on était adolescents. On écoutait ça et on se disait « wow ». Le MC5... Qu’est ce que tu veux rajouter à ça ?




Les gens évoquent souvent un revival quand ils parlent de vos disques, mais ne pensez vous pas plutôt que le groupe est arrivé dans une époque à laquelle il n’appartient pas ?
Rupert Orton : Je ne peux pas penser que nous faisons partie d’un revival de quoique ce soit, vu qu’on n’était pas dans le coin dans les années 50. Comment pourrions-nous faire revivre quelque chose que nous n’avons pas vu vivre ? Ok, il y a des éléments évidents de la musique des années 50 dans ce que nous faisons, mais il y a aussi un paquet d’autres choses. On n’est pas bloqués sur une époque particulière ou sur telle influence. Je comprends pourquoi les gens disent ça, mais ça n’a rien d’un revival. Les paroles de nos chansons parlent de la vie aujourd’hui et pas de la vie d’hier. Je pense même que pas mal de choses dans les années 50 n’étaient pas si cools. Le service militaire obligatoire, le rationnement, le National Front et tous ces gens incroyablement racistes. L’Angleterre avait été défigurée par la guerre et était toujours convalescente. On ne peut pas vraiment idéaliser cette période. Il s’est simplement avéré que ça a été le moment où tous les différents styles de musique se sont mélangés pour créer le rock’n’roll.
Little Richard ou Jerry Lee Lewis?
Rupert Orton : Ils sont tous les deux des symboles. L’un est blanc, l’autre est noir. Voilà pourquoi le rock’n’roll fonctionne. Ces deux mecs ont eu les mêmes influences mais ils sont issus de racines sociales différentes.
Jim Jones : Mais ils ont eu des vies similaires, en même temps. Leurs pères respectifs étaient dans le trafic d’alcool pendant la prohibition. Ils ont tous les deux pris leurs racines dans cette période post-dépression, ont joué de la musique quand tout commençait à prendre forme. Au final, ils choisissent une forme d’expression identique.
Rupert Orton : C’est incroyable, ces mecs, et Chuck Berry aussi, sont encore vivants. Quelques-uns sont morts, mais ce sont des légendes, des pionniers et ils sont encore là. C’est fascinant qu’outre la musique qu’ils jouaient, ils aient eu cette énergie en eux.
C’est bon signe pour vous. Chuck Berry ou Eddie Cochran ?
Rupert Orton : Il est difficile, celui-là. Eddie Cochran était un auteur incroyable, mais on oublie parfois son boulot d’arrangeur et de producteur. J’écoute encore souvent « Summertime Blues ». La production sur ce morceau est un truc de malade. Chuck Berry, lui, est avant tout un sénateur de la guitare. C’était un punk avant l’heure, et en même temps il y a une énorme culture jazz dans ses chansons. Je dirais probablement Chuck Berry parce que je suis guitariste.
Jim Jones : Eddie Cochran.
Jack White ou Jon Spencer ?
Jim Jones : Je vais prendre Jon, tu peux avoir Jack si tu veux.
Rupert Orton : Ca me va. On apprécie vraiment beaucoup Jon, c’est un ami.
Jim Jones : Je l’ai choisi, moi. Je l’aime plus que toi, on dirait.
C’est surprenant, pourquoi as-tu choisi Jack White ?
Rupert Orton : Ah ah, oh non pourquoi moi ? Demande à Jim.
Jon Spencer paraissait être le choix le plus évident.
Rupert Orton : La première fois que j’ai entendu les White Stripes, je me suis dit « il a le truc lui aussi ». Et il a vraiment du talent. Il ne s’est pas contenté de faire un seul bon album. Il en a fait un paquet avec trois groupes différents. La plupart des gens arrivent à un certain point, et ils partent dans un trip mystique ou s’installer sur une île des Caraïbes. Jack continue à créer, lui. Il avait été invité à une émission de radio en Angleterre et le DJ nous adorait. Il a passé notre disque et a dit à Jack : « Ces mecs sont incroyables, tu devrais les faire jouer ». Il a dit ok, et il l’a fait ! Ce n’est pas une chose qui arrive en temps normal. Il nous a fait jouer en première partie de Dead Weather à Londres.
