C’est marrant comme des fois, deux processus s’entrechoquent, alors qu’à l’origine ils n’ont rien à faire ensemble.
Depuis presque dix ans, je me suis juré d’essayer un jour la méthode d’écriture de William Burroughs. Le Cut-Up. Ecrire un texte, le découper et le réécrire en changeant l’ordre des séquences. S’ouvrir de nouvelles perspectives, casser les codes.
Le fait que je me sois tenu de le faire enfin le jour où je rédige un blog très modeste sur ma virée thrash et stoner en Belgique est dommageable, complètement inadapté sous quasiment tous les aspects. J’en suis conscient et je vais le faire quand même. Insouciance adolescente vs. Inconscience punk.
Au programme, Brant Bjork à La Louvière le mercredi et Municipal Waste à Bruxelles le samedi.
« Je préférerai toujours sortir 50 albums moyens que 5 chefs d’œuvre sur lesquels j’aurais bossé des années. »
La Louvière, Belgique. Un jour de fête nationale. Festival gratuit. Un assortiment de punk, rockab, voisins, (très) jeunes et (très) vieux. Le Powerfestival a en fait un faux air de kermesse de fin d’année 1972. Un truc me tiraille toute la journée : c’est insensé que Brant Bjork soit tête d’affiche ici. Mon pragmatisme me l’impose mais mon cerveau n’arrive pas à faire le lien.
La Voix du Nord accorde un encadré à un fait divers d’une vieille dame de Stockholm retrouvée morte à son domicile avec 193 chats…et rappelle une loi suédoise : un même foyer ne peut posséder plus de neuf chats. Euthanasie pour 184 d’entre eux.
Autour d’une bière, on rencontre Antonio, un vieux belge qui a 48550 vinyles, mais que sa femme a largué. Il nous expliquera le chemin de l’un à l’autre en 5 gorgées.
On s’adonne à un jeu de pistes improbable pour retrouver DEAD ELVIS à sa descente de scène. J’aimerais bien l’interviewer rapido, mais ce one-man band entre le King, Hasil adkins et les Cramps joue avec un masque de zombie en latex. Retrouver un mec seul que personne-n’a-vu-car-il-porte-son-masque-et-que-tu-comprends-bon-quoi … KISS devait être le groupe le plus heureux des années 70.
Pas chère cette chambre de Formule 1 dans la zone portuaire de Zeebrugge. Chouette vue en plus.
Un quartier entier est fermé pour assurer le festival, dans ce Notting Gulch wallon. Toujours plus de vautours que de têtes de bétail et on doit côtoyer les 80 % de chômage.
Manger de la fricadelle assis face à la mer du nord à Ostende, ça relève du top cool, mais … qu’est qu’ils y mettent dans la fricadelle ? C’est un met « incertain ». Vivement une connection wifi pour me tranquilliser.
Pendant l’interview, un détail me crispe. Brant Bjork porte un t-shirt Blue Oyster Cult. Pendant les essais de son avant de monter sur scène, je note quand même que son crew passe ‘Rock and Roll Over’ de KISS en entier sur la sono. Deux fois de suite. Oui, même ‘Hard Luck Woman’. Un acte de foi rare.
Aussi sur l’affiche, le stoner des calaisiens de Zoé (http://www.myspace.com/zoestonerrockband2 ), du Kyuss joué par Skid Row. Ramon Zarate (http://www.myspace.com/ramonzarateband ), du stoner sérieux influencé par Dozer ou Alabama Thunder Pussy. Speedball Jr, de la surf traumatisée par Dick Dale mais avec la classe d’un Hammond vraiment bien pensé et du Powersolo dans l’attitude (http://www.myspace.com/speedballjr ). Enfin, Justin(e) qui affiche sur son merch « Groupe de merde en concert de merde dans ta ville de merde ». Cette clairvoyance crée l’empathie nécessaire pour ne pas s’étaler dans la destruction critique. De l’alterno-punk à chien français, mais une chanson sur Jean-Claude Suaudeau et le jeu à une touche de balle. Alors bon… (http://www.myspace.com/justinepunkrock )
Le 21 juillet, c’est la fête nationale belge, dis donc. Et dire que pendant une heure, on a mis les magasins fermés sur le compte de la crise. Le poncif wallon, j’imagine.
