lundi 14 février 2011

FOREVER FOR HER (IS OVER FOR ME)

The White Stripes would like to announce that today, February 2nd, 2011, their band has officially ended and will make no further new recordings or perform live.

The reason is not due to artistic differences or lack of wanting to continue, nor any
health issues as both Meg and Jack are feeling fine and in good health. It is for a myriad of reasons, but mostly to preserve What is beautiful and special about the band and have it stay that way.

Both Meg and Jack hope this decision isn’t met with sorrow by their fans but that it is seen as a positive move done out of respect for the art and music that the band has created.

The White Stripes do not belong to Meg and Jack anymore. The White Stripes belong to you now and you can do with it whatever you want. The beauty of art and music is that it can last forever if people want it to. Thank you for sharing this experience.


Sincerely,
Meg and Jack White


(communiqué reproduit partiellement : pour la version intégrale http://whitestripes.com/ )




Après des années loin des White Stripes, je me suis jeté sans explication sur le live sorti l’an dernier « Under Great White Northern Lights ». En plus du live à proprement parler, on trouvait un DVD d’un docu qui relatait la tournée complètement barrée du duo dans le grand nord canadien. Un concert dans une cabane en bois, une visite dans la maison de retraite des indiens… Tout semblait épuré, comme une ultime réconciliation, comme si les disques honnis n’avaient jamais existé. Et puis dans les 5 dernières minutes, il y avait ça :

http://www.youtube.com/watch?v=GiZ68ifob0g&feature=player_embedded

Un adieu officieux à l’oreille des fans avant de le faire ces derniers jours dans la presse. Plus un constat qu’un scoop puisque le groupe n'a rien produit depuis 2007. Les éloges funèbres dans les colonnes ont d’ailleurs été insipides. Je veux dire, citer à longueur d’article « Dead Weather », « the Raconteurs », « Seven Nation Army » !! C'est comme si vous pissiez sur la veuve à un enterrement.

Même la déclinaison de pochettes lançait un message. Des silhouettes creuses sur le décor, comme la persistance rétinienne de quelque chose qui n’est déjà plus là.






On a tous une histoire en commun avec les White Stripes. Le duo nous laissait une place vacante, on se sentait participer. Comme ces principes de composition qui suggèrent qu’il faut alléger une chanson, lui aménager des silences, histoire que l’oreille ne se fatigue pas, et indirectement laisser la place à l’imagination. Comme un bon livre. L’inverse d’un film de James Cameron.




C’est aussi un équilibre périlleux entre l’expression sauvage de Jack et le mutisme de Meg. La batteuse était insaisissable et ça a participé à l’intérêt pour le groupe. C’est sans doute Jack qui la décrivait le mieux dans ma chanson préférée des Stripes, Truth doesn’t Make a Noise :

You try to tell her what to do
and all she does is stare at you
her stare is louder than your voice
because truth doesn't make a noise

Les White Stripes ont suivi chez moi la même courbe que Queens of the Stone Age. J’ai pris le parti d’ignorer la discographie après Elephant, comme je l’avais fait avec QOTSA après Songs for the Deaf. La gangrène du groupe a été Seven Nation Army, le hit interdit comme l’avait été Smells Like Teen Spirit pour Nirvana. Pas forcément un changement sur le fond, simplement un changement de public, des gens attirés par un simple hit. Tu commences à te faire piétiner par des gamines de 14 ans aux concerts. Typiquement le truc qui aliène les fans. Et puis un morceau repris par Audioslave et Ben l’Oncle Soul … remixé pour faire chanter dans les stades comme avait pu l’être « I will survive » … ne peut pas être quelque chose de bénéfique. Jusqu’à présent, on parlait surtout du triton, « l’intervalle du diable », qui était honni par l’église et Tipper Gore. On pourra maintenant exclure chaque note qui fait partie de ce riff. Une certaine idée de la violence.

Quand je parle des White Stripes, il convient donc de préciser que je parle de la formule globale, et de l’avant Seven Nation Army. Un duo minimaliste, avec cette batterie très années 20 assumée, d’un atavisme enfantin qui refuse de progresser même en jouant tous les soirs. Plus qu’une technique ou un discours, ils se sont appropriés le côté organique des Blind Willie McTell, RL Burnside ou Robert Johnson. Ce côté « ma voix cramée et ma guimbarde direct dans le magnéto ». No bullshit. Les riffs d’AC/DC joué par un vieux bluesman aveugle sur une guitare cassée, le tout repris par les Stooges.




