mardi 27 juillet 2010

Les Feux de l’Amour (expliqués par ma grand-mère)

Publié dans Trente Trois Tours - Mars 2006

Qui n’est jamais tombé sur les Feux de l’Amour en prenant son café ? Et qui n’est pas resté devant sa télé, l’œil vide, à essayer de comprendre quelque chose ? Un jour, mon œil s’est éclairé et j’ai voulu comprendre, pour moi, pour vous, pour nous.
Face à moi, Marie-Madeleine, ma grand-mère.



Les Feux de l’Amour sont un phénomène, ça, personne n’en doute : la moitié des télés allumées à 13h35 le sont pour la série. Feux, déclinez votre identité, je vous prie : 33 années d’existence, plus de 8250 épisodes, 41 mariages, 21 divorces, 33 décès, une trentaine de naissances, 29700 bouquets de fleurs et une bonne vingtaine de palettes de vodka pour la seule Nikki et son foie mutant. Jusque là, je suis. 180 rôles titres en tout ? Plus que Tolstoï n’a pu en caser dans Anna Karenine. Ca se corse. Mais qui est important dans le tas ? « Ils sont tous importants ». Wow. Mais le moustachu là ? « Ah, Victor, ça a été l’amant de toutes les femmes d’Amérique certainement. » Mais aussi Nikki, l’alcoolique repentie (pourtant, on était disposés à se montrer tolérants, ça devait venir de la lecture du script), et puis Brad, Gil... Arf !



Ce qui me chiffonne à vrai dire… Pourquoi les gens regardent tous les jours ce roman de gare ? « C’est pas terrible-terrible». Oh !? Moi qui m’attendais à trouver une fan transie d’émotion, les yeux s’éclairant à chaque évocation de la saga. « Y a rien à la télé à la même heure, t’es marrant. » Retour instantané au jour de mes 12 ans, je vais me faire engueuler. « Ce sont les vieux qui regardent ça, ils en profitent pour dormir devant la télé et quand ils se réveillent, ils comprennent encore. » Ah oui, l’intrigue, tiens. Alors, soyons honnêtes, l’intrigue du moment. J’imagine bien qu’après 33 ans d’antenne, je ne peux plus refaire mon retard. Amour, haine, complots, secrets, mariages, divorces, liaisons, naissances légitimes, naissances illégitimes à Genoa City (Genoa City ???). En gros, sous le couvert de la concurrence entre de grosses entreprises, les gens passent leur temps à boire des drinks et à se parler le dos tourné, sautant de discussions profondes en discussions abyssales. Puis, ma grand-mère trouve la clé : « les personnages restent, mais les acteurs changent des fois » et « TF1, ils sautent des épisodes souvent ». Comprendre est-il donc impossible ? « Toutes les familles se mélangent, j’arrive à un point où je ne comprends plus rien. » Ma grand-mère, qui regarde les Feux de l’Amour tous les jours, n’y comprend rien… Je retourne l’œil vide à mon café.

jeudi 15 juillet 2010

TURBONEGRO R.I.P

WASTED AGAIN



Ca traînait dans les tuyaux depuis un certain temps, c’est désormais officiel. Turbonegro is Dead ! Again. Chris Summers viré en 2007, Rune Rebellion avait laché sa guitare après la tournée de trop, loin de chez lui. Il y a eu le hiatus imposé par la maladie d’Euroboy, et Hank … on ne sait pas trop. Il y a eu ce rôle chronophage dans le Jesus Christ Superstar scandinave, ces rumeurs de désintox et d’autres à propos de la scientologie. Peu importe au fond, c’est lui qui a jeté l’éponge. Rien à voir avec le split plein de drama-cheap dans les backstages d’un hôpital psychiatrique italien comme en 1998. Ce split-là est raisonné. Et on a presque envie que ça reste ainsi. Pas seulement parce que ‘Retox’ (dernier album, 2007) était en dessous et sentait l’épuisement collectif, mais aussi parce que c’est un gang, une histoire de personnalités. Les départs récents étaient déjà beaucoup, le remplacement de Hank rangerait TRBNGR dans le tiroir des groupes comme les autres.

Au lieu d’écrire une hagiographie en règle, je préfère déterrer un des éléments essentiels de la discographie des Denim boys. Le clin d’œil aux autres groupes, comme des Marx Brothers qui rendraient un hommage plein de malice à leurs influences, à la manière d’un Tarantino qui accumule les références à longueur de pellicule. Plus que de la copie éhontée (cf. Airbourne), le processus faisait partie de la logique Turbo, gravé dans leur ADN de punk pals. Le tout baigné dans un underground norvégien qui respire le cool poisseux.
L’hommage par l’hommage.




Le riff de GET IT ON est doublement piqué à deux des références les plus marquées de TRBNGR. Les Dictators dans « the next big thing » et les Ramones dans « I just want to have something to do ». En plus de rappeler l’attachement au punk new-yorkais du groupe, le « Go Girl Crazy » (1975) des premiers auraient très bien pu être un album de Turbonegro. La recette est déjà là : un ancien catcheur extraverti au micro, un guitar héro ironique (Ross the Boss qui créera un peu plus tard Manowar… et qui laisse donc espérer qu’il y a du second degré dans ce truc) et un bassiste qui chapeaute le tout.
SELL YOUR BODY (TO THE NIGHT), avec une intro mimant note pour note le « Penetration » des Stooges.
WASTED AGAIN avec son solo dont les premières notes rappellent celui de « Freebird » de Lynyrd Skynyrd. Un clin d’œil de guitar-hero à l’ancienne, tant ce solo est une référence du classic rock 70s.
BLACK RABBIT est un genre de négation pure de l’hymne hippie du Jefferson Airplane, « White Rabbit ».
Les premiers visuels de T-shirts et l’apparence d’Happy Tom sont une référence directe au travail de Tom of Finland, dans la lignée super gay d’un Mapplethorpe.





Le titre « midnight NAMBLA » est une référence au « midnight rambler » des Rolling Stones. NAMBLA est l’acronyme pour « North American Man/Boy Love Association ». Le groupe a fait d’autres clins d’œil aux Stones, comme le split 10 ‘’ de 1995, « Stinky Fingers » qui pousse le subversif encore un peu plus loin que le « Sticky Fingers » original.

PRINCE OF THE RODEO
est une multi-référence à Motörhead. L’intro de batterie rappelle bien sûr « Overkill », et la phrase ‘Don’t forget the clown’ juste avant le solo rappelle le ‘Don’t forget the joker ‘ au même endroit dans « Ace of Spades ».

L’intro de AGE OF PAMPARIUS est un quasi best-of de la chanson d’AC/DC, « For those about to rock ».

La pochette de l’album « ASS COBRA» est une référence à celle de Pet Sounds des Beach Boys.





