mardi 22 juin 2010

00.21

Photos non retouchées, par Louise Dehaye

Chronique du Hellfest


Je mate un concert de loin, avec ma bière, tranquille. Un barbu hirsute se fraye un chemin dans la foule, jette un coup d’œil au niveau de mon torse et brandit un pouce approbateur. Je mate mon t-shirt, me rappelant à moi-même à quel point c’est vrai qu’il est cool. Bleu années 60 avec un dessin vintage en forme de promo locale et qui est orné d’un goguenard « PICK UP A WIFE OR TWO IN … UTAH ». C’est vrai que moi aussi je l’adore ce t-shirt. Ce gars est un connaisseur, c’est évident. Je lui réponds avec un sourire à la Jo l’indien (on est à un festival de métal, pas à un colloque sur l’éducation) et lève à mon tour un pouce reconnaissant. Le gars rigole, s’approche et lache, en pointant ma bière du doigt: « c’est pas ton t-shirt que je regardais ».
Rien de mieux que cette anecdote pour traduire la différence entre le Hellfest et un festival lambda de pop indé, où on s’entrejauge la mèche, on se reluque et on se compare sur l’échelle de la pose générationnelle. Ici, un doux parfum d’anachronisme. Une parenthèse old-school dans la hype express du quotidien. Ici, pour poursuivre la comparaison filée, on ne se bat pas pour voir qui connaît le plus de groupes qu’il faut absolument écouter avant la veille, ce qui compte c’est la fidélité. C’est pour ça que les têtes d’affiche du festival ont plusieurs décennies d’ancienneté. Ecouter le même album, encore et encore. On n’est pas fan de Maiden comme on est fan des Ting-Tings. Ce constat m’évite une argumentation pénible.
Il faut le dire : un festival métal est quand même le putain de meilleur endroit où passer un week-end. Des t-shirts moches, de la bière, des grands mecs barbus qui se marrent quand tu les bouscules… Pas d’embrouille. Le public est une communauté de cœur. Toute l’année, la plupart lutte pour assouvir leur passion contre leurs parents, sous les moqueries de leur collègue de boulot dont le principal fournisseur culturel est Leclerc, ou simplement des gens à qui la presse mainstream ne s’adresse jamais, sauf pour établir des clichés. Là, en 3 jours, que des potes partout. En famille, on ne s’engueule pas pour Noel ? Ici c’est pareil. Lundi, fort de la confiance retrouvée parmi les miens, je martèlerai les parties de Gérard en headbangant et en poussant des cris gutturaux.
Bref, ambiance à la cool. Les gens vont d’une scène à l’autre, se faufilant dans la distorsion. C’est l’occasion d’admirer la plus grande collection de t-shirts de l’univers. Le carbone 14 de la foi métal, la véritable carte d’identité du metalhead : le recoupement entre l’âge et le délabrement de ton t-shirt. Autant dire que le « GWAR – Tour ‘88 » impose le respect.




Sans être exhaustif, j’ai noté quelques impressions à la sauvette pendant les concerts, vus en entier ou aperçus le temps de la fuite.
TAMTRUM
Un look entre Prodigy et Marylin manson. Pas franchement bons, mais quand on s’en aperçoit enfin, deux meufs à poil se tortillent autour du « chanteur ». Du coup, le public exclusivement masculin est content et remet sa jauge qualité au lendemain.
DISCIPLINEPunk hardcore old-school avec des solos mélodiques très cools. Très punk anglais finalement.
Y & T
Old-school, avec ces montées à deux guitares sur les solos. Une impression étrange très tenace : flashy mais sobre, démonstratif mais efficace, des egos mais un vrai groupe. Du coup, ça a bien vieilli, mais pas vraiment non plus.
PRETTY MAIDS
Invités de dernière minute pour faire le compte à la place de RATT. Dans le genre, ça se vaut complètement. En plus, ils sont voisins dans le bac à soldes à 2 € des vinyles métal qui n’auront jamais de deuxième vie, ayant échoué à en avoir déjà une première. Que de coïncidences, donc. Du hair metal épique totalement 80s. Un chanteur à la David Coverdale. Oui, c’est une insulte frontale. Un synthé qui bave et un show maximaliste. Chemise à jabot pour le bassiste. Back in 1984. Pour citer Nigel Tufnel : « Is this a joke !? »
ANVIL
A l’installation du matos, je me rappelle que Lips est un peu le Ozzy – mais version The Osbournes – du speed metal. Candide et un peu largué, mais sans aucun doute intense et authentique. Après 30 ans de carrière, et même si une grande partie de celle-ci a été tronquée, voir la joie de jouer et d’être sur scène de ces gars, c’est complètement admirable. De vrais entertainers en plus. Lips n’a que des meilleurs amis face à lui.



AIRBOURNE
Si Airbourne veut être le Spinal Tap de cette génération, c’est réussi, avec notamment une attitude débile noyée dans la bière et une scène habitée par des murs d’ampli, dans des proportions tout ce qu’il y a de guignolesque.
Si Airbourne veut être le AC/DC de cette génération, là par contre c’est surfait et un brin dénué d’authenticité. Un truc est sûr, ils ont déjà piqué une grosse moitié du répertoire de leurs compatriotes australiens.
Il y a du boost sur tous les instruments. C’est rentre-dedans et too much, mais à ma grande surprise, c’est imparable sur la foule.