La question qu’ont du se poser les White Stripes par deux fois, c’est «comment évoluer quand on est dans une formule si simple ? » La première fois, ils ont essayé d’y répondre en faisant « Icky Thump », avec l’introduction de l’equalizer (cet effet qui fait sonner la guitare comme un gros synthé) et des touches hispanisantes. La seconde fois, ils ont splitté. C’est peut-être la formule qui est morte, plus que le groupe. Continuer ? Pour aller où ? Refaire le même album, encore et encore ? Rincer la même bonne vieille recette ? Quand tout est si épuré, tout mouvement peut s’apparenter à de la complexification et aliéner les trois-quarts du public. Arrêter pour ne pas diluer le message. Ca me paraît correct.




STRIPIPEDIA :

(NdR: Le contenu de cette partie n'est pas de moi, les infos ont été prises sur wikipedia, qui explique bien mieux que je ne l'aurais fait ce point précis)

Derrière le concept simpliste des couleurs se cache un vrai credo.

Les White Stripes jouent sur trois couleurs : le rouge, le noir et le blanc. Leurs pochettes de disques, leurs vêtements, leurs instruments sont tous de ces couleurs. La raison est simple, lorsque l'on naît, on ne peut percevoir toutes les couleurs. Le rouge est la première d'entre elles que l'on perçoit, mis à part le noir et le blanc. Jack White a également expliqué dans une interview que ces couleurs étaient les plus fortes, ayant le plus d'impact au niveau historique. Il cita comme exemple à ce titre le nazisme et le coca cola. Une autre origine du nom « White Stripes » proviendrait d'un bonbon que Meg et Jack auraient très bien connu durant leur enfance, aux rayures rouges et blanches. Enfin, bien sûr, ce trio de couleurs est en lui-même symbole de la simplicité et de la puissance du rock.


Le second album du groupe, intitulé De Stijl a été inspiré par le nom d'un mouvement néerlandais ayant pour principe une purification radicale de l'art, passant par un retour à des formes et à des couleurs basiques, ce qui définit parfaitement le style des White Stripes.

vendredi 11 février 2011

Interview JIM JONES REVUE

Version longue de l'interview publiée dans Abus Dangereux n°116
Photos prises par Louise Dehaye à la Rock School barbey (Bordeaux)




HIGH VOLTAGE
Rock’n’roll baby ! Une réputation forgée à la cire à cheveux, un premier album enregistré à l’ancienne en un claquement de doigts et de la dynamite sur scène. J’aurais des hallucinations, je verrais Doc Emmett Brown à la place de Jim Jones, tant le groupe est une machine à remonter dans le temps.
La guitare hurle hors des baffles, Jim Jones prend une posture de prêcheur 50s et Sam Phillips revient à la vie. Le temps d’un set enfiévré à transformer un indie kid en gonzo du rockabilly, qui nous transporte droit sur la tournée US des pionniers. Jerry Lee Lewis côtoyait Elvis et Little Richard. De la sueur, du sang et des larmes comme disait Churchill. L’interview a la même saveur urgente que leurs concerts. On arrive avec l’image d’un groupe des années 50 old-school et on repart avec des déclarations profondément punk. L’humour anglais certainement.