CITY OF SATAN copie les paroles du « Atlantic City » de Bruce Springsteen, sur son album suicide Nebraska.
'Put your make up on, make your hair real pretty
And meet me tonight down in Satan's city'





La logique des fan-clubs , les TURBOJUGENDS, est tirée de la KISS Army, mais aussi apparemment inspirée de Frank Zappa.
Euroboy : « On voyait que KISS avait la KISS Army and on pensait que Turbonegro devait avoir sa propre Navy. Ca a démarré comme une blague dans l’appart de Happy Tom. On a commencé à mettre son adresse sur les pochettes de disque, et ça a dérapé en quelque chose de bien plus gros que ce à quoi on s’attendait. »
Happy Tom : « Frank Zappa avait ce truc où il tenait à disposition de ses groupies des trophées « Fucked by Frank Zappa ». C’est en repensant à ça au milieu des 90s qu’on a fait un diplôme « Member of Turbojugend ». C’était une blague. Maintenant ça s’est transformé en ce monstre à la Frankenstein, complètement hors de contrôle, partout dans le monde. Kiss a une armée, on a une Navy. Il y a tellement de membres maintenant qu’on pense sérieusement à envahir un pays européen de taille moyenne. Ce pourrait bien être la Belgique. »

samedi 10 juillet 2010

Interview FU MANCHU


Interview publiée dans NOISE magazine n°15 et partiellement dans Abus Dangereux n°114
Photos prises par Louise Dehaye à la Boule Noire (Paris) et au Café Rex (Toulouse)
KINGS OF THE ROAD





20 ans de dumb rock un peu loser avec une stratégie inébranlable : la tournée perpétuelle. Comme si Fu Manchu n’avait pas perdu de vue ces années slackers où ils répétaient dans un garage et où les concerts établissaient la hiérarchie locale. Figure de proue du stoner, d’autant plus qu’ils avaient récupéré Brant Bjork de Kyuss après la disparition de ces parrains absolus du genre, et ça c’est bon pour la « desert credibility ». Appelons ça plutôt dumb rock, car Fu Manchu a une place à part dans la nébuleuse stoner. Peu de considération pour les jams psyché, l’héritage de Black Sabbath est ici bien discret et le groupe se réclame toujours d’influence hardcore (Bl’ast, Void), et délaisse les improvisations et les soli sans fin pour des chansons aux dimensions classiques et des compos efficaces. Plus terre à terre donc. Fu Manchu ne fuit pas les clichés, il compose simplement avec les siens. Fuzz massif, chant plus basique que ce à quoi nous ont habitué les spécialistes nourris au stoner classique et paroles teintées de culture purement sud-californienne, entre ovnis, skate et tuning.
Rencontre avec le batteur Scott Reeder, ex- Smile, et homonyme malheureux du bassiste de Kyuss. L’humain le plus proche d’Animal du Muppet Show.




Scott, parlons du nouvel album. Il a été produit par Sergio Chavez qui avait travaillé avec Motörhead et Helmet.
En fait, Sergio a bossé avec un groupe de Los Angeles qu’on aime vraiment beaucoup, It’s Casual, et c’est pour ça qu’on lui a demandé de produire le disque. Ils ne sont que deux mais il leur a fait un son incroyable. Alors on s’est dit qu’avec nous quatre, il devrait plutôt bien s’en tirer. On aime beaucoup Helmet et Motörhead, mais ça n’a pas joué du tout dans notre choix du producteur. Ca a été très facile de travailler avec Sergio, il a amené des idées vraiment cools. On a tout bouclé en moins de deux semaines.
C’est très court pour un enregistrement.
On avait fait tout le travail de composition et de pré-production, on était prêts pour l’enregistrement. Les chansons étaient bouclées, à part peut-être quelques paroles qu’il restait à terminer. On avait fait deux ou trois mois de répétitions où on a travaillé sur les ajustements pour que les compos soient cohérentes. Ca nous épargne du temps en studio, on n’aime pas trop étirer l‘enregistrement. Ca n’a pas énormément de sens, surtout aujourd’hui. Et ça coûte trop cher.
J’ai entendu que vous faisiez des démos de toutes les chansons et qu’après ça vous enregistriez très vite, mais toujours en essayant de coller à l’esprit original de la démo.
Oui, mais bon, si ça ne sonne pas bien sous cette forme, ça ne va pas sonner parce que tu vas mettre plus de … Ce que je veux dire, c’est qu’on on fait peu d’arrangements après coup, on ajoute peu de cuivres et d’artifices. Si ça fonctionne en lo-fi, ça veut dire que ce sera bien meilleur en hi-fi. Si ça sonne moins bien, c’est que tu as probablement un gros problème.
Vous vous sentez plus à l’aise avec le son brut du live ?
Tu veux dire jouer live en studio ?
Oui, puisque je crois que vous avez enregistré la base des morceaux du disque de cette façon.
Je pense que c’est mieux comme ça, ouais. On a essayé de travailler au clic, chacun son tour, comme on a pu le faire d’autres fois. Mais je pense que c’est vraiment mieux si tout le monde est dans la même pièce et joue la base du morceau ensemble. Tu peux travailler instinctivement sur l’intensité, sur les nuances, c’est quelque chose qui nous correspond mieux et qui joue sur l’esprit du disque.
Pourquoi vous n’avez pas enregistré de reprise cette fois-ci ? (Ndlr : Fu Manchu inclut la plupart du temps sur ses disques des reprises qui finissent par sonner comme un de leur classique : Godzilla de Blue Oyster Cult, ou Weapon of Choice de Devo, par exemple)
Bah, on avait assez de chansons. En fait, on en a enregistré une, mais on l’a gardé pour une face B parce qu’on s’est aperçus que l’album sonnait mieux sans. La majorité des paroles était écrites et ça ne collait pas vraiment au niveau du thème. Je pense vraiment que si les reprises sont très différentes du reste du disque, ça peut se retourner contre toi. Ce n’est pas juste un truc du style « hey, on n’a qu’à mettre une petite reprise là-dessus ».
Mais avec Fu Manchu, c’est une tradition. Il y a même des sondages sur le site pour que les fans proposent des morceaux qu’ils aimeraient vous entendre jouer. Cette fois, c’était Foghat.
Entre les répéts, partir en tournée, on ne s’occupe pas tant que ça du site officiel. On s’est aperçus que les fans lançaient leurs propres sujets sur les forums et c’est vrai qu’ils discutent des chansons qu’ils aimeraient entendre. Mais bon, il y a des morceaux que les gens veulent entendre et qu’on n’a juste pas envie de jouer. Sur cette tournée, on a décidé de revoir notre répertoire et de ressortir de très vieilles chansons qu’on n’avait jamais jouées. On change la setlist au fur et à mesure qu’on avance dans la tournée, mais on est vraiment partis sur ça. On a dix albums, alors on peut faire sans reprises pour un temps.
Est-ce que vous vous considérez comme les nouveaux Ramones ? Parce que vous parlez souvent dans les interviews de ‘rock droit devant’ et que les fans veulent que vous jouiez la même chose encore et encore.
Non. Les Ramones étaient vraiment un truc à part. Et nous ne nous prenons jamais pour des gens que nous ne sommes pas. Mais je vois le truc, tu fais la comparaison parce qu’on a un style auquel on se tient. Ce n’est pas intentionnel en fait. Il y a juste des trucs qui ne sonnent pas de façon authentique. Dans ce groupe, on n’insiste pas trop quand on compose, juste pour se dire qu’on fait quelque chose de différent. Si une idée appelle une approche différente, on le fait. Mais si on ne le sent pas… On aime jouer des trucs forts, très heavy. Non, on ne s’est jamais vus de cette façon là. On est plus du genre à jouer ce qu’on aime et ça finit par être notre style récurrent. Mais si les gens veulent voir les choses de cette façon, c’est cool. C’est une chouette comparaison. Je pense quand même que les Ramones étaient un peu plus populaires que nous.
Mais est-ce que parfois, vous vous sentez emprisonnés dans ce style par les fans ? Il semble clairement que si vous changez de son ou quoique ce soit, les fans réagissent de façon épidermique. On juge presque la réussite d’un album de Fu Manchu par sa ressemblance à tous les autres.
Non. Quand tu es dans un groupe, si tu passes ton temps à accorder trop d’importance à ce que les gens pensent, tu vas jouer exactement ce qu’ils veulent entendre et tu vas finir par sonner comme tous les autres. A un moment, il faut juste ne plus y penser. On se concentre sur ce qu’on aime jouer. Je pense que si on n’aime pas un morceau et qu’on essaie de le jouer devant un public en pensant que c’est ce qu’il voulait entendre, ça ne va pas coller. Ce n’est pas honnête et les gens ne vont pas aimer ça, parce qu’on ne va pas jouer avec la même ferveur que si les morceaux nous correspondent complètement, peu importe si c’est lent, rapide, heavy, un peu moins heavy. Certaines personnes aiment vraiment ce truc-là, d’autres non. Certaines personnes n’aiment que le premier album de Fu Manchu et c’est tout. Si ça leur paraît suffisant pour se pointer au concert, alors, cool. Même moi, par exemple, j’aime les six premiers albums de Kiss et je n’en aime aucun des autres.
Ca c’est incroyable, dans la voiture en venant, on écoutait une mixtape du Kiss du début justement. Je suis bien d’accord avec toi.
Ce serait suffisant pour me faire sortir de chez moi si ces gars venaient jouer dans le coin. En espérant qu’ils jouent des vieux trucs, mais j’aurais à encaisser les autres chansons aussi, j’imagine.
Il y a des chances vu qu’après Alive II, c’est nase.
Ah ouais, c’est si … ça me laisse complètement indifférent. Il y a sûrement des gens qui aiment ça. Dans les groupes que j’aime, il y a toujours des périodes moins bien que d’autres. Mais si tu prends un groupe dans sa globalité, tu peux avoir un certain respect pour sa production au fil du temps et aller le voir quand même en concert. Peut-être que les gens viennes juste pour acheter des t-shirts, je ne sais pas.
Fu Manchu est clairement un groupe qui prend tout son sens en live. Alors je me dis que la question doit être posée : quel a été ton premier concert quand tu étais gamin ?
C’était un concert pas très rock’n’roll… En fait le premier concert que j’ai vu de ma vie, c’était ELO (Electric Light orchestra).
Wow. C’est pas très rock’n’roll en effet.
Non, mais à l’époque c’était le ELO des années 70. Il y avait tout ce truc avec le grand vaisseau spatial et les lasers. C’était mon premier show au sens large du terme. Mais le premier concert de gros rock où je suis allé, c’était Metallica, à l’époque de Cliff Burton, sur la tournée Master Of Puppets.
Tu es passé directement d’ELO à Metallica ? C’est dangereux.
Non non. Tu sais, j’avais genre sept ans et mes parents m’avaient amené là bas,. Mais je te jure que je suis allé voir Metallica de mon plein gré. Et j’aime les deux groupes, hein.