NEVERMORE
(note : je suis emmerdé, je n’ai noté qu’un mot sur mon carnet. « Embarrassant ! »)
SLASH
Ca me navre de le dire, mais Slash a fait un set cheapos avec des requins de la scène, des caméléons du cachet. Le chanteur peut chanter comme Dio, ou comme Axl sur les reprises des Guns. C’est le boss qui décide. Même le bassiste imite Duff dans son jeu de scène. Jusqu’à la longueur de sangle de sa basse en fait, et ça, c’est flippant. Un set fade et plat, avec Slash qui s’avance de temps en temps sur le devant de la scène pour sortir un solo. Pour donner aux gens ce qu’ils étaient venus chercher, devrais-je dire. Un peu promo pour vendre son disque solo, un peu putassier quand après deux chansons sans âme, il enchaîne avec deux chansons des Guns pour faire repartir le pouls du public. En club, ça passerait, mais en festival, ça ressemble à une tournée de Chris Cornell. En fait, après Sweet Child O’mine où le groupe n’est presque pas carré, avec notamment des reprises très poussives, on a même l’impression qu’on est devant un groupe de reprises qui a gagné le droit de jouer avec son idole dans un concours Budweiser.
ANNIHILATOR
Bon, c’est du métal froid trop sérieux, joué très premier degré. Des middle-class un peu beaufs qui jouent aux durs. Je le savais, ce n’est pas le problème, mais au milieu de tous les groupes old-school au charme désuet et à la dérision latente, ça passe mal.
Je m’évapore jusqu’au coin Presse/ VIP où – surprise – les Pastors of Muppets jouent un set qui enflamme les piliers du bar ( !!). Leurs reprises des standards de hard-rock aux cuivres (AC/DC, Metallica, System of a Down, Iron Maiden, …) sont autant de rappels de grands noms qui ne sont pas à l’affiche du jour, mais c’est plus frais que le bruit blanc d’Annihilator. D’ailleurs, la salle continue à se remplir, mais ne se vide pas de la moindre unité.
TWISTED SISTER
En parlant de dérision, Twisted Sister ! Ou comment des gars de 60 ans et frôlant tous le mètre 95 jouent sur scène avec leur kit glam-fille légère. Happy Tom de Turbonegro disait à ce sujet que quand tu te fais autant de mal à toi-même avant de monter sur scène, personne ne pouvait t’atteindre. Je constate que Twisted Sister a donc un moral d’acier. J’avais peur, je suis rassuré. Les gars ont l’enthousiasme communicatif. Dee Snyder sait enflammer un public. Acquis ou non. Et le concert rappelle que We’re not gonna take it est le plus gros hit des années Hair metal.
Jusqu’ici, en terme de musique pure – standards 2010 – ça craint un max pour les profanes. Mais le sujet n’est pas là. Ce festival est un putain de périple dans la discographie de mes 15 ans. Slogans débiles et glam-metal bubblegum. Pelforth-fraise, here we come !
IMMORTAL
Black-metal. Visages peints en noir et blanc. Au milieu du show, les mecs s’entraînent un peu à cracher du feu, ils seront opé pour cramer les églises comme ça. C’est dur, mais dans un lointain folklore et une association d’idée tordue, ça prépare à Alice Cooper qui enchaîne juste après.
ALICE COOPER
Le premier volet du grand barnum heavy-metal. Quand j’étais un teenager metalhead, un journaliste avait écrit qu’Alice Cooper préférait feindre une exécution théâtrale que jouer de bonnes chansons. A l’époque, ça m’avait énervé. Et là, l’âge sûrement, et alors que je n’y avais pas repensé depuis, c’est l’impression qui me saute au cerveau. Le show marche parfaitement. Le début avec School’s out et Eighteen est terrible. Lui non plus n’a pas oublié que les grands albums datent de l’époque où Alice Cooper désignait un groupe stable. Mais après quelques chansons, il enchaîne sa célèbre décapitation et Poison, qui est une bouse 80s incroyable. Le syndrome MTV version metal. Le journaliste avait raison, mais si j’ai attendu 20 ans pour que ça me paraisse évident, c’est que Vincent Furnier/Alice Cooper en impose.




JELLO BIAFRA
On était crevés et on a préféré rentrer à l’hôtel en fait. Il faut dire que Jello Biafra n’a répondu à aucun de mes trois mails demandant une interview. Mon amour propre n’aurait pas supporté que je me présente face à lui. Oublions la foule, il ne resterait que notre différent, entre quatre yeux malgré la distance. Une intensité qui n’aurait su se diluer dans l’indifférence du public. Le lendemain, un mec bourré me dit que c’était vachement bien.
SAVIOURS
Dimanche, frais et les oreilles vierges, on attaque sous la tente avec ce groupe vraiment cool, dans la même lignée qu’HIGH ON FIRE. Quand un concert te donne envie d’écouter les albums, c’est le signe que c’est plutôt réussi, et si je m’en rends à ce point compte là maintenant, c’est aussi parce qu’hier ce n’est jamais arrivé.
YAWNING MAN
Le premier de la série Palm Desert qui va se succéder sur cette même scène. Un groupe instrumental connu pour être un des piliers historiques du stoner, mais … qui joue du noise-surf-jazz, plutôt. Pourtant l’étiquette n’étonne pas tant que ça, à cause de l’ambiance de jam incessante, et aussi du fait que le groupe inclue Alfredo Hernandez (ex-Kyuss, Che, Orquestra del desierto et QOTSA) et Mario Lalli (Fatso Jetson, Desert Sessions). Pour faire court, je vais comparer le set à de la fumée. Un truc vaporeux, assez peu identifiable. Sitôt qu’on croit mettre le doigt sur ce que joue Gary Arce à la guitare, ce n’est déjà plus là. Un jeu clairement autodidacte et noyé dans une réverb massive qui contraste avec le jeu surpuissant d’Alfredo Hernandez. Mario Lalli est absent, et un kid l’a remplacé au pied levé. Le set est muet, le groupe enchaîne les chansons sans vraiment regarder le public, mais l’intégration du kid au jeu sur scène a l’air de stresser énormément Gary Arce. Quand on a des automatismes depuis 20 ans avec des potes d’enfance …
MONDO GENERATOR
Le groupe de Nick Oliveri (ex-Kyuss et Qotsa encore) a du mal à trouver de la stabilité et ça joue très certainement, car il mérite d’être plus connu. Là, en tout cas, entouré par trois australiens, c’est un killer-band. Espérons que « Dog Food », l’album fraîchement enregistré avec ces mecs sera un jour distribué hors Océanie. Pour l’instant, Nick hurle, assure les blagues dans un accent quasi disparu. Tout va bien. Là encore, le set est plus punk que purement stoner, mais ça importera peu à une majorité d’habitants de cette planète.




BRANT BJORK
En fait, j’enchaîne les chroniques et je me dis que tout le monde fait du stoner sauf les géniteurs de cette scène. Il y a plus aujourd’hui de copieurs de ce style que de nouveau matos du genre de la scène originale. Seul John Garcia reste dans cette veine, mais on en parlera quand ce sera son heure. Brant Bjork fait du stoner dans un certain sens, mais purement dans un sentiment diffus. Il fait du rock indé, chanté sec et minimaliste, avec des solos psyché et un groove vraiment énorme. Certains vont me reprendre de volée en disant « OK, c’est du stoner donc », mais la nuance existe. Le groupe est le même qui a enregistré le superbe dernier album, avec notamment l’ex-Yawning Man Billy Cordell qui est énorme à la basse. Ce qui étonne, c’est le sens du collectif de ce groupe. Brant Bjork ne prend pas la même place ici que Nick dans Mondo Generator où les gars jouent pour lui. Même si le groupe autour de lui a tourné depuis le début, Brant semble réinventer un vrai groupe à chaque fois. Il laisse les solos à Brandon Henderson, il donne une place très importante à chacun. Et si, pour me dédire immédiatement, Brant Bjork était l’essence même du stoner ?