Jim Jones : Selon moi, Jon vient de la même lignée que des gens comme Jerry Lee Lewis ou Elvis avant qu’il ne parte à l’armée. Il a cette flamme. Il était bien vivant et il n’était pas vu comme un écho nostalgique du passé. Sa façon de faire, très punk finalement, a donné à cette musique une réelle crédibilité.
Rupert Orton : Jon Spencer a eu une importance cruciale dans ma vie. Dans les années 90, il a joué avec des mecs comme RL Burnside. Ca a complètement changé ma vision de la musique. Il était le gardien du temple dans ces années là, celui qui a maintenu la flamme.

samedi 10 juillet 2010

Interview FU MANCHU


Interview publiée dans NOISE magazine n°15 et partiellement dans Abus Dangereux n°114
Photos prises par Louise Dehaye à la Boule Noire (Paris) et au Café Rex (Toulouse)
KINGS OF THE ROAD





20 ans de dumb rock un peu loser avec une stratégie inébranlable : la tournée perpétuelle. Comme si Fu Manchu n’avait pas perdu de vue ces années slackers où ils répétaient dans un garage et où les concerts établissaient la hiérarchie locale. Figure de proue du stoner, d’autant plus qu’ils avaient récupéré Brant Bjork de Kyuss après la disparition de ces parrains absolus du genre, et ça c’est bon pour la « desert credibility ». Appelons ça plutôt dumb rock, car Fu Manchu a une place à part dans la nébuleuse stoner. Peu de considération pour les jams psyché, l’héritage de Black Sabbath est ici bien discret et le groupe se réclame toujours d’influence hardcore (Bl’ast, Void), et délaisse les improvisations et les soli sans fin pour des chansons aux dimensions classiques et des compos efficaces. Plus terre à terre donc. Fu Manchu ne fuit pas les clichés, il compose simplement avec les siens. Fuzz massif, chant plus basique que ce à quoi nous ont habitué les spécialistes nourris au stoner classique et paroles teintées de culture purement sud-californienne, entre ovnis, skate et tuning.
Rencontre avec le batteur Scott Reeder, ex- Smile, et homonyme malheureux du bassiste de Kyuss. L’humain le plus proche d’Animal du Muppet Show.




Scott, parlons du nouvel album. Il a été produit par Sergio Chavez qui avait travaillé avec Motörhead et Helmet.
En fait, Sergio a bossé avec un groupe de Los Angeles qu’on aime vraiment beaucoup, It’s Casual, et c’est pour ça qu’on lui a demandé de produire le disque. Ils ne sont que deux mais il leur a fait un son incroyable. Alors on s’est dit qu’avec nous quatre, il devrait plutôt bien s’en tirer. On aime beaucoup Helmet et Motörhead, mais ça n’a pas joué du tout dans notre choix du producteur. Ca a été très facile de travailler avec Sergio, il a amené des idées vraiment cools. On a tout bouclé en moins de deux semaines.
C’est très court pour un enregistrement.
On avait fait tout le travail de composition et de pré-production, on était prêts pour l’enregistrement. Les chansons étaient bouclées, à part peut-être quelques paroles qu’il restait à terminer. On avait fait deux ou trois mois de répétitions où on a travaillé sur les ajustements pour que les compos soient cohérentes. Ca nous épargne du temps en studio, on n’aime pas trop étirer l‘enregistrement. Ca n’a pas énormément de sens, surtout aujourd’hui. Et ça coûte trop cher.
J’ai entendu que vous faisiez des démos de toutes les chansons et qu’après ça vous enregistriez très vite, mais toujours en essayant de coller à l’esprit original de la démo.
Oui, mais bon, si ça ne sonne pas bien sous cette forme, ça ne va pas sonner parce que tu vas mettre plus de … Ce que je veux dire, c’est qu’on on fait peu d’arrangements après coup, on ajoute peu de cuivres et d’artifices. Si ça fonctionne en lo-fi, ça veut dire que ce sera bien meilleur en hi-fi. Si ça sonne moins bien, c’est que tu as probablement un gros problème.