Si tu avais juste une dernière chanson de Fu Manchu à jouer avant d’exploser sur scène, genre Spinal Tap, ce serait laquelle ?
Une très lente. Parce que si je suis sur le point d’exploser, j’imagine que ça va faire mal, alors j’ai besoin d’être super détendu. Je ne sais pas, il y en a tellement. Sûrement une de celles qui se trouvent sur le dernier album. J’aime beaucoup la chanson titre, Signs of Infinite Power. Elle est vraiment super à jouer live. Il y a un super groove, le public peut bien remuer la tête et la progression de la chanson me plaît énormément.
Cette chanson est très prog-psych, si une telle étiquette existe.
Oui, le riff est très hypnotique, c’est ce qui me plaît justement. Et je n’ai pas à jouer beaucoup dessus, je peux la jouer relax et j’aime bien ces moments là en concert. Ca me permet de regarder ce qui se passe autour, et j’ai de la place dans d’autres chansons pour taper autant que je veux.
On fête les 20 ans de Fu Manchu. Toi, ça fait 10 ans que t’es là. Comment tu résumerais tout ce temps ?
On est encore là, alors je dirais « en réussite ». On a toujours l’opportunité de venir de ce côté ci de l’Atlantique pour jouer, on fait des concerts aux Etats-Unis et les gens se pointent encore. On a eu un coup de mou ces dernières années, mais là tout est revenu comme c’était. En fait, dix ans, ça passe comme ça, vraiment.
Vous avez de toute façon une fanbase indéfectible.
Oui et je pense que cette fanbase sera toujours là. Peut-être certains s’éloigneront un temps, puis reviendront vers nous. C’est sûrement ce qu’il s’est passé d’ailleurs. Je pense par exemple qu’on n’est pas revenus en Europe assez vite. Ca faisait quatre ans qu’on n’avait pas tourné ici. Pas par choix hein. En fait, il n’y a pas réellement de plan défini dans Fu Manchu. Mais ces dix ans, super, j’ai vu beaucoup de choses, appris beaucoup aussi.
Ca a été difficile de prendre la place de Brant Björk derrière les fûts à l’époque ?
Non. Enfin je veux dire… Est-ce que ça a été dur d’apprendre les chansons ? Oh oui. Embarquer dans le tour bus avec les autres ? Non. Ca, ça a été très simple. Mais les répéts, apprendre les morceaux, ppff. Tu sais, il y a encore des chansons que je ne connais pas. Mais comme les autres ne s’en souviennent pas non plus, ça va. J’ai déjà assez de mal à me souvenir de celles que je connais déjà.
Il y a des chansons de cette période que tu ne refuses de jouer aujourd’hui ?
Oh, mais il y a aussi des chansons qu’on a enregistré depuis que je suis dans le groupe et que je ne veux pas jouer non plus. C’est vraiment selon ce qui marche le mieux en concert. C’est très différent du disque. Des fois, on se dit qu’une chanson ne va pas marcher sur scène et on est surpris. On pensait par exemple que Signs of infinite power ne fonctionnerait pas, mais on a essayé quand même. Et les premières fois où on l’a joué, on se regardait genre « wow, les gens semblent vraiment aimer cette chanson ». En plus elle s’est avérée très agréable à jouer. Mais il y en a d’autres qu’on a essayées et qui ne marchaient pas du tout. On avait répété de vieilles chansons pour cette tournée, on les a essayé pendant les balances et … « hein ? C’est quoi ce truc ? Bon, on va jouer autre chose »
Quel serait ton all-star band si tu pouvais choisir un batteur, un bassiste, etc ?
Je jouerais de la batterie. Juste parce que je veux jouer avec les autres gens que je vais choisir hein, pas du tout parce que je me considère comme le meilleur batteur ou quoique ce soit. Alors dans mon all-star band, il y aurait sans doute John Paul Jones. A la guitare, je choisirais sûrement Jimmy Page. Bon, tu vois où je veux en venir hein. Mais je ne crois pas être aussi bon que John Bonham. Pour le reste… Dans ce genre de liste, t’oublies toujours des gens. J’ai un bon paquet de super musiciens en tête. Ca ne veut pas dire que ça fonctionnerait s’ils devaient jouer ensemble par contre. Je peux juste choisir les Descendents du début, et juste les regarder jouer. Le Black Flag du début aussi ou Led Zeppelin. Pour moi ce sont déjà des all-star bands.
Quels sont les plans de Fu Manchu pour 2010 avec ces 20 ans d’existence ? J’ai entendu parler d’un DVD.
Oui, on espère qu’il sortira à la fin de l’année. On espère aussi revenir en Europe pour une tournée des 20 ans du groupe. Des concerts où on jouerait les albums dans leur intégralité. C’est l’idée. On va essayer de commencer ça pendant la tournée US et les festivals cet été, et ensuite on ira jouer dans les villes dans lesquelles on n’est pas souvent allés jouer, comme Berlin ou Oslo. Des endroits qui nous ont pourtant toujours accueillis avec beaucoup de ferveur. Sur cette tournée particulièrement, le public européen a été super. On n’avait jamais eu une réception aussi forte et positive ici. Alors on a vraiment envie de revenir. C’est le plan en tout cas. Donc, le premier soir, on jouera les deux premiers albums en entier, le soir d’après, les deux suivants, et ainsi de suite.
Vous n’étiez pas supposés faire ça, plus ou moins sur cette tournée déjà ?
Non, pas sur cette tournée. On va faire ça après. On doit rentrer et apprendre toutes les chansons. Là, on n’en est pas encore à fêter les 20 ans du groupe, on tourne comme on le fait après chaque sortie d’album. On aura le temps plus tard pour fêter ça avec la tournée dont je viens de te parler et la sortie du DVD. On pourra y trouver des documents filmés qui n’ont jamais été vus nulle part, les clips, des trucs rares, des vidéos qu’on a filmées nous-mêmes sur la route lors des dernières tournées. On n’en est pas là.