Fricadelles Ingrédients (pour 6 personnes) : - 2 oignons
- 10 g de beurre
- 4 pommes de terre
- 1 oeuf
- 500 g de restes de viande
- persil et cerfeuil hachés
- sel, poivre, muscade
- farine
- 2 ou 3 cuillères à soupe de graisse (beurre, huile, saindoux, margarine...)
Banane Metalik
(666% Gore n’roll)
-50 % Cramps
-50 % Misfits
-6 maquillages de zombies
-le plus gros public du festival
-le plus mauvais son du festival
-gore super cheap mais très sérieux
Je sais que je vais prendre pas mal de spécialistes sur le rable, mais ce show était inécoutable. Pourtant j’apprécie vraiment le psychobilly, je pense juste que Banane Metalik a plus de sens dans un club où sa prestation ne se dilue pas dans les commandes de bière des bars latéraux et dans une sono de bingo dominical.
-Ah, mais c’est encore la fête nationale ?
-Non non, on ferrrme tous les jourrrs à 18 heurrres.
La virée est aussi l’occasion de découvrir l’équivalent wallon de nos Pastors of Muppets. Les Moonshine Playboys viennent du « bayou sulfureux d’Anderlecht » et jouent des classiques dans un monostyle de bluegrass white trash qui rappelle « O’Brother where are thou ? », mais avec l’accent belge quoi. Ca enchaîne « Fight for your right to party », « Anarchy in the UK » et « Voodoo Chile » et l’assistance prend un air de blind-test en s’aidant souvent des seules paroles. http://www.myspace.com/themoonshineplayboys
Il est 23 heures. Antonio danse du madison sur Brant Bjork. Je ne sais pas si je dois y voir un profond chagrin ou un amour intact de la musique.
Uncommon Men From Mars. 14 ans again ! Un groupe teenager depuis qu’ils sont teenagers, ce qui équivaut maintenant plus ou moins à l’âge d’un authentique teenager. Pendant le concert, un coup de génie absolu avec ce mec qui tente un slam en se jetant de la scène alors que le gros du pit est composé de 3 personnes. J’allais dire que le show était « marrant », mais justement, le groupe ne prend jamais le risque d’être « marrant ». C’est un peu la différence qu’explique Robert Downey Jr. à Ben Stiller dans « Tonnerre sous les Tropiques ».
A Bruxelles, un français qui vit au Japon et qui bosse en Belgique nous dit qu’on ne le laisse pas tranquille. Il peut faire couler la moitié de l’élite avec ce qu’il sait d’affaires criminelles ou d’extorsion de fonds. Il nous expose aussi sa théorie à propos des fausses infos sur les bouchons de départ en vacances, balancées dans les médias : l’absence de ce marronnier de l’été déprimerait les français, mais les bouchons ont disparu dans dix années de récession.
« It’s Ok if you’re drunk because I am too ». Brant Bjork et son killer band (bien meilleur que tous les Bros et Operators) sont de toute évidence bien cuits, mais le set s’en trouve encore plus laid-backque d’habitude. Ca sent la fin de tournée, un peu la mélancolie, et les jams s’étirent et vont régulièrement dans le rouge du Vumètre. Moins axé sur le format chanson qu’au Hellfest, mais un super concert de potes.
Qui n’est jamais tombé sur les Feux de l’Amour en prenant son café ? Et qui n’est pas resté devant sa télé, l’œil vide, à essayer de comprendre quelque chose ? Un jour, mon œil s’est éclairé et j’ai voulu comprendre, pour moi, pour vous, pour nous. Face à moi, Marie-Madeleine, ma grand-mère.