Vous avez enregistré le premier album en un temps record. Qu’est ce qui a changé quand vous avez enregistré le second ?
Rupert Orton : On adore le premier album. On a réussi à capter l’excitation du groupe sur scène. Ca nous a pris un certain temps pour réaliser que nous avions besoin d’un son live, en fait. Ca semble évident maintenant, mais à l’époque, on a eu une approche traditionnelle du studio. Quand on a obtenu ce son brut du live, on a su que c’était ce qu’on souhaitait. C’était vraiment un son radical. Mais on ne pouvait pas refaire le même album, ce qui était radical à l’origine aurait semblé répétitif.
Jim Jones : Jon Spencer m’a dit «Qu’est ce que vous allez bien pouvoir faire après ça ? »
Rupert Orton : Si tu montes le son, ta sono n’apprécie pas vraiment. Tu peux obtenir une sorte de bruit blanc, ce qui est génial hein, mais ce n’était pas vraiment ce qu’on voulait. On voulait conserver l’excitation et l’énergie. Mais comment est ce qu’on fait ça, en vrai ? Alors, on est allés trouver Jim Sclavunos, qui a produit l’album, et on lui a demandé d’aller vers un son plus défini, pour que tout reste en place quand tu montes le son.
Est-ce qu’on peut voir dans le titre « Burning your house down » la meilleure définition possible pour Jim Jones revue ?
Rupert Orton : C’est ce qu’on essaie de produire en concert. Mais la définition complète du groupe serait plutôt « on brûle la maison du sol au plafond pour construire quelque chose de neuf à la place ». On fait table rase et on repart à zéro.
Pensez-vous que le succès qu’a eu cette musique si directe, avec le premier album, était aussi dû au paysage musical actuel ? On entend pas mal de choses superficielles et pénibles, très marquées années 80.
Rupert Orton : C’était une réaction animale, en fait. Je programmais des concerts, j’ai donc pu voir pas mal de groupes, parmi lesquels se trouvait le groupe de Jim. C’était d’ailleurs un des rares groupes que je ne trouvais pas super chiants à l’époque. On écumait les concerts et on se disait « c’est quoi ces groupes ? Pourquoi il n’y a rien de mieux ? »
Jim Jones : Les gens méritent mieux. Quand ils vont à un concert, ils méritent plus qu’un moment de détente vaguement live. Ils méritent de vivre un moment à part, de se sentir revigorés, faire le plein d’énergie positive pour pouvoir repartir et affronter de plus belle cette putain de vie.
Rupert Orton : Tu viens à un concert de rock’n’roll, tu en repars quand c’est terminé. Tu dois t’être bien marré, t’être senti partie prenante sur le plan émotionnel, tu dois sentir l’excitation t’envahir. Si on peut essayer de se rapprocher de ce genre de choses à nos concerts, c’est réussi. Il y a aussi un élément sexuel. Tu dois repartir en te sentant comme après la nuit de ta vie. Je pense que c’est assez similaire.
Il y a aussi du Stooges dans votre musique. Tout le monde dit que vous faîtes du pur rock’n’roll, mais votre musique a beaucoup de points communs avec le punk.
Jim Jones : Les Stooges ont cette flamme en eux. Ce truc après lequel on court. Comme Little Richard, comme the Birthday Party, AC/DC ou Motörhead.La liste est vraiment longue. Ce sont les groupes qui nous ont inspiré quand on était adolescents. On écoutait ça et on se disait « wow ». Le MC5... Qu’est ce que tu veux rajouter à ça ?