mardi 22 juin 2010

00.21

Photos non retouchées, par Louise Dehaye

Chronique du Hellfest


Je mate un concert de loin, avec ma bière, tranquille. Un barbu hirsute se fraye un chemin dans la foule, jette un coup d’œil au niveau de mon torse et brandit un pouce approbateur. Je mate mon t-shirt, me rappelant à moi-même à quel point c’est vrai qu’il est cool. Bleu années 60 avec un dessin vintage en forme de promo locale et qui est orné d’un goguenard « PICK UP A WIFE OR TWO IN … UTAH ». C’est vrai que moi aussi je l’adore ce t-shirt. Ce gars est un connaisseur, c’est évident. Je lui réponds avec un sourire à la Jo l’indien (on est à un festival de métal, pas à un colloque sur l’éducation) et lève à mon tour un pouce reconnaissant. Le gars rigole, s’approche et lache, en pointant ma bière du doigt: « c’est pas ton t-shirt que je regardais ».
Rien de mieux que cette anecdote pour traduire la différence entre le Hellfest et un festival lambda de pop indé, où on s’entrejauge la mèche, on se reluque et on se compare sur l’échelle de la pose générationnelle. Ici, un doux parfum d’anachronisme. Une parenthèse old-school dans la hype express du quotidien. Ici, pour poursuivre la comparaison filée, on ne se bat pas pour voir qui connaît le plus de groupes qu’il faut absolument écouter avant la veille, ce qui compte c’est la fidélité. C’est pour ça que les têtes d’affiche du festival ont plusieurs décennies d’ancienneté. Ecouter le même album, encore et encore. On n’est pas fan de Maiden comme on est fan des Ting-Tings. Ce constat m’évite une argumentation pénible.
Il faut le dire : un festival métal est quand même le putain de meilleur endroit où passer un week-end. Des t-shirts moches, de la bière, des grands mecs barbus qui se marrent quand tu les bouscules… Pas d’embrouille. Le public est une communauté de cœur. Toute l’année, la plupart lutte pour assouvir leur passion contre leurs parents, sous les moqueries de leur collègue de boulot dont le principal fournisseur culturel est Leclerc, ou simplement des gens à qui la presse mainstream ne s’adresse jamais, sauf pour établir des clichés. Là, en 3 jours, que des potes partout. En famille, on ne s’engueule pas pour Noel ? Ici c’est pareil. Lundi, fort de la confiance retrouvée parmi les miens, je martèlerai les parties de Gérard en headbangant et en poussant des cris gutturaux.
Bref, ambiance à la cool. Les gens vont d’une scène à l’autre, se faufilant dans la distorsion. C’est l’occasion d’admirer la plus grande collection de t-shirts de l’univers. Le carbone 14 de la foi métal, la véritable carte d’identité du metalhead : le recoupement entre l’âge et le délabrement de ton t-shirt. Autant dire que le « GWAR – Tour ‘88 » impose le respect.




Sans être exhaustif, j’ai noté quelques impressions à la sauvette pendant les concerts, vus en entier ou aperçus le temps de la fuite.
TAMTRUM
Un look entre Prodigy et Marylin manson. Pas franchement bons, mais quand on s’en aperçoit enfin, deux meufs à poil se tortillent autour du « chanteur ». Du coup, le public exclusivement masculin est content et remet sa jauge qualité au lendemain.
DISCIPLINEPunk hardcore old-school avec des solos mélodiques très cools. Très punk anglais finalement.
Y & T
Old-school, avec ces montées à deux guitares sur les solos. Une impression étrange très tenace : flashy mais sobre, démonstratif mais efficace, des egos mais un vrai groupe. Du coup, ça a bien vieilli, mais pas vraiment non plus.
PRETTY MAIDS
Invités de dernière minute pour faire le compte à la place de RATT. Dans le genre, ça se vaut complètement. En plus, ils sont voisins dans le bac à soldes à 2 € des vinyles métal qui n’auront jamais de deuxième vie, ayant échoué à en avoir déjà une première. Que de coïncidences, donc. Du hair metal épique totalement 80s. Un chanteur à la David Coverdale. Oui, c’est une insulte frontale. Un synthé qui bave et un show maximaliste. Chemise à jabot pour le bassiste. Back in 1984. Pour citer Nigel Tufnel : « Is this a joke !? »
ANVIL
A l’installation du matos, je me rappelle que Lips est un peu le Ozzy – mais version The Osbournes – du speed metal. Candide et un peu largué, mais sans aucun doute intense et authentique. Après 30 ans de carrière, et même si une grande partie de celle-ci a été tronquée, voir la joie de jouer et d’être sur scène de ces gars, c’est complètement admirable. De vrais entertainers en plus. Lips n’a que des meilleurs amis face à lui.



AIRBOURNE
Si Airbourne veut être le Spinal Tap de cette génération, c’est réussi, avec notamment une attitude débile noyée dans la bière et une scène habitée par des murs d’ampli, dans des proportions tout ce qu’il y a de guignolesque.
Si Airbourne veut être le AC/DC de cette génération, là par contre c’est surfait et un brin dénué d’authenticité. Un truc est sûr, ils ont déjà piqué une grosse moitié du répertoire de leurs compatriotes australiens.
Il y a du boost sur tous les instruments. C’est rentre-dedans et too much, mais à ma grande surprise, c’est imparable sur la foule.