Vous vous sentez plus à l’aise avec le son brut du live ?
Tu veux dire jouer live en studio ?
Oui, puisque je crois que vous avez enregistré la base des morceaux du disque de cette façon.
Je pense que c’est mieux comme ça, ouais. On a essayé de travailler au clic, chacun son tour, comme on a pu le faire d’autres fois. Mais je pense que c’est vraiment mieux si tout le monde est dans la même pièce et joue la base du morceau ensemble. Tu peux travailler instinctivement sur l’intensité, sur les nuances, c’est quelque chose qui nous correspond mieux et qui joue sur l’esprit du disque.
Pourquoi vous n’avez pas enregistré de reprise cette fois-ci ? (Ndlr : Fu Manchu inclut la plupart du temps sur ses disques des reprises qui finissent par sonner comme un de leur classique : Godzilla de Blue Oyster Cult, ou Weapon of Choice de Devo, par exemple)
Bah, on avait assez de chansons. En fait, on en a enregistré une, mais on l’a gardé pour une face B parce qu’on s’est aperçus que l’album sonnait mieux sans. La majorité des paroles était écrites et ça ne collait pas vraiment au niveau du thème. Je pense vraiment que si les reprises sont très différentes du reste du disque, ça peut se retourner contre toi. Ce n’est pas juste un truc du style « hey, on n’a qu’à mettre une petite reprise là-dessus ».
Mais avec Fu Manchu, c’est une tradition. Il y a même des sondages sur le site pour que les fans proposent des morceaux qu’ils aimeraient vous entendre jouer. Cette fois, c’était Foghat.
Entre les répéts, partir en tournée, on ne s’occupe pas tant que ça du site officiel. On s’est aperçus que les fans lançaient leurs propres sujets sur les forums et c’est vrai qu’ils discutent des chansons qu’ils aimeraient entendre. Mais bon, il y a des morceaux que les gens veulent entendre et qu’on n’a juste pas envie de jouer. Sur cette tournée, on a décidé de revoir notre répertoire et de ressortir de très vieilles chansons qu’on n’avait jamais jouées. On change la setlist au fur et à mesure qu’on avance dans la tournée, mais on est vraiment partis sur ça. On a dix albums, alors on peut faire sans reprises pour un temps.
Est-ce que vous vous considérez comme les nouveaux Ramones ? Parce que vous parlez souvent dans les interviews de ‘rock droit devant’ et que les fans veulent que vous jouiez la même chose encore et encore.
Non. Les Ramones étaient vraiment un truc à part. Et nous ne nous prenons jamais pour des gens que nous ne sommes pas. Mais je vois le truc, tu fais la comparaison parce qu’on a un style auquel on se tient. Ce n’est pas intentionnel en fait. Il y a juste des trucs qui ne sonnent pas de façon authentique. Dans ce groupe, on n’insiste pas trop quand on compose, juste pour se dire qu’on fait quelque chose de différent. Si une idée appelle une approche différente, on le fait. Mais si on ne le sent pas… On aime jouer des trucs forts, très heavy. Non, on ne s’est jamais vus de cette façon là. On est plus du genre à jouer ce qu’on aime et ça finit par être notre style récurrent. Mais si les gens veulent voir les choses de cette façon, c’est cool. C’est une chouette comparaison. Je pense quand même que les Ramones étaient un peu plus populaires que nous.
Mais est-ce que parfois, vous vous sentez emprisonnés dans ce style par les fans ? Il semble clairement que si vous changez de son ou quoique ce soit, les fans réagissent de façon épidermique. On juge presque la réussite d’un album de Fu Manchu par sa ressemblance à tous les autres.
Non. Quand tu es dans un groupe, si tu passes ton temps à accorder trop d’importance à ce que les gens pensent, tu vas jouer exactement ce qu’ils veulent entendre et tu vas finir par sonner comme tous les autres. A un moment, il faut juste ne plus y penser. On se concentre sur ce qu’on aime jouer. Je pense que si on n’aime pas un morceau et qu’on essaie de le jouer devant un public en pensant que c’est ce qu’il voulait entendre, ça ne va pas coller. Ce n’est pas honnête et les gens ne vont pas aimer ça, parce qu’on ne va pas jouer avec la même ferveur que si les morceaux nous correspondent complètement, peu importe si c’est lent, rapide, heavy, un peu moins heavy. Certaines personnes aiment vraiment ce truc-là, d’autres non. Certaines personnes n’aiment que le premier album de Fu Manchu et c’est tout. Si ça leur paraît suffisant pour se pointer au concert, alors, cool. Même moi, par exemple, j’aime les six premiers albums de Kiss et je n’en aime aucun des autres.