Les gens évoquent souvent un revival quand ils parlent de vos disques, mais ne pensez vous pas plutôt que le groupe est arrivé dans une époque à laquelle il n’appartient pas ?
Rupert Orton : Je ne peux pas penser que nous faisons partie d’un revival de quoique ce soit, vu qu’on n’était pas dans le coin dans les années 50. Comment pourrions-nous faire revivre quelque chose que nous n’avons pas vu vivre ? Ok, il y a des éléments évidents de la musique des années 50 dans ce que nous faisons, mais il y a aussi un paquet d’autres choses. On n’est pas bloqués sur une époque particulière ou sur telle influence. Je comprends pourquoi les gens disent ça, mais ça n’a rien d’un revival. Les paroles de nos chansons parlent de la vie aujourd’hui et pas de la vie d’hier. Je pense même que pas mal de choses dans les années 50 n’étaient pas si cools. Le service militaire obligatoire, le rationnement, le National Front et tous ces gens incroyablement racistes. L’Angleterre avait été défigurée par la guerre et était toujours convalescente. On ne peut pas vraiment idéaliser cette période. Il s’est simplement avéré que ça a été le moment où tous les différents styles de musique se sont mélangés pour créer le rock’n’roll.
Little Richard ou Jerry Lee Lewis?
Rupert Orton : Ils sont tous les deux des symboles. L’un est blanc, l’autre est noir. Voilà pourquoi le rock’n’roll fonctionne. Ces deux mecs ont eu les mêmes influences mais ils sont issus de racines sociales différentes.
Jim Jones : Mais ils ont eu des vies similaires, en même temps. Leurs pères respectifs étaient dans le trafic d’alcool pendant la prohibition. Ils ont tous les deux pris leurs racines dans cette période post-dépression, ont joué de la musique quand tout commençait à prendre forme. Au final, ils choisissent une forme d’expression identique.
Rupert Orton : C’est incroyable, ces mecs, et Chuck Berry aussi, sont encore vivants. Quelques-uns sont morts, mais ce sont des légendes, des pionniers et ils sont encore là. C’est fascinant qu’outre la musique qu’ils jouaient, ils aient eu cette énergie en eux.
C’est bon signe pour vous. Chuck Berry ou Eddie Cochran ?
Rupert Orton : Il est difficile, celui-là. Eddie Cochran était un auteur incroyable, mais on oublie parfois son boulot d’arrangeur et de producteur. J’écoute encore souvent « Summertime Blues ». La production sur ce morceau est un truc de malade. Chuck Berry, lui, est avant tout un sénateur de la guitare. C’était un punk avant l’heure, et en même temps il y a une énorme culture jazz dans ses chansons. Je dirais probablement Chuck Berry parce que je suis guitariste.
Jim Jones : Eddie Cochran.
Jack White ou Jon Spencer ?
Jim Jones : Je vais prendre Jon, tu peux avoir Jack si tu veux.
Rupert Orton : Ca me va. On apprécie vraiment beaucoup Jon, c’est un ami.
Jim Jones : Je l’ai choisi, moi. Je l’aime plus que toi, on dirait.
C’est surprenant, pourquoi as-tu choisi Jack White ?
Rupert Orton : Ah ah, oh non pourquoi moi ? Demande à Jim.
Jon Spencer paraissait être le choix le plus évident.
Rupert Orton : La première fois que j’ai entendu les White Stripes, je me suis dit « il a le truc lui aussi ». Et il a vraiment du talent. Il ne s’est pas contenté de faire un seul bon album. Il en a fait un paquet avec trois groupes différents. La plupart des gens arrivent à un certain point, et ils partent dans un trip mystique ou s’installer sur une île des Caraïbes. Jack continue à créer, lui. Il avait été invité à une émission de radio en Angleterre et le DJ nous adorait. Il a passé notre disque et a dit à Jack : « Ces mecs sont incroyables, tu devrais les faire jouer ». Il a dit ok, et il l’a fait ! Ce n’est pas une chose qui arrive en temps normal. Il nous a fait jouer en première partie de Dead Weather à Londres.
Jim Jones : Selon moi, Jon vient de la même lignée que des gens comme Jerry Lee Lewis ou Elvis avant qu’il ne parte à l’armée. Il a cette flamme. Il était bien vivant et il n’était pas vu comme un écho nostalgique du passé. Sa façon de faire, très punk finalement, a donné à cette musique une réelle crédibilité.
Rupert Orton : Jon Spencer a eu une importance cruciale dans ma vie. Dans les années 90, il a joué avec des mecs comme RL Burnside. Ca a complètement changé ma vision de la musique. Il était le gardien du temple dans ces années là, celui qui a maintenu la flamme.

jeudi 10 février 2011

Almost Famous

Article publié dans Sud-Ouest le 22 janvier


(cliquer sur l'image pour la voir en grand)

Patrick Scarzello m'avait demandé ma sélection Sorties pour cette rubrique. Louise a pris la photo en urgence avant de filer au boulot et c'était assez déstabilisant de devoir sélectionner des disques importants en si peu de temps. Hey, faut pas déconner, je sens bien que s'il y avait une faille, quelqu'un allait garder la photo et la ressortir en temps voulu. C'est un effort instinctif ramène un peu à la réflexion de l'île déserte, et ça m'a permis de gagner du temps si l'appart était en feu un jour. Pour info, le premier que j'avais saisi était "Funhouse" des Stooges.

lundi 24 janvier 2011

I'm Snowblind

ERROR 404 change d'adresse. Checkez le lien ci-dessous.

http://wearealljohndoes.bandcamp.com/releases

Pour fêter le déménagement de la page de mon groupe sur Bandcamp, j'ai posté une nouvelle chanson. On a enregistré ça pour la compil du fanzine PARANOIA, qui ne voulait que des reprises. Je ne dirai jamais à quel point j’aime la culture fanzine. J’écris dans Abus Dangereux, histoire d’allier le geste à la parole.

Vous pouvez charger le fanzine gratuitement ici: http://www.myspace.com/uncommonboyfrommars

Comme ERROR 404 est surtout un groupe de studio et qu’on n’arrive pas à trouver assez de temps pour enregistrer autant qu’il faudrait, c’était cool de devoir enregistrer une reprise. On n’aurait eu l'occasion de le faire sans un prétexte de ce genre.