Les Feux de l’Amour sont un phénomène, ça, personne n’en doute : la moitié des télés allumées à 13h35 le sont pour la série. Feux, déclinez votre identité, je vous prie : 33 années d’existence, plus de 8250 épisodes, 41 mariages, 21 divorces, 33 décès, une trentaine de naissances, 29700 bouquets de fleurs et une bonne vingtaine de palettes de vodka pour la seule Nikki et son foie mutant. Jusque là, je suis. 180 rôles titres en tout ? Plus que Tolstoï n’a pu en caser dans Anna Karenine. Ca se corse. Mais qui est important dans le tas ? « Ils sont tous importants ». Wow. Mais le moustachu là ? « Ah, Victor, ça a été l’amant de toutes les femmes d’Amérique certainement. » Mais aussi Nikki, l’alcoolique repentie (pourtant, on était disposés à se montrer tolérants, ça devait venir de la lecture du script), et puis Brad, Gil... Arf !
Ce qui me chiffonne à vrai dire… Pourquoi les gens regardent tous les jours ce roman de gare ? « C’est pas terrible-terrible». Oh !? Moi qui m’attendais à trouver une fan transie d’émotion, les yeux s’éclairant à chaque évocation de la saga. « Y a rien à la télé à la même heure, t’es marrant. » Retour instantané au jour de mes 12 ans, je vais me faire engueuler. « Ce sont les vieux qui regardent ça, ils en profitent pour dormir devant la télé et quand ils se réveillent, ils comprennent encore. » Ah oui, l’intrigue, tiens. Alors, soyons honnêtes, l’intrigue du moment. J’imagine bien qu’après 33 ans d’antenne, je ne peux plus refaire mon retard. Amour, haine, complots, secrets, mariages, divorces, liaisons, naissances légitimes, naissances illégitimes à Genoa City (Genoa City ???). En gros, sous le couvert de la concurrence entre de grosses entreprises, les gens passent leur temps à boire des drinks et à se parler le dos tourné, sautant de discussions profondes en discussions abyssales. Puis, ma grand-mère trouve la clé : « les personnages restent, mais les acteurs changent des fois » et « TF1, ils sautent des épisodes souvent ». Comprendre est-il donc impossible ? « Toutes les familles se mélangent, j’arrive à un point où je ne comprends plus rien. » Ma grand-mère, qui regarde les Feux de l’Amour tous les jours, n’y comprend rien… Je retourne l’œil vide à mon café.
Ca traînait dans les tuyaux depuis un certain temps, c’est désormais officiel. Turbonegro is Dead ! Again. Chris Summers viré en 2007, Rune Rebellion avait laché sa guitare après la tournée de trop, loin de chez lui. Il y a eu le hiatus imposé par la maladie d’Euroboy, et Hank … on ne sait pas trop. Il y a eu ce rôle chronophage dans le Jesus Christ Superstar scandinave, ces rumeurs de désintox et d’autres à propos de la scientologie. Peu importe au fond, c’est lui qui a jeté l’éponge. Rien à voir avec le split plein de drama-cheap dans les backstages d’un hôpital psychiatrique italien comme en 1998. Ce split-là est raisonné. Et on a presque envie que ça reste ainsi. Pas seulement parce que ‘Retox’ (dernier album, 2007) était en dessous et sentait l’épuisement collectif, mais aussi parce que c’est un gang, une histoire de personnalités. Les départs récents étaient déjà beaucoup, le remplacement de Hank rangerait TRBNGR dans le tiroir des groupes comme les autres.
Au lieu d’écrire une hagiographie en règle, je préfère déterrer un des éléments essentiels de la discographie des Denim boys. Le clin d’œil aux autres groupes, comme des Marx Brothers qui rendraient un hommage plein de malice à leurs influences, à la manière d’un Tarantino qui accumule les références à longueur de pellicule. Plus que de la copie éhontée (cf. Airbourne), le processus faisait partie de la logique Turbo, gravé dans leur ADN de punk pals. Le tout baigné dans un underground norvégien qui respire le cool poisseux. L’hommage par l’hommage.