MOTÖRHEAD
Je ne vais absolument pas parler du concert car les fans sauront ce dont il s’agit. Pas au minima hein, puisque Lemmy et ce qui constitue sûrement le meilleur trio de l’histoire du groupe (je n’ai pas dit par contre qu’ils écrivaient les meilleures chansons de celle-ci) assurent un standard très élevé. Le final Ace of Spades/ Overkill est un condensé de festival metal à lui tout seul.
Pendant ce concert, ces vieux cons de Vulcain et leur égocentrisme has-been très 80s tournent des scènes pour leur DVD. Ils sortent du coin VIP avec perchiste et cameraman, genre bain de foule spontané. Quelques gars – tous à la retraite sauf deux gars bourrés qui les confondent sûrement avec les Beatles - leur sautent dessus. Ils se font prendre en photo pendant que les vieux sont coopératifs mais s’achètent une metal-credibility en faisant mine de toujours suivre la prestation sur scène. Les mecs ont choisi le spot nec plus ultra et c’est … devant nous. Mon pote Gwardeath est habillé en zombie avec – je cite – du "vrai faux sang de cinéma qui coûte un œil" et finit par voler la vedette et les flashes aux trois vieillards. Du coup, ils vont voir plus loin avec un sourire qui cache mal leur amertume.
KISS
Je me rappelle des quelques jours où KISS a décidé de mourir.
Bon, je vais expliquer. Il faut repartir de loin pour comprendre et ça va être long, mais je m’en fous, c’est mon blog.
Depuis qu’ils avaient choisi d’apparaître sans maquillage en 1983, le groupe vivait une carrière difficile. Mauvais choix, années 80, goûts de chiotte que le maquillage ne dissimulait plus et deux des membres originaux qui étaient partis. Du coup, les deux entrepreneurs ont décidé en 1995 de refaire un coup médiatique en rappelant les deux autres membres du line-up original. Celui-là même qui a écrit les tubes et créé ce metal-bubblegum désuet qui a eu des fans démesurés. Une tournée vintage donc, avec effets pyrotechniques et maquillages, comme jusqu’en 1979. Rien que la présence d’Ace Frehley irisait les foules. Il refaisait le coup de la smoking guitar, ses solos si reconnaissables ; Peter Criss chantait Beth avec sa voix éraillée, refaisait son Ringo Starr subversif. Tout se passait bien. Alors les deux entrepreneurs ont décidé que ça ne pouvait pas s’arrêter. Ils faisaient chier ces mecs aussi. Eric Carr, le batteur avec le maquillage de renard, était mort d’une forme rare de cancer. Peter Criss n’avait plus le niveau. Ace Frehley lui faisait plus chier que n’importe qui, car en plus d’être adoré du public, se demandait à quoi tout ça rimait. Jouer tous les soirs les vieux standards ? Bof. Et puis les mecs, c’était pas qu’une tournée à la base ?
Quand j’étais ado, KISS était mon groupe numéro 1. Je n’ai jamais été aussi fan d’un groupe dans toute ma vie. J’ai gagné un prix à une grosse soirée déguisée, habillé en Ace Frehley. J’ai appelé mon chat – qui était clairement une chatte – Peter. J’ai arpenté les disquaires partout où j’allais pour trouver les albums que je n’avais pas en vinyle. On s’est pas mal foutu de ma gueule à une époque où KISS était vu comme le pire groupe du pire style musical de l’histoire. Et soudain c’était arrivé. Cette reformation. La mi-temps du Superbowl. Les produits dérivés. J’avais été inscrit à la KISS ARMY, le fan-club, et maintenant je voyais des comptables avec des putains de t-shirts de cette KISS ARMY !?
Ces connards d’entrepreneurs. N’oublions pas qu’on parle d’un gars, Gene Simmons, qui a déposé aux Etats-Unis le mot « Orange Juice » quand il a su que ça n’a jamais été fait. Du coup, il a touché des sous de toutes les marques de sodas.
Tant que l’effectif n’était pas stable, difficile de balancer du merchandising. Et puis on n’allait pas chier des maquillages différents et porteurs à chaque fois qu’un nouveau gars arrivait. Alors – sacrilège ! – ils ont volé les maquillages d’Ace et de Peter et les ont « franchisé ». Gene Simmons a même expliqué que quand eux deux seraient trop vieux, on pourrait imaginer que d’autres mecs pourraient les remplacer et KISS continuerait à arpenter les stades. Putain, mais vas-y, crève !
Bref, ça me gène. Je me suis tellement impliqué dans ce groupe, dans les albums jusqu’à Creatures of the Night, que je me sens personnellement attaqué. Le pire, c’est que les comptables avec les t-shirts KISS ARMY sont devant moi au concert.
Ca explose, les plateformes grimpent, Paul Stanley nous aime tous jusqu’à là-bas derrière. Les vidéos projetées sont trop cools et le tout est aspergé de tout comme avant, mais mieux qu’avant et … beh, ça sent la merde. Entre Tommy Thayer qui prend les mêmes poses dégingandées qu’Ace Frehley, Eric Singer qui s’est teint en brun et qui dodeline en tapant comme Peter Criss, on a l’impression de vivre une attraction Disneyland. Un peu comme celle où un intermittent joue Jack Sparrow de Pirates des Caraïbes comme s’il était mieux Johnny Depp que le vrai Johnny Depp.
Au pire, je demandais l’intégrité minimum. Ok, vous jouez maquillés comme si le temps était resté bloqué le jour de la sortie d’Alive II. Alors jouez uniquement les morceaux de cette époque-là. Non, on a droit aussi à toute la soupe 80s, quelques ballades saturées de sucre des 90s et même le morceau de la honte, « I was made for loving you » qui est, avec le nouveau public, passé du morceau dont ils devaient s’excuser au hit ultime de leur carrière. Les feux d’artifice détournent l’attention des bouffeurs de pop-corn, qui du coup, ne se posent aucune question sur le choix criminel des trois derniers morceaux du set.
Tapez KISS dans Youtube et regardez des vidéos des années 70. Je vous jure que ce groupe a compté, un jour.
JOHN GARCIA
Inséré dans les deux heures du show pharaonique de KISS, John Garcia revisitait Kyuss sous la tente du fond. L’ex-groupe de Josh Homme, des slackers oscillant entre bières et substances pour noyer l’ennui du désert californien, avait lancé une formule qui donnait naissance de fait au stoner. Guitares accordées très bas, des rythmes lents et lourds et des boucles répétitives et hypnotiques. Vu l’emploi du temps de Josh, peu de chance de revoir le groupe ensemble un jour, surtout quand on voit l’activité du rouquin avec le gotha du rock et la simplicité intacte de ses ex-compagnons.
Le groupe qui accompagne John Garcia est énorme. Les cinq premières minutes sont purement instrumentales et John n’apparaît que tard. Comme pour lever les doutes de l’audience sur le choix des gars. Le son est inhumain. John passe d’un album à l’autre et provoque l’hystérie dans le public. Chaque intro sonne comme un trésor qu’on croyait à jamais perdu. Imaginez la tête d’un naturaliste s’il se cogne un dodo au coin d’un sentier. Ou un ex-kid qui tombe sur la vignette Panini de Yannick Stopyra au fond d’un carton pendant un déménagement.
00.21 … Nick Oliveri et Brant Bjork rejoignent John Garcia sur scène et lancent Gardenia. ¾ de Kyuss pour la première fois depuis 1996. J’ai tellement envie de hurler que j’oublie que le line-up qui a composé et enregistré Gardenia avait Scott Reeder à la basse. Le paradoxe qui ne parle qu’aux puristes (mais quand même) et ne pourra pas entamer la félicité du ‘I was there’.
Le feu d’artifice quelques minutes après la fin du set a permis de fêter ça, aux frais de KISS en plus.