Difficile pour moi de choisir autre chose qu'une chanson d'Ace vu que je suis fan depuis que je suis un kid. Il était dans Kiss à l’époque, mais les quatre membres du groupe avaient sorti un album solo le même jour en 1978. Celui d’Ace était de l’avis général le meilleur, et ça a du rendre dingues les deux chefs d'entreprises qui sont encore là-dehors aujourd’hui, à dénaturer le mythe originel à coup de ventes de t-shirts et de remplaçants inodores. J’ai promis que je ne parlerais plus du cirque entrevu au Hellfest… Ace Frehley a fait vendre des guitares. Il a pas mal de fans qui ont monté leurs propres groupes, comme Scott Ian d’Anthrax, feu-Dimebag Darrell de Pantera ou Rob Zombie. Les Nashville Pussy avaient fait une cover dézinguée de cette chanson sur l’album « Get Some ». J’avais parlé de Kiss avec Scott Reeder de Fu Manchu et Brant Bjork, lors de leurs interviews respectives. Bon, ça fait un peu « stupid kid » cette liste, mais des mecs comme Trent Reznor (Nine Inch Nails) ou Maynard James Keenan (Tool) sont des fans avérés.



Auto-dérision poussée à l'extrême: j'ai choisi comme visuel la photo du jour où j'ai gagné un concours de déguisement déguisé en Ace Frehley. Je devais avoir 15 ans. La preuve que je suis pas un poser.

samedi 8 janvier 2011

Mon Top 8 albums de 2010

Je balance mon top 8 des disques sortis en 2010. Hey, rien de prophétique là-dedans. Je suis tombé il y a peu sur un carnet où j’avais noté, entre autres monomanies teenager, les disques que j’avais préféré en 1994. C’était un gros bond en arrière et j’avais l’impression de débattre avec mon 18 y-o-self. J’écris donc ce top 8 à mon futur moi de 2026. Juste une borne égotiste dans le temps qui passe.

Ce qui est intéressant, au-delà de mes goûts personnels, c’est de constater que la musique alternative est relancée par le mainstream qui tourne en rond. La musique superficielle 2010 a été un plagiat usé de celle de 2009. Ca rappelle la fin des années 80, et c’est bon pour les vrais groupes qui en général naissent de ce genre de période apathique.


1 // Brant Bjork « Gods and Goddesses »

De l’éloge de la sobriété à travers un rock sec et aride comme son désert natal. Sur scène, minimalisme et altruisme à haut volume. Tous les éléments qui en font peut-être le dernier rempart de la scène originale du Desert Rock. Brant Bjork nous disait en interview qu’il préférerait toujours enregistrer 50 albums moyens que 5 chefs d’œuvre sur lesquels il aurait bossé des mois. C’est un des trucs qui m’a le plus marqué de l’année, comme sa philosophie de « less is more » en général. L’album est raccord. Sûrement la meilleure synthèse de ce qui fait la discographie du Dr Special, avec un bon dosage de tous ses éléments psyché-desert-heavy dans des chansons au format classique. Pas de quoi dire que Brant Bjork est un vendu, quand même, comprenez moi bien, mais de gros tubes comme « the Future rock (we got it ) » et « Somewhere some woman » et des idées simples. En creux, grâce à Brant, on voit que Josh Homme est bien parti en vrille.



2 // The Sword « Warp Riders » (Kemado)

Clairement l’album que j’ai le plus écouté cette année. J’avais honteusement découvert the Sword grâce à ma passion geek pour Guitar Hero. J’aimais bien, mais rien de fusionnel jusqu’à cet album. Il m’a même appris à mieux apprécier les autres disques. Qualité rare. Un hommage vivant aux années 70 mais avec un chant sec et minimaliste. La prod y fait beaucoup : c’est puissant et ça reste excitant à la 20e écoute.



3 // High on Fire « Snakes for the Divine » (E1 Records)

J’admire la créativité de cet album. Très addictif car très riche. Matt Pike, le guitariste de feu-Sleep à la voix de Lemmy, signe le meilleur album du groupe. Histoire de varier et parce qu’il en parle mieux que je ne l’aurais fait, je mets en copie la chronique qu’en avait fait mon pote Pierrot de l’Heretic.