Le riff de GET IT ON est doublement piqué à deux des références les plus marquées de TRBNGR. Les Dictators dans « the next big thing » et les Ramones dans « I just want to have something to do ». En plus de rappeler l’attachement au punk new-yorkais du groupe, le « Go Girl Crazy » (1975) des premiers auraient très bien pu être un album de Turbonegro. La recette est déjà là : un ancien catcheur extraverti au micro, un guitar héro ironique (Ross the Boss qui créera un peu plus tard Manowar… et qui laisse donc espérer qu’il y a du second degré dans ce truc) et un bassiste qui chapeaute le tout. SELL YOUR BODY (TO THE NIGHT), avec une intro mimant note pour note le « Penetration » des Stooges. WASTED AGAIN avec son solo dont les premières notes rappellent celui de « Freebird » de Lynyrd Skynyrd. Un clin d’œil de guitar-hero à l’ancienne, tant ce solo est une référence du classic rock 70s. BLACK RABBIT est un genre de négation pure de l’hymne hippie du Jefferson Airplane, « White Rabbit ». Les premiers visuels de T-shirts et l’apparence d’Happy Tom sont une référence directe au travail de Tom of Finland, dans la lignée super gay d’un Mapplethorpe.
Le titre « midnight NAMBLA » est une référence au « midnight rambler » des Rolling Stones. NAMBLA est l’acronyme pour « North American Man/Boy Love Association ». Le groupe a fait d’autres clins d’œil aux Stones, comme le split 10 ‘’ de 1995, « Stinky Fingers » qui pousse le subversif encore un peu plus loin que le « Sticky Fingers » original. PRINCE OF THE RODEO est une multi-référence à Motörhead. L’intro de batterie rappelle bien sûr « Overkill », et la phrase ‘Don’t forget the clown’ juste avant le solo rappelle le ‘Don’t forget the joker ‘ au même endroit dans « Ace of Spades ».
L’intro de AGE OF PAMPARIUS est un quasi best-of de la chanson d’AC/DC, « For those about to rock ».
La pochette de l’album « ASS COBRA» est une référence à celle de Pet Sounds des Beach Boys.
CITY OF SATAN copie les paroles du « Atlantic City » de Bruce Springsteen, sur son album suicide Nebraska. 'Put your make up on, make your hair real pretty And meet me tonight down in Satan's city'
La logique des fan-clubs , les TURBOJUGENDS, est tirée de la KISS Army, mais aussi apparemment inspirée de Frank Zappa. Euroboy :« On voyait que KISS avait la KISS Army and on pensait que Turbonegro devait avoir sa propre Navy. Ca a démarré comme une blague dans l’appart de Happy Tom. On a commencé à mettre son adresse sur les pochettes de disque, et ça a dérapé en quelque chose de bien plus gros que ce à quoi on s’attendait. » Happy Tom :« Frank Zappa avait ce truc où il tenait à disposition de ses groupies des trophées « Fucked by Frank Zappa ». C’est en repensant à ça au milieu des 90s qu’on a fait un diplôme « Member of Turbojugend ». C’était une blague. Maintenant ça s’est transformé en ce monstre à la Frankenstein, complètement hors de contrôle, partout dans le monde. Kiss a une armée, on a une Navy. Il y a tellement de membres maintenant qu’on pense sérieusement à envahir un pays européen de taille moyenne. Ce pourrait bien être la Belgique. »
Interview publiée dans NOISE magazine n°15 et partiellement dans Abus Dangereux n°114
Photos prises par Louise Dehaye à la Boule Noire (Paris) et au Café Rex (Toulouse)
KINGS OF THE ROAD
20 ans de dumb rock un peu loser avec une stratégie inébranlable : la tournée perpétuelle. Comme si Fu Manchu n’avait pas perdu de vue ces années slackers où ils répétaient dans un garage et où les concerts établissaient la hiérarchie locale. Figure de proue du stoner, d’autant plus qu’ils avaient récupéré Brant Bjork de Kyuss après la disparition de ces parrains absolus du genre, et ça c’est bon pour la « desert credibility ». Appelons ça plutôt dumb rock, car Fu Manchu a une place à part dans la nébuleuse stoner. Peu de considération pour les jams psyché, l’héritage de Black Sabbath est ici bien discret et le groupe se réclame toujours d’influence hardcore (Bl’ast, Void), et délaisse les improvisations et les soli sans fin pour des chansons aux dimensions classiques et des compos efficaces. Plus terre à terre donc. Fu Manchu ne fuit pas les clichés, il compose simplement avec les siens. Fuzz massif, chant plus basique que ce à quoi nous ont habitué les spécialistes nourris au stoner classique et paroles teintées de culture purement sud-californienne, entre ovnis, skate et tuning.