NEVERMORE
(note : je suis emmerdé, je n’ai noté qu’un mot sur mon carnet. « Embarrassant ! »)
SLASH
Ca me navre de le dire, mais Slash a fait un set cheapos avec des requins de la scène, des caméléons du cachet. Le chanteur peut chanter comme Dio, ou comme Axl sur les reprises des Guns. C’est le boss qui décide. Même le bassiste imite Duff dans son jeu de scène. Jusqu’à la longueur de sangle de sa basse en fait, et ça, c’est flippant. Un set fade et plat, avec Slash qui s’avance de temps en temps sur le devant de la scène pour sortir un solo. Pour donner aux gens ce qu’ils étaient venus chercher, devrais-je dire. Un peu promo pour vendre son disque solo, un peu putassier quand après deux chansons sans âme, il enchaîne avec deux chansons des Guns pour faire repartir le pouls du public. En club, ça passerait, mais en festival, ça ressemble à une tournée de Chris Cornell. En fait, après Sweet Child O’mine où le groupe n’est presque pas carré, avec notamment des reprises très poussives, on a même l’impression qu’on est devant un groupe de reprises qui a gagné le droit de jouer avec son idole dans un concours Budweiser.
ANNIHILATOR
Bon, c’est du métal froid trop sérieux, joué très premier degré. Des middle-class un peu beaufs qui jouent aux durs. Je le savais, ce n’est pas le problème, mais au milieu de tous les groupes old-school au charme désuet et à la dérision latente, ça passe mal.
Je m’évapore jusqu’au coin Presse/ VIP où – surprise – les Pastors of Muppets jouent un set qui enflamme les piliers du bar ( !!). Leurs reprises des standards de hard-rock aux cuivres (AC/DC, Metallica, System of a Down, Iron Maiden, …) sont autant de rappels de grands noms qui ne sont pas à l’affiche du jour, mais c’est plus frais que le bruit blanc d’Annihilator. D’ailleurs, la salle continue à se remplir, mais ne se vide pas de la moindre unité.
TWISTED SISTER
En parlant de dérision, Twisted Sister ! Ou comment des gars de 60 ans et frôlant tous le mètre 95 jouent sur scène avec leur kit glam-fille légère. Happy Tom de Turbonegro disait à ce sujet que quand tu te fais autant de mal à toi-même avant de monter sur scène, personne ne pouvait t’atteindre. Je constate que Twisted Sister a donc un moral d’acier. J’avais peur, je suis rassuré. Les gars ont l’enthousiasme communicatif. Dee Snyder sait enflammer un public. Acquis ou non. Et le concert rappelle que We’re not gonna take it est le plus gros hit des années Hair metal.
Jusqu’ici, en terme de musique pure – standards 2010 – ça craint un max pour les profanes. Mais le sujet n’est pas là. Ce festival est un putain de périple dans la discographie de mes 15 ans. Slogans débiles et glam-metal bubblegum. Pelforth-fraise, here we come !
IMMORTAL
Black-metal. Visages peints en noir et blanc. Au milieu du show, les mecs s’entraînent un peu à cracher du feu, ils seront opé pour cramer les églises comme ça. C’est dur, mais dans un lointain folklore et une association d’idée tordue, ça prépare à Alice Cooper qui enchaîne juste après.
ALICE COOPER
Le premier volet du grand barnum heavy-metal. Quand j’étais un teenager metalhead, un journaliste avait écrit qu’Alice Cooper préférait feindre une exécution théâtrale que jouer de bonnes chansons. A l’époque, ça m’avait énervé. Et là, l’âge sûrement, et alors que je n’y avais pas repensé depuis, c’est l’impression qui me saute au cerveau. Le show marche parfaitement. Le début avec School’s out et Eighteen est terrible. Lui non plus n’a pas oublié que les grands albums datent de l’époque où Alice Cooper désignait un groupe stable. Mais après quelques chansons, il enchaîne sa célèbre décapitation et Poison, qui est une bouse 80s incroyable. Le syndrome MTV version metal. Le journaliste avait raison, mais si j’ai attendu 20 ans pour que ça me paraisse évident, c’est que Vincent Furnier/Alice Cooper en impose.




JELLO BIAFRA
On était crevés et on a préféré rentrer à l’hôtel en fait. Il faut dire que Jello Biafra n’a répondu à aucun de mes trois mails demandant une interview. Mon amour propre n’aurait pas supporté que je me présente face à lui. Oublions la foule, il ne resterait que notre différent, entre quatre yeux malgré la distance. Une intensité qui n’aurait su se diluer dans l’indifférence du public. Le lendemain, un mec bourré me dit que c’était vachement bien.
SAVIOURS
Dimanche, frais et les oreilles vierges, on attaque sous la tente avec ce groupe vraiment cool, dans la même lignée qu’HIGH ON FIRE. Quand un concert te donne envie d’écouter les albums, c’est le signe que c’est plutôt réussi, et si je m’en rends à ce point compte là maintenant, c’est aussi parce qu’hier ce n’est jamais arrivé.
YAWNING MAN
Le premier de la série Palm Desert qui va se succéder sur cette même scène. Un groupe instrumental connu pour être un des piliers historiques du stoner, mais … qui joue du noise-surf-jazz, plutôt. Pourtant l’étiquette n’étonne pas tant que ça, à cause de l’ambiance de jam incessante, et aussi du fait que le groupe inclue Alfredo Hernandez (ex-Kyuss, Che, Orquestra del desierto et QOTSA) et Mario Lalli (Fatso Jetson, Desert Sessions). Pour faire court, je vais comparer le set à de la fumée. Un truc vaporeux, assez peu identifiable. Sitôt qu’on croit mettre le doigt sur ce que joue Gary Arce à la guitare, ce n’est déjà plus là. Un jeu clairement autodidacte et noyé dans une réverb massive qui contraste avec le jeu surpuissant d’Alfredo Hernandez. Mario Lalli est absent, et un kid l’a remplacé au pied levé. Le set est muet, le groupe enchaîne les chansons sans vraiment regarder le public, mais l’intégration du kid au jeu sur scène a l’air de stresser énormément Gary Arce. Quand on a des automatismes depuis 20 ans avec des potes d’enfance …
MONDO GENERATOR
Le groupe de Nick Oliveri (ex-Kyuss et Qotsa encore) a du mal à trouver de la stabilité et ça joue très certainement, car il mérite d’être plus connu. Là, en tout cas, entouré par trois australiens, c’est un killer-band. Espérons que « Dog Food », l’album fraîchement enregistré avec ces mecs sera un jour distribué hors Océanie. Pour l’instant, Nick hurle, assure les blagues dans un accent quasi disparu. Tout va bien. Là encore, le set est plus punk que purement stoner, mais ça importera peu à une majorité d’habitants de cette planète.




BRANT BJORK
En fait, j’enchaîne les chroniques et je me dis que tout le monde fait du stoner sauf les géniteurs de cette scène. Il y a plus aujourd’hui de copieurs de ce style que de nouveau matos du genre de la scène originale. Seul John Garcia reste dans cette veine, mais on en parlera quand ce sera son heure. Brant Bjork fait du stoner dans un certain sens, mais purement dans un sentiment diffus. Il fait du rock indé, chanté sec et minimaliste, avec des solos psyché et un groove vraiment énorme. Certains vont me reprendre de volée en disant « OK, c’est du stoner donc », mais la nuance existe. Le groupe est le même qui a enregistré le superbe dernier album, avec notamment l’ex-Yawning Man Billy Cordell qui est énorme à la basse. Ce qui étonne, c’est le sens du collectif de ce groupe. Brant Bjork ne prend pas la même place ici que Nick dans Mondo Generator où les gars jouent pour lui. Même si le groupe autour de lui a tourné depuis le début, Brant semble réinventer un vrai groupe à chaque fois. Il laisse les solos à Brandon Henderson, il donne une place très importante à chacun. Et si, pour me dédire immédiatement, Brant Bjork était l’essence même du stoner ?