En deux jours de festival, je peux résumer mon expérience du Hellfest à un crescendo étourdissant. Un début où les noms ronflants enchainaient des sets dépassés (ici, on appelle ça le syndrome de la Garden Nef Party) et une dernière après-midi d’un niveau incroyable, où que vous soyez. Les scènes principales ont vu un enchaînement Motörhead/ Slayer/ Kiss difficile à battre en terme d’efficacité, et la tente terrorizer a vu défiler une dizaine de géniteurs du stoner.
MEILLEUR CONCERT :
Brant Bjork – avec les chansons pour, le style et l’équilibre du set. Une grosse personnalité collective et des prises de risque dans l’improvisation.
BOUSA MAXIMA :
J’hésite entre Immortal, pour l’ensemble de leur œuvre ici et ailleurs, et Slash qui n’a pas peur de noyer son mythe dans la platitude.






















vendredi 8 janvier 2010

Interview MUDHONEY - Paris, 12 octobre 2009

Version longue de l'interview à paraître dans ABUS DANGEREUX n° 112
Photos par Louise Dehaye


GRUNGE-OSAURUS REX




Plus de 20 ans au compteur, et Mudhoney a toujours cette rage juvénile underground. Quand Nirvana et Alice in Chains ont été mis au chômage nécrologique, là où Pearl Jam et Soundgarden se sont embourgeoisés, personne mieux que Mudhoney n’a su garder l’esprit originel du grunge. A l’encontre de la logique du music business qui consiste à signer un contrat, vendre des disques et en vivre, Mudhoney n’a rien fait comme les autres et vit sa carrière comme le ferait un groupe de teenagers dans sa cave.


Mark Arm. Eternel adolescent, rigolard, à l’attitude oscillant sans cesse entre le pur nerd musical foncièrement loser et la légende vivante de l’underground US à la simplicité déroutante. Avant un concert incandescent au Trabendo (Paris), nous avons pu revenir avec lui sur ces dernières années très riches : Sa participation à la tournée de reformation avec MC5, les 20 ans de Sub Pop pour lesquels Green River a donné son premier concert en autant d’années et un dernier album (The Lucky Ones) qui sonne comme un retour aux sources.


Guy Maddison (bassiste) se joindra à l’interview le temps d’avaler un camembert entier. «French cuisine».





On dit que le dernier album, « the Lucky ones », a été enregistré et mixé en trois jours et demi …


Non, non, ça n’a pas été mixé en trois jours et demi, c’est seulement l’enregistrement.


Ah bon, une légende urbaine !


Non, je sais que c’est ce qui est marqué dans le disque, mais on a enregistré en trois jours et demi et on a mixé un mois plus tard, en cinq jours, un truc comme ça.


Sur cet album, tu ne joues pas de guitare. C’est temporaire ? Ca a quelque chose à voir avec ton expérience sur la tournée du MC5, où tu assurais le chant seulement ?


En fait, oui, c’est là que ça a commencé en quelque sorte. En 2004, on est passés à Seattle, et Dan (Peters, batterie) en particulier était du genre « tu sais, on devrait peut-être faire quelques chansons où tu ne joues pas de guitare ». J’imagine qu’il a apprécié de me voir sauter partout.


Et Steve (Turner, guitare) voulait les guitares pour lui tout seul.


Non, non, rien de ce style. Mais le disque qu’on a fait après la tournée du MC5, ça a été « Under a Billion Suns ». Il y avait plutôt plus de choses sur ce disque, et pas moins, comme sur celui-ci. D’habitude, quand on écrit une chanson, quelqu’un amène un riff de guitare ou deux, et on jamme à partir de cette base, on essaie d’en faire quelque chose. Et là, on a décidé d’essayer la recette qu’on utilisait à l’époque de Green River, où je ne jouais pas de guitare. On fait tourner la musique et je chante par-dessus, en essayant de mettre en place le chant, et peut-être même trouver quelques paroles à chaud. La plupart du temps, les paroles ne prennent pas vraiment forme, mais tu sors avec une phrase ou deux, et tu peux partir de là pour commencer le processus d’écriture.


C’était un moyen de revenir à plus de spontanéité, comme dans Green River ?


Dans un sens, oui. Même si quand j’étais dans Green River, j’avais un cahier où je notais pleins d’idées de paroles ou de sujets pour les chansons. Je n’ai plus ça aujourd’hui.



C’était comme un retour à une façon d’enregistrer très directe et punk ? Un retour à l’époque de Superfuzz Bigmuff, où vous aviez enregistré avec Jack Endino, le parrain du grunge ?


C’est sûr que comparé à « Under a Billion Suns » et « Since We’ve Become Translucent » … Il n’y a pas de cuivres sur celui-là par exemple. Quelques touches de synthé, mais très peu. C’est un disque très brut.


(Guy Maddison, basse, fait irruption)


Il y a toujours une alternance entre les racines psychédéliques de Mudhoney et son versant le plus punk et abrupt…


Ce sont deux de mes musiques préférées, la musique psychédélique et le punk rock. Pas mal de gens semblent penser que ce sont deux mouvements à l’opposé, mais on essaie souvent de voir comment on peut mélanger tout ça.


Vous faîtes un peu à la Neil Young, qui alternait un album rock et un album folk.


Oui, mais dans notre cas, ce serait plutôt deux psychés et deux punks, et psyché à nouveau.


Ce n’est pas la définition de Mudhoney finalement, de ne jamais avoir choisi entre les deux ?


C’est sûr. Mais ça n’a jamais été un choix délibéré. On n’a jamais rédigé de manifeste pour définir ce qu’on faisait.


Personne ne penserait aujourd’hui au mot « grunge » pour décrire la musique de Mudhoney. C’est le signe que tout le mouvement était une blague finalement ?


Dans un sens, je suis d’accord avec ce que tu dis, mais … Je fais pas mal d’interviews où on me pose tout le temps des questions sur le son grunge et tout le mouvement de l’époque. Dans l’esprit des gens, on est intimement liés à tout ça. Mais bon, je ne sais pas vraiment ce que tout ça signifie. Si on disait « scène de Seattle », ça c’est quelque chose à quoi je me sens rattaché. C’est ce qu’on est, un groupe de Seattle, comme Tad, comme Nirvana, comme les Screaming Trees, Pearl Jam, Soundgarden. Le nord-ouest, la côte du Pacifique. Ok. Mais le « grunge » … Je ne suis même pas certain de savoir où ça a commencé et où ça a fini. Au début, c’était un mot que Bruce Pavitt (moitié du label Sub Pop) utilisait pour décrire Green River. C’était le terme utilisé à l’époque dans une pub stupide pour un karcher, pour se débarrasser des trucs qui s’accumulent sur les toits ou les murs. Grunge, c’était juste une autre façon de dire … disons une manière plus fantaisiste de dire « crasse ».


G : Oui. De la même façon que « punk » était un mot avant le punk rock. Ca avait une connotation très négative, alors ils l’ont collé à une musique qui sonnait de façon négative. Aucun des groupes du grunge ne sonnait de la même façon. Il n’y avait pas de son définitif, auquel il fallait se plier pour faire partie du mouvement. Comme dans le punk. Les Stranglers ne pouvaient pas être plus différents du Clash, qui ne pouvaient pas être plus différents des Dead Kennedys.