HIGH ON FIRE «Snakes for the Divine»

Merci Seigneur.
Merci pour ce cinquième album bien meilleur que son grand frère «Death is this communion». Merci pour l'apport du fantastique bassiste de ZEKE, Jeff Matz, qui apporte un groove du tonnerre. Merci à la nouvelle production meilleure que celle de Relapse qui rend plus la voix de Matt Pike plus grasse que celle de Lemmy mangeant du saindoux. Gloire à Toi de permettre une telle tribalité et une telle habileté musicale diabolique dans les compositions de «Snakes For The Divine», «Frost Hammer» (quel refrain, mes aïeux, quel refrain), «Bastard Samurai» et «Fire, Blood and Plague». Pardonne à ces malheureux d'avoir lorgné sur les riffs de MASTODON un court instant, ils en reviennent derechef, et Te rendent hommage avec «How Dark We Pray» au milieu de la poussière et de la désolation. Honneur Te soit rendu d'avoir autorisé un si mauvais goût de layout (un dessin hyper classe de gorgone enveloppée de serpents, le corps et le regard tournés vers une lumière plus que malsaine, excusez du peu). Je m'incline devant Ta mansuétude, Ô Toi le Grand Cornu.
(PMA)



4 // Karma to Burn « Appalachian Incantation » (Napalm Records)

En plus de trouver cet album incroyable, j’ai eu la chance de les voir et les interviewer à Périgueux le 5 novembre. Voilà ce que j’ai écrit dans le ‘live report’ pour Abus Dangereux.

Depuis le dernier album « Appalachian Incantation », le groupe s’est étoffé avec Daniel Davies, le chanteur/guitariste de Year Long Disaster. Un apport considérable qui semble séréniser tout le monde. On sent que Will Mecum notamment n’est pas mécontent qu’un mec soit content de solliciter l’attention sur scène. Sur disque, le groupe nomme ses morceaux comme d’autres des chambres d’hôtels (42 est le 2e morceau du 4e album). Sur scène, pas un mot. Le package pourrait sembler austère et pourtant on entre dans une communion enamourée à la première note. Un stoner puissant, accrocheur et qui provoque immédiatement une réaction épidermique. Plus qu’une claque, un bouton ‘reset’, comme si on se départissait du côté blasé et qu’on n’avait jamais vu de concert avant. Science du riff et efficacité optimale tout le long. Pas de longueur ou de fioriture. Du point A au point B. Une deuxième chance inespérée pour ce groupe crucial de deux mouvements jugés futiles, le stoner et l’instrumental. « Now » inscrit sur la batterie de Rob Oswald résume bien à la fois la meilleure façon de vivre ce concert, et la façon qu’a le groupe de l’appréhender lui-même. Le gang a choisi d’exorciser les vieux démons à même la scène. Comme un four qu’on aurait chargé de bois toute la journée cracherait des flammes incontrôlables dès qu’on ouvrirait la porte. C’est sûrement l’alchimie la plus improbable de la musique actuelle, avec la reformation de Take That. Une force centralisée incroyable, bien plus forte que l’ensemble de ses parties. En plus de ça, les nouveaux morceaux (« 41 » et « Waiting for the western world » notamment) empêchent de sombrer dans le passéisme du « c’était mieux avant ».



5 // Valient Thorr « Stranger » (Volcom Entertainment)

D’album en album, Valient Thorr s’affirme toujours plus comme le meilleur remplaçant de feu-Turbonegro. Ou comme des Ramones éduqués, c’est selon. « Stranger », le cinquième album, continue sur la voie du gros son entendu sur Immortalizer (2008). On retrouve aux manettes le producteur Jack Endino (Nirvana, Mudhoney, Zeke, High On Fire). Pour les gens assez vieux pour avoir vécu le grunge, l’association parait tomber sous le sens. De gros riffs rapides et percutants, une chiée d’événements à la seconde. On a un peu la même impression qu’à la lecture du Las Vegas Parano de Hunter S. Thompson. On est pris dès la première seconde dans un engrenage dont on ne maîtrise rien, et on ne réussit à s’en sortir qu’à la fin, sans être vraiment acteur de quoique ce soit. On est esquintés, encore fumants, mais on fait le tour et on repart au début. L’ensemble est faussement bas du front et se révèle très malin et ironico-nerd. C’est un peu « Freaks » filmé par les Stooges. Le lien entre Anthrax et Mudhoney quoi.




6 // Danzig « Deth Red Sabaoth » (Evilive records)

Aaaah, Glenn Danzig… j’en ai longuement parlé ici >> http://drinkboozethinkloose.blogspot.com/2010/09/danzig-deth-red-sabaoth.html, donc je ne vais pas en remettre une tartine. Ce que j’apprécie chez le gars, c’est le côté seul contre le monde entier. Intègre jusqu’à l’absurde. Jamais il n’a dévié de son objectif. La fois où il s’est le plus rapproché des spotlights, c’est quand il a écrit une chanson pour Johnny Cash. La classe selon un certain angle.