MOTÖRHEAD
Je ne vais absolument pas parler du concert car les fans sauront ce dont il s’agit. Pas au minima hein, puisque Lemmy et ce qui constitue sûrement le meilleur trio de l’histoire du groupe (je n’ai pas dit par contre qu’ils écrivaient les meilleures chansons de celle-ci) assurent un standard très élevé. Le final Ace of Spades/ Overkill est un condensé de festival metal à lui tout seul.
Pendant ce concert, ces vieux cons de Vulcain et leur égocentrisme has-been très 80s tournent des scènes pour leur DVD. Ils sortent du coin VIP avec perchiste et cameraman, genre bain de foule spontané. Quelques gars – tous à la retraite sauf deux gars bourrés qui les confondent sûrement avec les Beatles - leur sautent dessus. Ils se font prendre en photo pendant que les vieux sont coopératifs mais s’achètent une metal-credibility en faisant mine de toujours suivre la prestation sur scène. Les mecs ont choisi le spot nec plus ultra et c’est … devant nous. Mon pote Gwardeath est habillé en zombie avec – je cite – du "vrai faux sang de cinéma qui coûte un œil" et finit par voler la vedette et les flashes aux trois vieillards. Du coup, ils vont voir plus loin avec un sourire qui cache mal leur amertume.
KISS
Je me rappelle des quelques jours où KISS a décidé de mourir.
Bon, je vais expliquer. Il faut repartir de loin pour comprendre et ça va être long, mais je m’en fous, c’est mon blog.
Depuis qu’ils avaient choisi d’apparaître sans maquillage en 1983, le groupe vivait une carrière difficile. Mauvais choix, années 80, goûts de chiotte que le maquillage ne dissimulait plus et deux des membres originaux qui étaient partis. Du coup, les deux entrepreneurs ont décidé en 1995 de refaire un coup médiatique en rappelant les deux autres membres du line-up original. Celui-là même qui a écrit les tubes et créé ce metal-bubblegum désuet qui a eu des fans démesurés. Une tournée vintage donc, avec effets pyrotechniques et maquillages, comme jusqu’en 1979. Rien que la présence d’Ace Frehley irisait les foules. Il refaisait le coup de la smoking guitar, ses solos si reconnaissables ; Peter Criss chantait Beth avec sa voix éraillée, refaisait son Ringo Starr subversif. Tout se passait bien. Alors les deux entrepreneurs ont décidé que ça ne pouvait pas s’arrêter. Ils faisaient chier ces mecs aussi. Eric Carr, le batteur avec le maquillage de renard, était mort d’une forme rare de cancer. Peter Criss n’avait plus le niveau. Ace Frehley lui faisait plus chier que n’importe qui, car en plus d’être adoré du public, se demandait à quoi tout ça rimait. Jouer tous les soirs les vieux standards ? Bof. Et puis les mecs, c’était pas qu’une tournée à la base ?
Quand j’étais ado, KISS était mon groupe numéro 1. Je n’ai jamais été aussi fan d’un groupe dans toute ma vie. J’ai gagné un prix à une grosse soirée déguisée, habillé en Ace Frehley. J’ai appelé mon chat – qui était clairement une chatte – Peter. J’ai arpenté les disquaires partout où j’allais pour trouver les albums que je n’avais pas en vinyle. On s’est pas mal foutu de ma gueule à une époque où KISS était vu comme le pire groupe du pire style musical de l’histoire. Et soudain c’était arrivé. Cette reformation. La mi-temps du Superbowl. Les produits dérivés. J’avais été inscrit à la KISS ARMY, le fan-club, et maintenant je voyais des comptables avec des putains de t-shirts de cette KISS ARMY !?
Ces connards d’entrepreneurs. N’oublions pas qu’on parle d’un gars, Gene Simmons, qui a déposé aux Etats-Unis le mot « Orange Juice » quand il a su que ça n’a jamais été fait. Du coup, il a touché des sous de toutes les marques de sodas.
Tant que l’effectif n’était pas stable, difficile de balancer du merchandising. Et puis on n’allait pas chier des maquillages différents et porteurs à chaque fois qu’un nouveau gars arrivait. Alors – sacrilège ! – ils ont volé les maquillages d’Ace et de Peter et les ont « franchisé ». Gene Simmons a même expliqué que quand eux deux seraient trop vieux, on pourrait imaginer que d’autres mecs pourraient les remplacer et KISS continuerait à arpenter les stades. Putain, mais vas-y, crève !
Bref, ça me gène. Je me suis tellement impliqué dans ce groupe, dans les albums jusqu’à Creatures of the Night, que je me sens personnellement attaqué. Le pire, c’est que les comptables avec les t-shirts KISS ARMY sont devant moi au concert.
Ca explose, les plateformes grimpent, Paul Stanley nous aime tous jusqu’à là-bas derrière. Les vidéos projetées sont trop cools et le tout est aspergé de tout comme avant, mais mieux qu’avant et … beh, ça sent la merde. Entre Tommy Thayer qui prend les mêmes poses dégingandées qu’Ace Frehley, Eric Singer qui s’est teint en brun et qui dodeline en tapant comme Peter Criss, on a l’impression de vivre une attraction Disneyland. Un peu comme celle où un intermittent joue Jack Sparrow de Pirates des Caraïbes comme s’il était mieux Johnny Depp que le vrai Johnny Depp.
Au pire, je demandais l’intégrité minimum. Ok, vous jouez maquillés comme si le temps était resté bloqué le jour de la sortie d’Alive II. Alors jouez uniquement les morceaux de cette époque-là. Non, on a droit aussi à toute la soupe 80s, quelques ballades saturées de sucre des 90s et même le morceau de la honte, « I was made for loving you » qui est, avec le nouveau public, passé du morceau dont ils devaient s’excuser au hit ultime de leur carrière. Les feux d’artifice détournent l’attention des bouffeurs de pop-corn, qui du coup, ne se posent aucune question sur le choix criminel des trois derniers morceaux du set.
Tapez KISS dans Youtube et regardez des vidéos des années 70. Je vous jure que ce groupe a compté, un jour.
JOHN GARCIA
Inséré dans les deux heures du show pharaonique de KISS, John Garcia revisitait Kyuss sous la tente du fond. L’ex-groupe de Josh Homme, des slackers oscillant entre bières et substances pour noyer l’ennui du désert californien, avait lancé une formule qui donnait naissance de fait au stoner. Guitares accordées très bas, des rythmes lents et lourds et des boucles répétitives et hypnotiques. Vu l’emploi du temps de Josh, peu de chance de revoir le groupe ensemble un jour, surtout quand on voit l’activité du rouquin avec le gotha du rock et la simplicité intacte de ses ex-compagnons.
Le groupe qui accompagne John Garcia est énorme. Les cinq premières minutes sont purement instrumentales et John n’apparaît que tard. Comme pour lever les doutes de l’audience sur le choix des gars. Le son est inhumain. John passe d’un album à l’autre et provoque l’hystérie dans le public. Chaque intro sonne comme un trésor qu’on croyait à jamais perdu. Imaginez la tête d’un naturaliste s’il se cogne un dodo au coin d’un sentier. Ou un ex-kid qui tombe sur la vignette Panini de Yannick Stopyra au fond d’un carton pendant un déménagement.
00.21 … Nick Oliveri et Brant Bjork rejoignent John Garcia sur scène et lancent Gardenia. ¾ de Kyuss pour la première fois depuis 1996. J’ai tellement envie de hurler que j’oublie que le line-up qui a composé et enregistré Gardenia avait Scott Reeder à la basse. Le paradoxe qui ne parle qu’aux puristes (mais quand même) et ne pourra pas entamer la félicité du ‘I was there’.
Le feu d’artifice quelques minutes après la fin du set a permis de fêter ça, aux frais de KISS en plus.




En deux jours de festival, je peux résumer mon expérience du Hellfest à un crescendo étourdissant. Un début où les noms ronflants enchainaient des sets dépassés (ici, on appelle ça le syndrome de la Garden Nef Party) et une dernière après-midi d’un niveau incroyable, où que vous soyez. Les scènes principales ont vu un enchaînement Motörhead/ Slayer/ Kiss difficile à battre en terme d’efficacité, et la tente terrorizer a vu défiler une dizaine de géniteurs du stoner.
MEILLEUR CONCERT :
Brant Bjork – avec les chansons pour, le style et l’équilibre du set. Une grosse personnalité collective et des prises de risque dans l’improvisation.
BOUSA MAXIMA :
J’hésite entre Immortal, pour l’ensemble de leur œuvre ici et ailleurs, et Slash qui n’a pas peur de noyer son mythe dans la platitude.






















vendredi 8 janvier 2010

Interview MUDHONEY - Paris, 12 octobre 2009

Version longue de l'interview à paraître dans ABUS DANGEREUX n° 112
Photos par Louise Dehaye


GRUNGE-OSAURUS REX




Plus de 20 ans au compteur, et Mudhoney a toujours cette rage juvénile underground. Quand Nirvana et Alice in Chains ont été mis au chômage nécrologique, là où Pearl Jam et Soundgarden se sont embourgeoisés, personne mieux que Mudhoney n’a su garder l’esprit originel du grunge. A l’encontre de la logique du music business qui consiste à signer un contrat, vendre des disques et en vivre, Mudhoney n’a rien fait comme les autres et vit sa carrière comme le ferait un groupe de teenagers dans sa cave.