Un état d’esprit commun peut-être.


G : Ouais. Le grunge est davantage un état d’esprit.


M : Mais bon, tu peux dire que le punk, c’est 1977, c’est aussi 76, 78. C’était comme quelque chose qui apparaissait en même temps dans le monde entier. Les Saints et Radio Birdman ont commencé en 1974 en Australie. T’as Père Ubu en 1974, Television et les Ramones, 1974, aux Etats-Unis. En suivant, les Damned et les Sex Pistols en Angleterre. C’est quelque chose qui est arrivé simultanément dans différentes parties du globe. C’était une réaction aux médias toujours plus mainstream dont on gavait les gamins à l’époque. En 1974, les médias étaient beaucoup plus oppressants. Il n’y avait pas mille façons d’écouter de la musique ou de découvrir des groupes. Quelques stations de radio, quelques chaînes de télé. Ce qu’ils choisissaient de diffuser dictait ce que tu écoutais, finalement. Avec le grunge, enfin la scène de Seattle, c’était juste des gens qui essayaient de tromper l’ennui dans un coin paumé. Des trucs identiques sont arrivés partout dans le monde, et pas seulement aux Etats-Unis. Comme le punk justement. Ce n’était rien de très neuf en fait.


C’était des groupes dans la même ville au même moment.


G : Il y a eu des mouvements similaires à celui de Seattle. Ils ne sonnaient pas forcément de la même manière, mais étaient générés par les mêmes facteurs, et ont abouti car les groupes s’influencent réciproquement dans une même ville. En Angleterre par exemple.


Comme ça a pu être le cas à Manchester.


G : Ouais voilà.


M : Ce sont juste des gens qui voulaient être dans des groupes et se marrer un peu, parce qu’ils vivent dans un coin sordide. Nous, on essayait simplement de s’occuper et d’occuper nos potes. Ce n’était pas vraiment un mouvement.


G : Et puis c’était une époque où on était coincés entre de la musique synthétique et une flopée de groupes de heavy metal.


Vous avez tous un job à côté de Mudhoney. C’est un moyen de se sentir libre de créer sa musique sans se poser des questions relatives aux ventes, aux contrats ou tout ce qui préoccupe habituellement les majors aujourd’hui ?


G : Tu parles, c’est surtout un moyen de payer le prêt de la maison.


M : Oui oui, c’est surtout un moyen de vivre une vie très classique.


G : Merci, au revoir ! (en français)


M : Quelque part, tu peux voir les choses sous cet angle. Etre dans un groupe, c’est un genre de hobby magnifié qui paye un peu. On pourrait se retrouver pour jouer aux cartes entre potes, ou au parc avec les gamins, tous ces trucs de mecs qui se retrouvent pour faire des trucs de mecs. Nous, on se retrouve et on est dans un groupe, on écrit des chansons, on part en tournée.


En d’autres termes, vous avez enregistré cet album en trois jours et demi et il sonne très abrupt. Vous auriez pu faire la même chose si vous aviez la pression d’une maison de disques sur vos finances ?


Tu sais, la façon dont ce disque a été enregistré est assez drôle. En fait, on avait réservé deux longs week-ends de studio. On avait déjà 11 chansons prêtes à être enregistrées, et on se disait qu’on pourrait mettre sur bande 7 chansons, si tout allait bien, lors de la première session, et on finirait le reste pendant la seconde, un mois plus tard. Et tout s’est déroulé si vite et si naturellement qu’on a tout fini en un seul week-end. A la fin, on s’est regardés et on s’est dit que c’était bien comme ça. C’était comme un signe. Qu’est-ce qu’on pouvait faire de plus ? Ecrire peut-être une nouvelle chanson ou deux entre-temps et l’enregistrer la prochaine fois ? On a finalement décidé de profiter de ce truc instinctif et on a annulé la deuxième session.


Tu te considères plutôt comme un guitariste qui, un jour, a dit aux autres « ok, les mecs, je peux chanter » ou un chanteur qui peut gérer la deuxième guitare ?


En fait… je ne me considère comme aucun des deux. Quand j’ai commencé à jouer de la musique, j’étais dans un groupe avec des potes du lycée. Ca s’appelait Mr. Epp. Le batteur et le bassiste étaient deux frères, et Smitty et moi, on a partagé l’argent du groupe pour dégoter un ampli bon marché et une guitare. On alternait. J’ai fini par jouer davantage que lui, mais ce n’était pas du genre permanent. Quand on s’est séparés, le matériel du groupe était à droite à gauche, et quand Steve et moi on a décidé de continuer dans Green River, c’était un peu le même problème. « Bon, je n’ai ni guitare ni ampli, peut-être que je devrais essayer de chanter ». Et je ne sais pas si tu as entendu le Green River du début, les démos avant que Stone (Gossard, maintenant dans Pearl Jam) arrive dans le groupe. Merde, je pouvais à peine chanter. Waa waa waa. J’essayais de me la jouer hardcore, un truc comme ça. Alors bon, je vois tout le cheminement comme un apprentissage. Même aujourd’hui. Comme quand j’ai fait cette tournée avec le MC5, j’ai appris une chiée de trucs. En fait tu t’aperçois qu’on est coincés dans des habitudes. Un groupe de personnes a sa façon de travailler, et il la répète encore et encore et encore. Quand tu bosses avec d’autres gens, tu es obligé de penser à d’autres façons de faire les choses.


Si tu n’avais qu’une seule chanson de Mudhoney à jouer avant de, disons, exploser sur scène ou un truc du genre. Laquelle tu jouerais ?


En ce moment, ce serait sûrement « Tales of Terror », qui est sur le nouvel album. Mais seulement si je sens que je vais exploser en plein milieu du set.


Cette chanson, justement, c’est un hommage au groupe du même nom ?


Dans un sens, oui. Un pote à moi avait sa platine vinyle relié à son ordinateur, alors je lui ai demandé « Tu ne peux pas me digitaliser ce disque, parce qu’on ne le trouve plus nulle part ? ». Il l’a fait et du coup, je l’écoutais partout. Dans la rue, au boulot. On était en train de composer pour l’album et je suis arrivé avec ce riff de guitare. Le temps qu’on le travaille pour arriver à la chanson que c’est aujourd’hui, on cherchait un titre et on continuait à en parler comme de la « chanson Tales of Terror ». Finalement, quand on a dû choisir un titre pour de bon, on a gardé « Tales of Terror ». Mais le groupe avait aussi une chanson du même nom. Ce n’est pas une reprise, mais oui c’est clairement un hommage.


Tant qu’on parle d’influences, je sais que tu as été très inspiré par le hardcore des années 80 et…


Le début des années 80. Vers 1984, les gens intelligents qui étaient actifs dans le hardcore ont changé de direction. Black Flag a ralenti son tempo, les groupes comme les Butthole Surfers commençaient à émerger. Ils sont arrivés avec des chansons comme « the Shah sleeps in Lee Harvey’s grave » qui était un genre de parodie de hardcore. « Suicide » ou d’autres chansons comme « Wichita Cathedral » et « Something » n’étaient plus des chansons hardcore, mais c’était toujours très punk.