7 // 80s matchbox B-Line Disaster « Blood & Fire » (Black Records)

« Blood & Fire » est le testament d’un groupe qui n’a jamais triché. Une merveille de groupe marginal, très punk dans l’esprit. Très proche de la phrase de Neil Young « It's better to burn out than to fade away » jusqu’au bout puisque le groupe a splitté en fin d’année. Sans en faire des tonnes, ils l’ont juste fait. De « Hörse of the Dög » à « Blood & Fire » la groupe a gardé le cap : un peu post-punk, un peu psychobilly, un peu garage et donc inévitablement un peu Cramps. Forcément foutraque. Le tout joué avec l’urgence d’un éphémère qui ne verra jamais le matin. Le producteur Chris Goss avait étonnamment dit qu’il s’agissait du meilleur groupe avec lequel il avait travaillé (pour ceux qui ne connaissent pas Goss, et histoire de ne pas faire tout le boulot, je vous laisse le wikipédier). Le groupe avait en tout cas ce côté fédérateur à la Motörhead car ni les punks ni les métalleux ni les rockeurs ni les garageux ne pouvaient leur cracher dessus. Rest in Peace.




8 // Helmet « Seeing Eye Dog » (Work song inc.)

Ah le bon parfum des college radios US des années 90 ! Helmet revient avec le seul Page Hamilton aux commandes. « Seeing Eye Dog » est comparable à « Betty » sur la forme, avec ses plages contemplatives au milieu, et à « Aftertaste » sur le fonds. Gros son, production compacte et claustrophobe. Niveau chansons, « LA water », « Miserable » ou « Welcome to Algiers » tiennent l’album, quand « In person » évoque une réflexion paradoxale. Le métal alternatif, dont Helmet a été l’un des plus dignes représentants, a été exploité dans tous les sens par Dave Grohl qui l’a diffusé poliment dans les albums successifs de son groupe. Et … on a l’impression d’entendre les Foo Fighters sur ce morceau. Un tour de force dans l’inversion des données. Pour le reste, les assauts radicaux estampillés Helmet évitent la facilité. On peut toujours débattre du fait que c’était mieux avec Bogdan et Stanier. Hamilton a inventé un style, une équation inoxydable. C’est le McCartney du hardcore. Une intégrité qui ne connaît aucune érosion. Culte comme s’il était mort, méconnu comme s’il n’était jamais né.

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Bonus // Gwar « Bloody Pit of Horror » (Metal Blade Rds)

On est ok, cet album est mauvais. Mais voir que Gwar est encore en vie en 2010, ça force le respect. Comment peut-on concrètement amener un groupe avec des gros masques en latex d’aliens à travers trois décennies ? Beavis and Butthead seraient vraiment fiers s’ils étaient encore en vie.


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Albums qui n’ont pas fait le cut par pure modération : the Melvins « the Bride Screamed Murder », Fu Manchu « California Crossing démos », the Black Angels « Phosphene Dreams », Year Long Disaster « Black Magic : All Mysteries Revealed », the Black Keys « Brothers », Grinderman « Grinderman 2 », Electric Wizard « Black Masses », the Fall « Your Future Our Clutter », Year of No Light "Ausserwelt"

vendredi 29 octobre 2010

Home made

Avec Louise, on a créé le groupe SILLY WALKS (oui, d'après ce terrible sketch des Monty Python). Plutôt ludique, pas de projet carriériste dans le sillage du succès de She & Him et Isobel Campbell et Mark Lanegan. Le concept du jour était d'enregistrer la même chanson, mais chacun dans sa propre version.


jeudi 21 octobre 2010

Tiens, une autre étiquette musicale a changé de job …

Ces derniers temps, on peut constater un amalgame entre le stoner et ses parents, le métal 70s et le psych-rock. Les derniers qui y avaient échappé étaient les Black Angels... depuis, c'est le foin.

On a réagi à l'écoute de Tweak Bird l'autre jour à Total Heaven. Ces gars sont présentés comme un groupe de stoner. En bons amateurs du genre, on déplorait la glissade. Les groupes veulent faire du stoner clean, sans bien avoir appréhendé d'où tout ce bordel venait. Les par ailleurs très bons bordelais de Mars Red Sky se sont vus coller une étiquette stoner alors qu'aucun d'entre eux n'en a jamais écouté. Après l'examen de la platine, il s'avère que le groupe fait du psych rock avec un chant pop. La critique est formelle, bien sûr. Il ne s’agit pas de critiquer les groupes, mais leur labellisation. Si on vous vend du « beurre » et qu’arrivé à la maison, vous vous retrouvez avec du savon, vous allez l’avoir de travers. En plus d’un goût ambigu dans la bouche.