Mark Arm. Eternel adolescent, rigolard, à l’attitude oscillant sans cesse entre le pur nerd musical foncièrement loser et la légende vivante de l’underground US à la simplicité déroutante. Avant un concert incandescent au Trabendo (Paris), nous avons pu revenir avec lui sur ces dernières années très riches : Sa participation à la tournée de reformation avec MC5, les 20 ans de Sub Pop pour lesquels Green River a donné son premier concert en autant d’années et un dernier album (The Lucky Ones) qui sonne comme un retour aux sources.


Guy Maddison (bassiste) se joindra à l’interview le temps d’avaler un camembert entier. «French cuisine».





On dit que le dernier album, « the Lucky ones », a été enregistré et mixé en trois jours et demi …


Non, non, ça n’a pas été mixé en trois jours et demi, c’est seulement l’enregistrement.


Ah bon, une légende urbaine !


Non, je sais que c’est ce qui est marqué dans le disque, mais on a enregistré en trois jours et demi et on a mixé un mois plus tard, en cinq jours, un truc comme ça.


Sur cet album, tu ne joues pas de guitare. C’est temporaire ? Ca a quelque chose à voir avec ton expérience sur la tournée du MC5, où tu assurais le chant seulement ?


En fait, oui, c’est là que ça a commencé en quelque sorte. En 2004, on est passés à Seattle, et Dan (Peters, batterie) en particulier était du genre « tu sais, on devrait peut-être faire quelques chansons où tu ne joues pas de guitare ». J’imagine qu’il a apprécié de me voir sauter partout.


Et Steve (Turner, guitare) voulait les guitares pour lui tout seul.


Non, non, rien de ce style. Mais le disque qu’on a fait après la tournée du MC5, ça a été « Under a Billion Suns ». Il y avait plutôt plus de choses sur ce disque, et pas moins, comme sur celui-ci. D’habitude, quand on écrit une chanson, quelqu’un amène un riff de guitare ou deux, et on jamme à partir de cette base, on essaie d’en faire quelque chose. Et là, on a décidé d’essayer la recette qu’on utilisait à l’époque de Green River, où je ne jouais pas de guitare. On fait tourner la musique et je chante par-dessus, en essayant de mettre en place le chant, et peut-être même trouver quelques paroles à chaud. La plupart du temps, les paroles ne prennent pas vraiment forme, mais tu sors avec une phrase ou deux, et tu peux partir de là pour commencer le processus d’écriture.


C’était un moyen de revenir à plus de spontanéité, comme dans Green River ?


Dans un sens, oui. Même si quand j’étais dans Green River, j’avais un cahier où je notais pleins d’idées de paroles ou de sujets pour les chansons. Je n’ai plus ça aujourd’hui.



C’était comme un retour à une façon d’enregistrer très directe et punk ? Un retour à l’époque de Superfuzz Bigmuff, où vous aviez enregistré avec Jack Endino, le parrain du grunge ?


C’est sûr que comparé à « Under a Billion Suns » et « Since We’ve Become Translucent » … Il n’y a pas de cuivres sur celui-là par exemple. Quelques touches de synthé, mais très peu. C’est un disque très brut.


(Guy Maddison, basse, fait irruption)


Il y a toujours une alternance entre les racines psychédéliques de Mudhoney et son versant le plus punk et abrupt…


Ce sont deux de mes musiques préférées, la musique psychédélique et le punk rock. Pas mal de gens semblent penser que ce sont deux mouvements à l’opposé, mais on essaie souvent de voir comment on peut mélanger tout ça.


Vous faîtes un peu à la Neil Young, qui alternait un album rock et un album folk.


Oui, mais dans notre cas, ce serait plutôt deux psychés et deux punks, et psyché à nouveau.


Ce n’est pas la définition de Mudhoney finalement, de ne jamais avoir choisi entre les deux ?


C’est sûr. Mais ça n’a jamais été un choix délibéré. On n’a jamais rédigé de manifeste pour définir ce qu’on faisait.


Personne ne penserait aujourd’hui au mot « grunge » pour décrire la musique de Mudhoney. C’est le signe que tout le mouvement était une blague finalement ?


Dans un sens, je suis d’accord avec ce que tu dis, mais … Je fais pas mal d’interviews où on me pose tout le temps des questions sur le son grunge et tout le mouvement de l’époque. Dans l’esprit des gens, on est intimement liés à tout ça. Mais bon, je ne sais pas vraiment ce que tout ça signifie. Si on disait « scène de Seattle », ça c’est quelque chose à quoi je me sens rattaché. C’est ce qu’on est, un groupe de Seattle, comme Tad, comme Nirvana, comme les Screaming Trees, Pearl Jam, Soundgarden. Le nord-ouest, la côte du Pacifique. Ok. Mais le « grunge » … Je ne suis même pas certain de savoir où ça a commencé et où ça a fini. Au début, c’était un mot que Bruce Pavitt (moitié du label Sub Pop) utilisait pour décrire Green River. C’était le terme utilisé à l’époque dans une pub stupide pour un karcher, pour se débarrasser des trucs qui s’accumulent sur les toits ou les murs. Grunge, c’était juste une autre façon de dire … disons une manière plus fantaisiste de dire « crasse ».


G : Oui. De la même façon que « punk » était un mot avant le punk rock. Ca avait une connotation très négative, alors ils l’ont collé à une musique qui sonnait de façon négative. Aucun des groupes du grunge ne sonnait de la même façon. Il n’y avait pas de son définitif, auquel il fallait se plier pour faire partie du mouvement. Comme dans le punk. Les Stranglers ne pouvaient pas être plus différents du Clash, qui ne pouvaient pas être plus différents des Dead Kennedys.


Un état d’esprit commun peut-être.


G : Ouais. Le grunge est davantage un état d’esprit.


M : Mais bon, tu peux dire que le punk, c’est 1977, c’est aussi 76, 78. C’était comme quelque chose qui apparaissait en même temps dans le monde entier. Les Saints et Radio Birdman ont commencé en 1974 en Australie. T’as Père Ubu en 1974, Television et les Ramones, 1974, aux Etats-Unis. En suivant, les Damned et les Sex Pistols en Angleterre. C’est quelque chose qui est arrivé simultanément dans différentes parties du globe. C’était une réaction aux médias toujours plus mainstream dont on gavait les gamins à l’époque. En 1974, les médias étaient beaucoup plus oppressants. Il n’y avait pas mille façons d’écouter de la musique ou de découvrir des groupes. Quelques stations de radio, quelques chaînes de télé. Ce qu’ils choisissaient de diffuser dictait ce que tu écoutais, finalement. Avec le grunge, enfin la scène de Seattle, c’était juste des gens qui essayaient de tromper l’ennui dans un coin paumé. Des trucs identiques sont arrivés partout dans le monde, et pas seulement aux Etats-Unis. Comme le punk justement. Ce n’était rien de très neuf en fait.