Le hardcore et cette scène radicale, ça a eu une influence quand tu t’es mis à parler de politique dans tes textes ? Il y a eu plusieurs chansons sur le gouvernement Bush, ta prise de position en faveur du vote.


Non. Black Flag, par exemple, n’était pas très engagé politiquement. Ca a plus à voir avec le fait que j’ai dû vivre cette putain de période. Je ne sais pas pourquoi il n’y a pas eu plus de groupes à monter au créneau. C’était une période horrible. C’était vraiment horrible de vivre aux Etats-Unis pendant tout ce temps. C’était gênant et oppressant.


Ce serait quoi ton disque « île déserte » aujourd’hui ?


Le disque ultime c’est ça ? Je vais te dire un truc, aujourd’hui, avec les Ipods, tu n’as plus besoin de faire ce genre de choix. J’ai juste besoin de mon Ipod de – genre – 80 gigas.


Ok je vois, tu es en train de tuer cette question de façon durable. Alors, ça aurait été quel disque au début de Mudhoney, à l’époque de Superfuzz Bigmuff ? Parce que le Ipod n’existait pas en 1988 hein.


Ca ne pouvait être qu’un disque des Stooges, mais c’est vraiment difficile de dire lequel.


Je dirais que ‘Funhouse’ est peut-être le plus proche de ce que tu as fait avec Mudhoney.


Peut-être Funhouse oui. Je m’apprête à prendre la plus énorme des décisions de ma vie. Je vais dire… peut-être que le premier album serait plus approprié, parce que dessus, il y a cette chanson stupide « We will fall ». Que j’adore hein. Si tu ne peux pas supporter ça jusqu’au bout, tu n’as rien à faire avec les Stooges, j’imagine.

mercredi 9 décembre 2009

Interview ERROR 404 (à paraître dans CAFZIC)

ERROR 404 « S/t » (Cctv records)

Error 404 est un sacrée bonne surprise au coeur puissant, à l'intense démonstration de force, sans beuglements et autres orchestrations hardcoresques. En écoutant cet univers hirsute j'ai entendu partiellement des sonorités Stoogiennes, du Thugs, du Ride, du Husker Dü, du Mudhoney et pas mal d'autres choses des années 90 que j'entrevoyais dans la filière Inrocks version Lenoir période fac bordelaise pour moi. Un peu gras, un peu strident, l'esprit me plait. Frondeuses et carnassières les mélodies de temps à autres un peu bancales se révèlent intenses. Pour compléter cette chro je viens de lire la petite info accompagnant le disque, il semblerait que ce groupe soit à géométrie variable, bref, un seul membre fixe et les autres qui circulent, un enregistrement sur une journée et sans répétition préalable, d'où certainement le côté bancal mais frais, les déséquilibres entre instruments or c'est justement là où c'est excellent et différent, je me penche sur le projet dans les prochains jours... (NqB)


Quelques questions...

Comme je l’écris dans la chronique...j’entends des « choses » dans votre son...est-ce que je me trompe ? Est-ce que certaines vous choquent ? Qu’y rajouteriez-vous ?

Les Stooges, Mudhoney, Husker Dü, complètement, mais juste au niveau de la philosophie générale du son. Ce qui nous intéressait c’est de faire du dumb rock, d’aller direct à l’essentiel. Un truc un peu radical, car je trouve que le côté brut est ce qu’il y a de plus honnête. Si tu dis un truc odieux avec des fleurs, ça reste pas très positif, là on a choisi de faire coller le son au propos général. On parle de complot, de trucs secrets, etc, c’est plus logique d’en parler avec un son de micro planqué dans les plinthes qu’avec un son gonflé de reverb ou un orchestre philarmonique. Husker Dü, les Wipers, Mudhoney, les Misfits, le Black Flag de l’album Damaged, LAMF de Johnny Thunders, ce sont des sons bruts qui me parlent et qui laissent penser aux kids qu’ils peuvent le faire aussi. C’est comme ça que ça a marché pour moi en tout cas. Les grosses productions, les sons travaillés, ça met une certaine distance entre l’artiste et l’auditeur, je trouve ça désagréable comme posture.

Les Stooges donc, grosse influence. Mudhoney pour l’invention de ce son si crade. Jack Endino, le producteur, les a supplié tout l’enregistrement de Superfuzz de choisir un autre son. Longtemps pourtant c’est lui qu’on a crédité de l’invention du grunge. Là, à notre niveau, c’est pareil, il a fallu que je me batte pour garder ce son brut. Le mastering, ça a été une lutte psychologique eh eh. Parce que bon, c’est très assumé. On a eu des critiques dernièrement qui nous faisaient passer pour un groupe stupide enfermé avec un 4-pistes cassette, mais c’est un peu plus creusé que ça. Niveau influence, après, c’est très américain. Fu Manchu, les Ramones, Nebula, Turbonegro, tous ces trucs de dumb rock.

Quelles connections entre Error 404 et d’autres groupes bordelais ?

Il y a le batteur et le guitariste/clavier d’Antena Tres, qui tient ici la basse et s’est occupé de l’enregistrement. Il y a aussi le guitariste lead de Pitsky et Up Yours.

Error 404 est un projet éphémère ou a t-il vocation à perdurer et si oui sous quelle forme ? et d'ailleurs quel était le projet de départ ?

A la base, j’étais frustré de la structure traditionnelle d’un groupe. Là, je voulais que ce projet me suive à vie. Si dans 15 ans, j’achète une pipe et un rocking chair, que je fais du bluegrass, je peux garder le même nom. Ca c’est l’extrême, mais si demain on passe à trois ou à 6, je ne vois pas la nécessité à chaque fois de changer de nom de groupe et de chansons. Perdurer, oui pas trop d’inquiétude du coup, et sous la forme qui sera celle du moment. Mon rêve c’était de sortir un 45 tours tous les 5 ou 6 mois comme à l’époque du rockab et plus tard du punk, mais c’est compliqué. Alors un EP tous les ans, ça fera le job. Il n’y a pas plus de plan que ça. Le projet de départ était de s’amuser avec une idée de nerd, loin de la hype de la nouvelle scène qui laisse pas mal de gens de coté, c’est dommage. A la base, la musique c’est un truc populaire, un truc pour te changer les idées, pour évacuer les frustrations. Si c’est pour en créer de nouvelles…

On a enregistré ce EP en un jour, avec des morceaux qu’on n’avait pas répété avant. « 60 bpm », la dernière chanson du disque, on ne l’a joué qu’une seule fois sans plan pré-établi, un vrai jam dans le pur style stoner. J’avais vraiment envie qu’on expérimente, à notre niveau, l’esprit des Desert Sessions de Josh Homme. En fait, c’est beaucoup plus de boulot, je le savais pas ça.

Sur le myspace dans la rubrique « influences » il y a un listing un peu surprenant on y voit autant des groupes musicaux que de trucs bizarres du genre la Stasi, La Cia, etc…quel est donc ce curieux concept ? ? ?