Rencontre avec le batteur Scott Reeder, ex- Smile, et homonyme malheureux du bassiste de Kyuss. L’humain le plus proche d’Animal du Muppet Show.
Scott, parlons du nouvel album. Il a été produit par Sergio Chavez qui avait travaillé avec Motörhead et Helmet.
En fait, Sergio a bossé avec un groupe de Los Angeles qu’on aime vraiment beaucoup, It’s Casual, et c’est pour ça qu’on lui a demandé de produire le disque. Ils ne sont que deux mais il leur a fait un son incroyable. Alors on s’est dit qu’avec nous quatre, il devrait plutôt bien s’en tirer. On aime beaucoup Helmet et Motörhead, mais ça n’a pas joué du tout dans notre choix du producteur. Ca a été très facile de travailler avec Sergio, il a amené des idées vraiment cools. On a tout bouclé en moins de deux semaines.
C’est très court pour un enregistrement.
On avait fait tout le travail de composition et de pré-production, on était prêts pour l’enregistrement. Les chansons étaient bouclées, à part peut-être quelques paroles qu’il restait à terminer. On avait fait deux ou trois mois de répétitions où on a travaillé sur les ajustements pour que les compos soient cohérentes. Ca nous épargne du temps en studio, on n’aime pas trop étirer l‘enregistrement. Ca n’a pas énormément de sens, surtout aujourd’hui. Et ça coûte trop cher.
J’ai entendu que vous faisiez des démos de toutes les chansons et qu’après ça vous enregistriez très vite, mais toujours en essayant de coller à l’esprit original de la démo.
Oui, mais bon, si ça ne sonne pas bien sous cette forme, ça ne va pas sonner parce que tu vas mettre plus de … Ce que je veux dire, c’est qu’on on fait peu d’arrangements après coup, on ajoute peu de cuivres et d’artifices. Si ça fonctionne en lo-fi, ça veut dire que ce sera bien meilleur en hi-fi. Si ça sonne moins bien, c’est que tu as probablement un gros problème.
Vous vous sentez plus à l’aise avec le son brut du live ?
Tu veux dire jouer live en studio ?
Oui, puisque je crois que vous avez enregistré la base des morceaux du disque de cette façon.
Je pense que c’est mieux comme ça, ouais. On a essayé de travailler au clic, chacun son tour, comme on a pu le faire d’autres fois. Mais je pense que c’est vraiment mieux si tout le monde est dans la même pièce et joue la base du morceau ensemble. Tu peux travailler instinctivement sur l’intensité, sur les nuances, c’est quelque chose qui nous correspond mieux et qui joue sur l’esprit du disque.