C’était des groupes dans la même ville au même moment.


G : Il y a eu des mouvements similaires à celui de Seattle. Ils ne sonnaient pas forcément de la même manière, mais étaient générés par les mêmes facteurs, et ont abouti car les groupes s’influencent réciproquement dans une même ville. En Angleterre par exemple.


Comme ça a pu être le cas à Manchester.


G : Ouais voilà.


M : Ce sont juste des gens qui voulaient être dans des groupes et se marrer un peu, parce qu’ils vivent dans un coin sordide. Nous, on essayait simplement de s’occuper et d’occuper nos potes. Ce n’était pas vraiment un mouvement.


G : Et puis c’était une époque où on était coincés entre de la musique synthétique et une flopée de groupes de heavy metal.


Vous avez tous un job à côté de Mudhoney. C’est un moyen de se sentir libre de créer sa musique sans se poser des questions relatives aux ventes, aux contrats ou tout ce qui préoccupe habituellement les majors aujourd’hui ?


G : Tu parles, c’est surtout un moyen de payer le prêt de la maison.


M : Oui oui, c’est surtout un moyen de vivre une vie très classique.


G : Merci, au revoir ! (en français)


M : Quelque part, tu peux voir les choses sous cet angle. Etre dans un groupe, c’est un genre de hobby magnifié qui paye un peu. On pourrait se retrouver pour jouer aux cartes entre potes, ou au parc avec les gamins, tous ces trucs de mecs qui se retrouvent pour faire des trucs de mecs. Nous, on se retrouve et on est dans un groupe, on écrit des chansons, on part en tournée.


En d’autres termes, vous avez enregistré cet album en trois jours et demi et il sonne très abrupt. Vous auriez pu faire la même chose si vous aviez la pression d’une maison de disques sur vos finances ?


Tu sais, la façon dont ce disque a été enregistré est assez drôle. En fait, on avait réservé deux longs week-ends de studio. On avait déjà 11 chansons prêtes à être enregistrées, et on se disait qu’on pourrait mettre sur bande 7 chansons, si tout allait bien, lors de la première session, et on finirait le reste pendant la seconde, un mois plus tard. Et tout s’est déroulé si vite et si naturellement qu’on a tout fini en un seul week-end. A la fin, on s’est regardés et on s’est dit que c’était bien comme ça. C’était comme un signe. Qu’est-ce qu’on pouvait faire de plus ? Ecrire peut-être une nouvelle chanson ou deux entre-temps et l’enregistrer la prochaine fois ? On a finalement décidé de profiter de ce truc instinctif et on a annulé la deuxième session.


Tu te considères plutôt comme un guitariste qui, un jour, a dit aux autres « ok, les mecs, je peux chanter » ou un chanteur qui peut gérer la deuxième guitare ?


En fait… je ne me considère comme aucun des deux. Quand j’ai commencé à jouer de la musique, j’étais dans un groupe avec des potes du lycée. Ca s’appelait Mr. Epp. Le batteur et le bassiste étaient deux frères, et Smitty et moi, on a partagé l’argent du groupe pour dégoter un ampli bon marché et une guitare. On alternait. J’ai fini par jouer davantage que lui, mais ce n’était pas du genre permanent. Quand on s’est séparés, le matériel du groupe était à droite à gauche, et quand Steve et moi on a décidé de continuer dans Green River, c’était un peu le même problème. « Bon, je n’ai ni guitare ni ampli, peut-être que je devrais essayer de chanter ». Et je ne sais pas si tu as entendu le Green River du début, les démos avant que Stone (Gossard, maintenant dans Pearl Jam) arrive dans le groupe. Merde, je pouvais à peine chanter. Waa waa waa. J’essayais de me la jouer hardcore, un truc comme ça. Alors bon, je vois tout le cheminement comme un apprentissage. Même aujourd’hui. Comme quand j’ai fait cette tournée avec le MC5, j’ai appris une chiée de trucs. En fait tu t’aperçois qu’on est coincés dans des habitudes. Un groupe de personnes a sa façon de travailler, et il la répète encore et encore et encore. Quand tu bosses avec d’autres gens, tu es obligé de penser à d’autres façons de faire les choses.


Si tu n’avais qu’une seule chanson de Mudhoney à jouer avant de, disons, exploser sur scène ou un truc du genre. Laquelle tu jouerais ?


En ce moment, ce serait sûrement « Tales of Terror », qui est sur le nouvel album. Mais seulement si je sens que je vais exploser en plein milieu du set.


Cette chanson, justement, c’est un hommage au groupe du même nom ?


Dans un sens, oui. Un pote à moi avait sa platine vinyle relié à son ordinateur, alors je lui ai demandé « Tu ne peux pas me digitaliser ce disque, parce qu’on ne le trouve plus nulle part ? ». Il l’a fait et du coup, je l’écoutais partout. Dans la rue, au boulot. On était en train de composer pour l’album et je suis arrivé avec ce riff de guitare. Le temps qu’on le travaille pour arriver à la chanson que c’est aujourd’hui, on cherchait un titre et on continuait à en parler comme de la « chanson Tales of Terror ». Finalement, quand on a dû choisir un titre pour de bon, on a gardé « Tales of Terror ». Mais le groupe avait aussi une chanson du même nom. Ce n’est pas une reprise, mais oui c’est clairement un hommage.


Tant qu’on parle d’influences, je sais que tu as été très inspiré par le hardcore des années 80 et…


Le début des années 80. Vers 1984, les gens intelligents qui étaient actifs dans le hardcore ont changé de direction. Black Flag a ralenti son tempo, les groupes comme les Butthole Surfers commençaient à émerger. Ils sont arrivés avec des chansons comme « the Shah sleeps in Lee Harvey’s grave » qui était un genre de parodie de hardcore. « Suicide » ou d’autres chansons comme « Wichita Cathedral » et « Something » n’étaient plus des chansons hardcore, mais c’était toujours très punk.


Le hardcore et cette scène radicale, ça a eu une influence quand tu t’es mis à parler de politique dans tes textes ? Il y a eu plusieurs chansons sur le gouvernement Bush, ta prise de position en faveur du vote.


Non. Black Flag, par exemple, n’était pas très engagé politiquement. Ca a plus à voir avec le fait que j’ai dû vivre cette putain de période. Je ne sais pas pourquoi il n’y a pas eu plus de groupes à monter au créneau. C’était une période horrible. C’était vraiment horrible de vivre aux Etats-Unis pendant tout ce temps. C’était gênant et oppressant.


Ce serait quoi ton disque « île déserte » aujourd’hui ?


Le disque ultime c’est ça ? Je vais te dire un truc, aujourd’hui, avec les Ipods, tu n’as plus besoin de faire ce genre de choix. J’ai juste besoin de mon Ipod de – genre – 80 gigas.


Ok je vois, tu es en train de tuer cette question de façon durable. Alors, ça aurait été quel disque au début de Mudhoney, à l’époque de Superfuzz Bigmuff ? Parce que le Ipod n’existait pas en 1988 hein.


Ca ne pouvait être qu’un disque des Stooges, mais c’est vraiment difficile de dire lequel.


Je dirais que ‘Funhouse’ est peut-être le plus proche de ce que tu as fait avec Mudhoney.


Peut-être Funhouse oui. Je m’apprête à prendre la plus énorme des décisions de ma vie. Je vais dire… peut-être que le premier album serait plus approprié, parce que dessus, il y a cette chanson stupide « We will fall ». Que j’adore hein. Si tu ne peux pas supporter ça jusqu’au bout, tu n’as rien à faire avec les Stooges, j’imagine.