C’est vrai qu’au premier abord, ça fait élitiste, j’imagine. J’aime pas trop parler de « concept ». On est plus proches de Green Jelly ou de Spinal Tap que d’Emerson, Lake et Palmer et Genesis quand même. C’est pas du comedy rock non plus, parce qu’on fait que des paroles pince-sans-rire et que personne ne les comprend de toute façon. Le truc, c’est qu’on est une génération qui a vécu Space Invaders, les jeux de rôles, les séries TV de science-fiction cheapos, un peu tout ça en même temps. On voulait juste que l’idée générale soit suffisamment riche pour que tout le monde y trouve son compte. Le fait que la musique soit le versant le plus bâclé du projet, c’est un paradoxe que je trouve assez drôle. Pour les références bizarres dans les influences, c’est un peu la synthèse de ça. J’ai grandi au milieu des comics, des jeux vidéos, de montagnes de disques et de films, des documentaires sur tout. Au bout du compte, comme je suis monomaniaque, j’ai un peu de mal à faire le tri et je ne sais pas si Hunter Thompson m’a moins influencé que les Stooges, si la Quatrième Dimension est moins présente dans ma tête que les documentaires sur l’assassinat de Kennedy, quand j’ai un truc qui vient. N’étant pas un « musicien » pur jus, je pars d’idées globales et je pense donc que tout ça compte plus ou moins autant. Après bon, CIA et Stasi, c’était pour m’adapter au « concept » du groupe. Rien de très élitiste, tu vois.

Idem dans l’étonnement, je lis sur myspace: similaire à « Your life on a tape, your file on a shelf “ ? ? ? Je veux des explications !

C’est une phrase qu’on a mise dans la chanson « Drink Booze, Think Loose ». J’aime beaucoup ce genre d’écho phonétique quand j’écris des paroles, et cette phrase a un double sens. C’est d’abord une référence à la Stasi : ils écoutaient les gens en Allemagne de l’Est, archivaient ça dans des dossiers, les rangeaient sur des étagères. A la chute du mur, beaucoup ont pu découvrir leurs vies, ou une partie, en 4 ou 5 tomes.

C’est aussi une référence à ma génération qui a grandi dans la pop culture et son explosion. Les heures à faire les mixtapes pour ses potes, les disques, les bouquins, les DVDs … Ironiquement, toute une partie de notre vie se trouve aussi sur nos étagères.

John Doe ? ! ? Qui est ce curieux personnage « central » ?

John Doe, c’est le nom sous lequel les anglophones placent les gens « sous X », que personne ne réclame. On voulait vraiment lutter contre les egos qui tuent les groupes. Etre « personne », c’est sacrément bien. Les gens regardent ce que tu fais, et pas d’où tu viens, qui tu es ou ce que tu as fait avant. C’est le projet qui est important, pas le contraire. Ca, c’est un peu le fléau de la musique aujourd’hui. Les gars ont un groupe parce que c’est un accessit underground, un truc du genre. Pas parce qu’ils ont des idées, le plus souvent. C’est dommage. On voulait revenir à la base. Les groupes ont perdu le fun, c’est beaucoup de hype et de paraître aujourd’hui, sans jouer les vieux gars. Quand on dit qu’il n’y a qu’un seul membre fixe dans Error 404, c’est vrai mais je ne réfléchis pas comme ça. C’est un vrai travail de groupe. On remet tout à zéro à chaque fois, c’est tout. Chacun a carte blanche et fait vraiment ce qu’il veut. Mais le truc de qui fait quoi, c’est vraiment pas très important. Dans Star Trek, tout le monde sait qui est Spock, même s’il n’existe pas, mais tout le monde se fout de qui a tenu la caméra ou écrit les dialogues. Bref, anonymat contre les egos et turnover contre la routine. Le plus drôle en fait, ce serait qu’un jour, 4 gars complètement différents montent sur scène et jouent les morceaux.

Error 404 ça signifie quoi déjà ? Quel rapport avec la zique du « groupe » ?

Error 404, c’est cette page internet sur laquelle tu es dirigée quand la page que tu demandes n’est plus accessible. J’étais parti de l’idée qu’en fait, c’était pas vrai, c’était simplement qu’ « on » nous cachait quelque chose. Tu veux savoir un truc, tu n’arrives pas à l’info et on te file juste une page formatée pour te le dire. Je trouve que ça résume plein de trucs, tant dans la S-F que dans la vraie vie. Ca évoque tout ce truc du complot, par extension le 1984 de George Orwell, ça correspondait bien. Voilà le rapport. C’est toujours difficile de trouver un nom de groupe et je trouvais que ça collait bien avec l’idée générale. On parle de culture nerd, de complots cheapos, de films de séries B… J’aurais appelé le projet Geranium, le lien était moins présent.

Error 404 m’a l’air d’être un projet dont je ne saisi pas tous les contours... " bizarres ", quelles questions… "bizarres" j’aurais d’ailleurs du vous poser pour mieux comprendre ? ? ?

Où vit Elvis aujourd’hui ? Parce qu’il est pas mort. Tu le sais hein ?

Non la question que personne n’a osé me poser depuis la sortie du disque, c’est « ça te fait pas chier que juste quand tu sors ton disque avec cette pochette qui tape à l’œil, the XX fasse un carton mondial avec la même pochette ? » … si.

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www.myspace.com/wearealljohndoes

Vous pouvez découvrir CAFZIC sur http://cafzic.oldiblog.com/

lundi 7 décembre 2009

BRING OUT THE DEAD # 2

LESTER BANGS
Psychotic Reactions & autres carburateurs flingués
Fêtes Sanglantes & mauvais goût
Tristram