Pourquoi vous n’avez pas enregistré de reprise cette fois-ci ? (Ndlr : Fu Manchu inclut la plupart du temps sur ses disques des reprises qui finissent par sonner comme un de leur classique : Godzilla de Blue Oyster Cult, ou Weapon of Choice de Devo, par exemple)
Bah, on avait assez de chansons. En fait, on en a enregistré une, mais on l’a gardé pour une face B parce qu’on s’est aperçus que l’album sonnait mieux sans. La majorité des paroles était écrites et ça ne collait pas vraiment au niveau du thème. Je pense vraiment que si les reprises sont très différentes du reste du disque, ça peut se retourner contre toi. Ce n’est pas juste un truc du style « hey, on n’a qu’à mettre une petite reprise là-dessus ».
Mais avec Fu Manchu, c’est une tradition. Il y a même des sondages sur le site pour que les fans proposent des morceaux qu’ils aimeraient vous entendre jouer. Cette fois, c’était Foghat.
Entre les répéts, partir en tournée, on ne s’occupe pas tant que ça du site officiel. On s’est aperçus que les fans lançaient leurs propres sujets sur les forums et c’est vrai qu’ils discutent des chansons qu’ils aimeraient entendre. Mais bon, il y a des morceaux que les gens veulent entendre et qu’on n’a juste pas envie de jouer. Sur cette tournée, on a décidé de revoir notre répertoire et de ressortir de très vieilles chansons qu’on n’avait jamais jouées. On change la setlist au fur et à mesure qu’on avance dans la tournée, mais on est vraiment partis sur ça. On a dix albums, alors on peut faire sans reprises pour un temps.
Est-ce que vous vous considérez comme les nouveaux Ramones ? Parce que vous parlez souvent dans les interviews de ‘rock droit devant’ et que les fans veulent que vous jouiez la même chose encore et encore.
Non. Les Ramones étaient vraiment un truc à part. Et nous ne nous prenons jamais pour des gens que nous ne sommes pas. Mais je vois le truc, tu fais la comparaison parce qu’on a un style auquel on se tient. Ce n’est pas intentionnel en fait. Il y a juste des trucs qui ne sonnent pas de façon authentique. Dans ce groupe, on n’insiste pas trop quand on compose, juste pour se dire qu’on fait quelque chose de différent. Si une idée appelle une approche différente, on le fait. Mais si on ne le sent pas… On aime jouer des trucs forts, très heavy. Non, on ne s’est jamais vus de cette façon là. On est plus du genre à jouer ce qu’on aime et ça finit par être notre style récurrent. Mais si les gens veulent voir les choses de cette façon, c’est cool. C’est une chouette comparaison. Je pense quand même que les Ramones étaient un peu plus populaires que nous.
Mais est-ce que parfois, vous vous sentez emprisonnés dans ce style par les fans ? Il semble clairement que si vous changez de son ou quoique ce soit, les fans réagissent de façon épidermique. On juge presque la réussite d’un album de Fu Manchu par sa ressemblance à tous les autres.
Non. Quand tu es dans un groupe, si tu passes ton temps à accorder trop d’importance à ce que les gens pensent, tu vas jouer exactement ce qu’ils veulent entendre et tu vas finir par sonner comme tous les autres. A un moment, il faut juste ne plus y penser. On se concentre sur ce qu’on aime jouer. Je pense que si on n’aime pas un morceau et qu’on essaie de le jouer devant un public en pensant que c’est ce qu’il voulait entendre, ça ne va pas coller. Ce n’est pas honnête et les gens ne vont pas aimer ça, parce qu’on ne va pas jouer avec la même ferveur que si les morceaux nous correspondent complètement, peu importe si c’est lent, rapide, heavy, un peu moins heavy. Certaines personnes aiment vraiment ce truc-là, d’autres non. Certaines personnes n’aiment que le premier album de Fu Manchu et c’est tout. Si ça leur paraît suffisant pour se pointer au concert, alors, cool. Même moi, par exemple, j’aime les six premiers albums de Kiss et je n’en aime aucun des autres.