Ca c’est incroyable, dans la voiture en venant, on écoutait une mixtape du Kiss du début justement. Je suis bien d’accord avec toi.
Ce serait suffisant pour me faire sortir de chez moi si ces gars venaient jouer dans le coin. En espérant qu’ils jouent des vieux trucs, mais j’aurais à encaisser les autres chansons aussi, j’imagine.
Il y a des chances vu qu’après Alive II, c’est nase.
Ah ouais, c’est si … ça me laisse complètement indifférent. Il y a sûrement des gens qui aiment ça. Dans les groupes que j’aime, il y a toujours des périodes moins bien que d’autres. Mais si tu prends un groupe dans sa globalité, tu peux avoir un certain respect pour sa production au fil du temps et aller le voir quand même en concert. Peut-être que les gens viennes juste pour acheter des t-shirts, je ne sais pas.
Fu Manchu est clairement un groupe qui prend tout son sens en live. Alors je me dis que la question doit être posée : quel a été ton premier concert quand tu étais gamin ?
C’était un concert pas très rock’n’roll… En fait le premier concert que j’ai vu de ma vie, c’était ELO (Electric Light orchestra).
Wow. C’est pas très rock’n’roll en effet.
Non, mais à l’époque c’était le ELO des années 70. Il y avait tout ce truc avec le grand vaisseau spatial et les lasers. C’était mon premier show au sens large du terme. Mais le premier concert de gros rock où je suis allé, c’était Metallica, à l’époque de Cliff Burton, sur la tournée Master Of Puppets.
Tu es passé directement d’ELO à Metallica ? C’est dangereux.
Non non. Tu sais, j’avais genre sept ans et mes parents m’avaient amené là bas,. Mais je te jure que je suis allé voir Metallica de mon plein gré. Et j’aime les deux groupes, hein.




Si tu avais juste une dernière chanson de Fu Manchu à jouer avant d’exploser sur scène, genre Spinal Tap, ce serait laquelle ?
Une très lente. Parce que si je suis sur le point d’exploser, j’imagine que ça va faire mal, alors j’ai besoin d’être super détendu. Je ne sais pas, il y en a tellement. Sûrement une de celles qui se trouvent sur le dernier album. J’aime beaucoup la chanson titre, Signs of Infinite Power. Elle est vraiment super à jouer live. Il y a un super groove, le public peut bien remuer la tête et la progression de la chanson me plaît énormément.
Cette chanson est très prog-psych, si une telle étiquette existe.
Oui, le riff est très hypnotique, c’est ce qui me plaît justement. Et je n’ai pas à jouer beaucoup dessus, je peux la jouer relax et j’aime bien ces moments là en concert. Ca me permet de regarder ce qui se passe autour, et j’ai de la place dans d’autres chansons pour taper autant que je veux.
On fête les 20 ans de Fu Manchu. Toi, ça fait 10 ans que t’es là. Comment tu résumerais tout ce temps ?
On est encore là, alors je dirais « en réussite ». On a toujours l’opportunité de venir de ce côté ci de l’Atlantique pour jouer, on fait des concerts aux Etats-Unis et les gens se pointent encore. On a eu un coup de mou ces dernières années, mais là tout est revenu comme c’était. En fait, dix ans, ça passe comme ça, vraiment.
Vous avez de toute façon une fanbase indéfectible.
Oui et je pense que cette fanbase sera toujours là. Peut-être certains s’éloigneront un temps, puis reviendront vers nous. C’est sûrement ce qu’il s’est passé d’ailleurs. Je pense par exemple qu’on n’est pas revenus en Europe assez vite. Ca faisait quatre ans qu’on n’avait pas tourné ici. Pas par choix hein. En fait, il n’y a pas réellement de plan défini dans Fu Manchu. Mais ces dix ans, super, j’ai vu beaucoup de choses, appris beaucoup aussi.