« Je commence toujours une interview avec la question la plus insultante à laquelle je puisse penser. Parce qu’il me semble que tout le truc d’interviewer une rock star est très surfait à la base, et ça finit en léchage de bottes. Ce n’est qu’une révérence à plat ventre faite à des gens qui n’ont vraiment rien de spécial. C’est juste un mec, juste une autre personne, non ? »
Quand on évoque l’écriture gonzo, on pense surtout à Hunter S. Thompson, mais Lester Bangs en est sans doute le représentant le plus doué. Le gonzo ? Pas vraiment du journalisme, pas vraiment le travail d’un écrivain, pas vraiment la névrose bavarde d’un égo surdimensionné. Mais plus sûrement beaucoup des trois. Courageuses traductions françaises d’un style intraduisible, « Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués » et le deuxième volume « Fêtes sanglantes et mauvais goût » sont les recueils des meilleurs articles de Lester Bangs, avec l’ajout de quelques curiosités, comme des bouts de nouvelles inédites. Mais c’est bien en tant que rock critic qu’il brille le plus, ne lui en déplaise, puisqu’il se décrivait lui-même comme « le meilleur écrivain américain à n’avoir rédigé que des critiques de disques ». Parues dans Rolling Stone, the Village Voice, the New Yorker ou Creem, elles sont le point de départ d’une écriture rock qui a poussé à l’ombre de la musique y attenant, prenant au moins autant d’importance qu’elle au fil des années. Aussi célèbre que les artistes qu’il côtoie, Bangs est un grand écrivain qui aurait négligé de s’enfoncer dans le snobisme pour garder cette ferveur toute adolescente. Une sensibilité à vif et une mauvaise foi assumée de fan de base, mais orchestrée à l’épique, genre saga ironico-tragique et question de vie ou de mort. S’inspirant de Burroughs et de la beat generation, son style rivalise avec le son et l’énergie du rock, son écriture est un mélange entre la distorsion de guitare électrique et une impro free-jazz ou psyché. Bangs n’a que faire des conventions journalistiques, des normes tout simplement. Ses articles, souvent impubliables par leur propos ou leur taille – certains papiers feront jusqu’à 30 pages - feront le bonheur de Creem qui laisse carte blanche à ses auteurs. C’est en prêcheur à la verve souvent hilarante qu’il signe des articles aux noms déjà répressibles, « sourd et muet dans une cabine téléphonique : une parfaite journée avec Lou Reed » ou « emmenez votre mère à la chambre à gaz » ou au postulat cintré, avec l’interview post-mortem de Jimi Hendrix.
« Je pense qu’on est tous rock critics, dans le sens où tu décides d’acheter ce disque plutôt qu’un autre quand tu vas dans un magasin. A ce moment là, tu es un rock critic. Je n’ai pas plus de légitimité que n’importe qui d’autre. »
Ces livres nous rappellent surtout que le fan est à la base de tout dans la musique. Les débats sans fin, passionnés, partisans et oniriques, vaudront toujours mieux que les débats mercantiles autour d’Hadopi et des maisons de disques. Hélas, Lester Bangs n’a pas de remplaçant. Ces recueils en sont d’autant plus indispensables.

vendredi 9 octobre 2009

BRING OUT THE DEAD # 1




Sam Phillips (1923 - 2003)
« C’était quoi ça ? » « On sait pas, on s’amusait, Mr Phillips ». Il recale la bande. « Refaites moi ça, essayez de trouver une sorte d’intro et refaites moi ça. »
That’s Alright Mama. Le rock’n’roll et avec lui la musique moderne était né. C’était le 5 juillet 1954 aux Studios Sun, à Memphis. Aux manettes, Sam Phillips. Dans la cabine, le jeune Elvis Presley et deux musiciens de studio faisaient une pause et se détendaient en accélérant la chanson.
Souvent, l’œuvre de Sam Phillips se résume aux yeux des gens à cette intuition, mais que ce soit comme DJ à la radio ou dès 1950 lorsqu’il ouvre les studios Sun, Phillips est un précurseur. Il sent les choses. Il enregistre les artistes noirs (Rufus Thomas, Howlin’ Wolf, BB King) et apaise tous les débats quand certains disent que le premier disque de rock’n’roll est en fait Rocket 88 de Jackie Brenston et ses Delta Cats en 1951 … puisque c’est lu aussi qui l’a enregistré.
Après Elvis, il continue sereinement son travail de sape sur la culture US (et donc mondiale) en produisant Jerry Lee Lewis, Johnny Cash, Roy Orbison ou Carl Perkins.
Il vend alors ses studios en 1969. l’année où le rock’n’roll est mort à Altamont, avec les Stones et quelques Hell’s Angels.
Ca aussi, il l’avait senti.


vendredi 26 juin 2009

Le Nouvel Elvis

Farah Fawcett. Michael Jackson. On a tué les 80s en moins de 12h.

Si le mythe Farah Fawcett AKA Jill Munroe est avant tout un fantasme de coiffeurs et/ou masculin, Michael Jackson a tout du nouvel Elvis Presley, en cela que je vois déjà poindre la théorie du complot parmi les fans. Bambi n'est pas mort. Les préventes de sa tournée retour étaient énormes et il allait s'écrouler physiquement devant la demande. Ou alors, sa machoire inférieure s'était détachée et il ne pouvait plus apparaître longuement en public. La seule façon d'effacer les années sordides était de mourir (presque) jeune, pour que les gens se rattachent au mythe, éteint depuis bien longtemps. Pour la sortie de son dernier album à la pochette pseudo-warholienne assez dégueulasse, Virgin Bordeaux avait ouvert ses portes à minuit, tentant de créer l'événement. C'était avant la prolifération du peer-to-peer, et une dizaine de personnes seulement avaient fait le déplacement.
Dans quelques jours ou quelques semaines, les fans dissèqueront les photos de l'hospitalisation (qui existent puisqu'elles ont accompagné la nécrologie du matin) de MJ et y trouveront des incohérences qu'ils argumenteront à longueur de blog. On peut arbitrer et se demander si une scène d'hospitalisation, où les sauveteurs parent au plus pressé, peut être aussi cohérente et maîtrisée qu'une couv de Vanity Fair... Comme Elvis - le Elvis gras et fan de karaté de Las Vegas - l'auto-proclamé Roi de la Pop a gagné en 10 secondes une respectabilité perdue depuis 15 ans. Dans l'émoi général, on oublie le grotesque du changement esthétique au fil des ans, le bébé exhibé par dessus un balcon berlinois, les vraisemblables dérives pédophiles, le grand guignol de Neverland ou des caissons pressurisés ... Le deuil fait revenir le monde instantanément à l'état de grâce de Thriller. Ceux-la même qui hier le connaissaient mieux à travers les sketchs à son insu que par son oeuvre. Magie des médias et de la mono-émotion.

jeudi 4 juin 2009

ERROR 404


Digipack EP 5 titres en vente à la FNAC (Bordeaux seulement) et chez le disquaire indépendant Total Heaven - 5 €.
Enregistré par David Kadour (Antena Tres)
Masterisé par Stéphane Teynié (AD mastering)
/// TRACKLIST ///
1# My Baby (is nowhere to be seen)
est un croisement entre les films de la Hammer, Elvis et Motörhead.
2# Drink Booze, Think Loose
reprend l'hypothèse des fanzines conspirationnistes, selon laquelle les gouvernements maintiendraient l'alcool à prix bas pour maîtriser et manipuler les masses plus facilement.
3# Life Inc.
est la conception orwellienne d'une vie quasi-systématique, répondant à bon nombre de standards comme on cocherait des cases, et dont au final on n'est plus acteur. Mass media et conscience collective.
4# Dutch the Clutch
est un hommage nerd et indirect au cascadeur Evil Knievel. Dutch the Clutch (Dutch l'embrayage) est le double de Knievel dans la série TV "Psych". Ce gars a fait des trucs stupides, comme sauter au dessus d'une canyon ou de 12 bus Greyhound, et se relevait toujours même en cas de chute terrible. Idole jusqu'au boutiste puisque, quoiqu'il dise devant la presse, aussi absurde soit il, il mettait un point d'honneur à ne jamais revenir sur sa parole. L'intégrité jusqu'à l'absurde, comme Johnny Ramone.
5# 60 Bpm
est le road trip figuratif du nerd solitaire, sorte de loser anonyme de notre génération X (12e du nom)