Ca c’est incroyable, dans la voiture en venant, on écoutait une mixtape du Kiss du début justement. Je suis bien d’accord avec toi.
Ce serait suffisant pour me faire sortir de chez moi si ces gars venaient jouer dans le coin. En espérant qu’ils jouent des vieux trucs, mais j’aurais à encaisser les autres chansons aussi, j’imagine.
Il y a des chances vu qu’après Alive II, c’est nase.
Ah ouais, c’est si … ça me laisse complètement indifférent. Il y a sûrement des gens qui aiment ça. Dans les groupes que j’aime, il y a toujours des périodes moins bien que d’autres. Mais si tu prends un groupe dans sa globalité, tu peux avoir un certain respect pour sa production au fil du temps et aller le voir quand même en concert. Peut-être que les gens viennes juste pour acheter des t-shirts, je ne sais pas.
Fu Manchu est clairement un groupe qui prend tout son sens en live. Alors je me dis que la question doit être posée : quel a été ton premier concert quand tu étais gamin ?
C’était un concert pas très rock’n’roll… En fait le premier concert que j’ai vu de ma vie, c’était ELO (Electric Light orchestra).
Wow. C’est pas très rock’n’roll en effet.
Non, mais à l’époque c’était le ELO des années 70. Il y avait tout ce truc avec le grand vaisseau spatial et les lasers. C’était mon premier show au sens large du terme. Mais le premier concert de gros rock où je suis allé, c’était Metallica, à l’époque de Cliff Burton, sur la tournée Master Of Puppets.
Tu es passé directement d’ELO à Metallica ? C’est dangereux.
Non non. Tu sais, j’avais genre sept ans et mes parents m’avaient amené là bas,. Mais je te jure que je suis allé voir Metallica de mon plein gré. Et j’aime les deux groupes, hein.
Si tu avais juste une dernière chanson de Fu Manchu à jouer avant d’exploser sur scène, genre Spinal Tap, ce serait laquelle ?
Une très lente. Parce que si je suis sur le point d’exploser, j’imagine que ça va faire mal, alors j’ai besoin d’être super détendu. Je ne sais pas, il y en a tellement. Sûrement une de celles qui se trouvent sur le dernier album. J’aime beaucoup la chanson titre, Signs of Infinite Power. Elle est vraiment super à jouer live. Il y a un super groove, le public peut bien remuer la tête et la progression de la chanson me plaît énormément.
Cette chanson est très prog-psych, si une telle étiquette existe.
Oui, le riff est très hypnotique, c’est ce qui me plaît justement. Et je n’ai pas à jouer beaucoup dessus, je peux la jouer relax et j’aime bien ces moments là en concert. Ca me permet de regarder ce qui se passe autour, et j’ai de la place dans d’autres chansons pour taper autant que je veux.
On fête les 20 ans de Fu Manchu. Toi, ça fait 10 ans que t’es là. Comment tu résumerais tout ce temps ?
On est encore là, alors je dirais « en réussite ». On a toujours l’opportunité de venir de ce côté ci de l’Atlantique pour jouer, on fait des concerts aux Etats-Unis et les gens se pointent encore. On a eu un coup de mou ces dernières années, mais là tout est revenu comme c’était. En fait, dix ans, ça passe comme ça, vraiment.
Vous avez de toute façon une fanbase indéfectible.
Oui et je pense que cette fanbase sera toujours là. Peut-être certains s’éloigneront un temps, puis reviendront vers nous. C’est sûrement ce qu’il s’est passé d’ailleurs. Je pense par exemple qu’on n’est pas revenus en Europe assez vite. Ca faisait quatre ans qu’on n’avait pas tourné ici. Pas par choix hein. En fait, il n’y a pas réellement de plan défini dans Fu Manchu. Mais ces dix ans, super, j’ai vu beaucoup de choses, appris beaucoup aussi.
Ca a été difficile de prendre la place de Brant Björk derrière les fûts à l’époque ?