Ca a été difficile de prendre la place de Brant Björk derrière les fûts à l’époque ?
Non. Enfin je veux dire… Est-ce que ça a été dur d’apprendre les chansons ? Oh oui. Embarquer dans le tour bus avec les autres ? Non. Ca, ça a été très simple. Mais les répéts, apprendre les morceaux, ppff. Tu sais, il y a encore des chansons que je ne connais pas. Mais comme les autres ne s’en souviennent pas non plus, ça va. J’ai déjà assez de mal à me souvenir de celles que je connais déjà.
Il y a des chansons de cette période que tu ne refuses de jouer aujourd’hui ?
Oh, mais il y a aussi des chansons qu’on a enregistré depuis que je suis dans le groupe et que je ne veux pas jouer non plus. C’est vraiment selon ce qui marche le mieux en concert. C’est très différent du disque. Des fois, on se dit qu’une chanson ne va pas marcher sur scène et on est surpris. On pensait par exemple que Signs of infinite power ne fonctionnerait pas, mais on a essayé quand même. Et les premières fois où on l’a joué, on se regardait genre « wow, les gens semblent vraiment aimer cette chanson ». En plus elle s’est avérée très agréable à jouer. Mais il y en a d’autres qu’on a essayées et qui ne marchaient pas du tout. On avait répété de vieilles chansons pour cette tournée, on les a essayé pendant les balances et … « hein ? C’est quoi ce truc ? Bon, on va jouer autre chose »
Quel serait ton all-star band si tu pouvais choisir un batteur, un bassiste, etc ?
Je jouerais de la batterie. Juste parce que je veux jouer avec les autres gens que je vais choisir hein, pas du tout parce que je me considère comme le meilleur batteur ou quoique ce soit. Alors dans mon all-star band, il y aurait sans doute John Paul Jones. A la guitare, je choisirais sûrement Jimmy Page. Bon, tu vois où je veux en venir hein. Mais je ne crois pas être aussi bon que John Bonham. Pour le reste… Dans ce genre de liste, t’oublies toujours des gens. J’ai un bon paquet de super musiciens en tête. Ca ne veut pas dire que ça fonctionnerait s’ils devaient jouer ensemble par contre. Je peux juste choisir les Descendents du début, et juste les regarder jouer. Le Black Flag du début aussi ou Led Zeppelin. Pour moi ce sont déjà des all-star bands.
Quels sont les plans de Fu Manchu pour 2010 avec ces 20 ans d’existence ? J’ai entendu parler d’un DVD.
Oui, on espère qu’il sortira à la fin de l’année. On espère aussi revenir en Europe pour une tournée des 20 ans du groupe. Des concerts où on jouerait les albums dans leur intégralité. C’est l’idée. On va essayer de commencer ça pendant la tournée US et les festivals cet été, et ensuite on ira jouer dans les villes dans lesquelles on n’est pas souvent allés jouer, comme Berlin ou Oslo. Des endroits qui nous ont pourtant toujours accueillis avec beaucoup de ferveur. Sur cette tournée particulièrement, le public européen a été super. On n’avait jamais eu une réception aussi forte et positive ici. Alors on a vraiment envie de revenir. C’est le plan en tout cas. Donc, le premier soir, on jouera les deux premiers albums en entier, le soir d’après, les deux suivants, et ainsi de suite.
Vous n’étiez pas supposés faire ça, plus ou moins sur cette tournée déjà ?
Non, pas sur cette tournée. On va faire ça après. On doit rentrer et apprendre toutes les chansons. Là, on n’en est pas encore à fêter les 20 ans du groupe, on tourne comme on le fait après chaque sortie d’album. On aura le temps plus tard pour fêter ça avec la tournée dont je viens de te parler et la sortie du DVD. On pourra y trouver des documents filmés qui n’ont jamais été vus nulle part, les clips, des trucs rares, des vidéos qu’on a filmées nous-mêmes sur la route lors des dernières tournées. On n’en est pas là.