Led Zep était passé d’une étiquette hard rock à simplement rock, et le groupe est aujourd’hui considéré comme du classic rock. Un decrescendo (euphémisme) dans la virulence perçue alors que les chansons n’ont pas bougé depuis leur enregistrement. Mais l’opération s’est faite par l’érosion du temps, pas par amalgame. C’est bien là qu’est le problème.




Par facilité, dès que la chanson descend en dessous de 100 bpm et qu'il y a une note de basse, les gens appellent maintenant ça « stoner ». J'ai eu ce genre de problème à la radio. Les gens assimilent ce que tu passes à « du stoner » - au passage ils te collent une image de bas du front assez étrange - et tous les morceaux que tu vas passer après sera « du stoner » ... Black Keys, Radio Moscow, the Sword, les Datsuns, Danzig, Mudhoney... stoner et encore stoner ... !? Le terme stoner commence à être dévoyé: dès qu'on entend de la basse ou un arrangement qui sonne lourd, "stoner". Je pense aussi que c’est pour ça que la scène originelle préfère le terme « Desert rock » maintenant.


C'est vraiment autre chose que ça. La psyché sonne stoner car il y a beaucoup d'inspiration psyché dans le stoner. Notamment les jams. Je pense justement que le stoner doit rester un mouvement mineur orchestré par des slackers altruistes et modestes. Pas une multi référence mal renseignée. Si ça arrive, c'est aussi parce que les groupes stoner imposent un nouveau standard aux groupes plus ou moins metal, qui ne peuvent plus se permettre d'être moins "heavy" que ces branleurs du désert/ skaters californiens.

(oui, les répétitions du terme sont voulues. Cest une mise en abyme de ce que je dénonce. Orson Welles-ien, non ?)




Il y a bien sûr du crossover. Nebula, par exemple, injecte une bonne dose de psyché dans sa musique, et n’est pas traumatisé par des morceaux étirés par des impros et une voix gorgée de reverb. Fu Manchu de son côté est plus influencé hardcore et refile des morceaux de durée standard et un chant sec. Le stoner n’obéit pas à une recette unique, un peu comme le punk new yorkais 70s. Le problème actuel est que tout ce qui se trouve dans le spectre psyché / power metal (c'est ... large, quand même), les gens le résument depuis 2 mois à "stoner". Ca m'incommode. Notamment de la part de gens qui viennent de la pop, et que leur avis soit déversé au bistro ou dans les colonnes de la presse. C’est un phénomène que l'on observe depuis quelques temps. Ce qui est étrange, c'est que les gens appellent aussi bien "stoner" les Black Angels ou the Sword. Gasp ! Un amalgame aussi ahurissant n'avait pas été fait depuis le grunge... Stone Temple Pilots, du grunge ? Tu dois sacrément te foutre de ma gueule, là.





On va appeler ça flux et reflux, mépris d'un côté, hype de l'autre, sans aucune séparation, laissé à l'arbitraire du mal informé... à l’avis du gars pas forcément intéressé, surtout. Un mouvement né dans la crasse et jugé dans les Inrocks, en somme.

Le révélateur est en fait assez rapide, il suffit de lire ou d'écouter les influences des gars: si apparaissent QOTSA / Black Sabbath au milieu de trucs improbables, c'est du fake. Josh Homme, en partant de Kyuss, a fait trois albums stoner en y amenant la digression d’un chant déviant. Mais QOTSA est connu par le mainstream depuis qu'il a abandonné toute vélléité lourde. Les vrais groupes stoner sont restés dans l'ombre, ces mecs ont un boulot à côté et un altruisme plein d'humilité. Un sous-genre Mexicano/white trash. Les guitares aux tonalités basses, les boucles hypnotiques, le tempo lourd, la batterie étonnamment très tonique, le minimalisme ambiant, des mecs qui n’ont pas le moindre plan de carrière et une grosse base du rock 70s. Ca, c’est du stoner™.



Le pire, c'est que le stoner, ce mouvement paria, plus indé que le mouvement le plus indé vu que son côté instinctif est méprisé par les bien pensants, parti du désert californien, va finir par devenir hype...