Non. Enfin je veux dire… Est-ce que ça a été dur d’apprendre les chansons ? Oh oui. Embarquer dans le tour bus avec les autres ? Non. Ca, ça a été très simple. Mais les répéts, apprendre les morceaux, ppff. Tu sais, il y a encore des chansons que je ne connais pas. Mais comme les autres ne s’en souviennent pas non plus, ça va. J’ai déjà assez de mal à me souvenir de celles que je connais déjà.
Il y a des chansons de cette période que tu ne refuses de jouer aujourd’hui ?
Oh, mais il y a aussi des chansons qu’on a enregistré depuis que je suis dans le groupe et que je ne veux pas jouer non plus. C’est vraiment selon ce qui marche le mieux en concert. C’est très différent du disque. Des fois, on se dit qu’une chanson ne va pas marcher sur scène et on est surpris. On pensait par exemple que Signs of infinite power ne fonctionnerait pas, mais on a essayé quand même. Et les premières fois où on l’a joué, on se regardait genre « wow, les gens semblent vraiment aimer cette chanson ». En plus elle s’est avérée très agréable à jouer. Mais il y en a d’autres qu’on a essayées et qui ne marchaient pas du tout. On avait répété de vieilles chansons pour cette tournée, on les a essayé pendant les balances et … « hein ? C’est quoi ce truc ? Bon, on va jouer autre chose »
Quel serait ton all-star band si tu pouvais choisir un batteur, un bassiste, etc ?
Je jouerais de la batterie. Juste parce que je veux jouer avec les autres gens que je vais choisir hein, pas du tout parce que je me considère comme le meilleur batteur ou quoique ce soit. Alors dans mon all-star band, il y aurait sans doute John Paul Jones. A la guitare, je choisirais sûrement Jimmy Page. Bon, tu vois où je veux en venir hein. Mais je ne crois pas être aussi bon que John Bonham. Pour le reste… Dans ce genre de liste, t’oublies toujours des gens. J’ai un bon paquet de super musiciens en tête. Ca ne veut pas dire que ça fonctionnerait s’ils devaient jouer ensemble par contre. Je peux juste choisir les Descendents du début, et juste les regarder jouer. Le Black Flag du début aussi ou Led Zeppelin. Pour moi ce sont déjà des all-star bands.
Quels sont les plans de Fu Manchu pour 2010 avec ces 20 ans d’existence ? J’ai entendu parler d’un DVD.
Oui, on espère qu’il sortira à la fin de l’année. On espère aussi revenir en Europe pour une tournée des 20 ans du groupe. Des concerts où on jouerait les albums dans leur intégralité. C’est l’idée. On va essayer de commencer ça pendant la tournée US et les festivals cet été, et ensuite on ira jouer dans les villes dans lesquelles on n’est pas souvent allés jouer, comme Berlin ou Oslo. Des endroits qui nous ont pourtant toujours accueillis avec beaucoup de ferveur. Sur cette tournée particulièrement, le public européen a été super. On n’avait jamais eu une réception aussi forte et positive ici. Alors on a vraiment envie de revenir. C’est le plan en tout cas. Donc, le premier soir, on jouera les deux premiers albums en entier, le soir d’après, les deux suivants, et ainsi de suite.
Vous n’étiez pas supposés faire ça, plus ou moins sur cette tournée déjà ?
Non, pas sur cette tournée. On va faire ça après. On doit rentrer et apprendre toutes les chansons. Là, on n’en est pas encore à fêter les 20 ans du groupe, on tourne comme on le fait après chaque sortie d’album. On aura le temps plus tard pour fêter ça avec la tournée dont je viens de te parler et la sortie du DVD. On pourra y trouver des documents filmés qui n’ont jamais été vus nulle part, les clips, des trucs rares, des vidéos qu’on a filmées nous-mêmes sur la route lors des dernières tournées. On n’en est pas là.