dimanche 17 juillet 2011

Go to Heaven for the climate, Hell for the company


Dans un festival, les gens ont deux avis : « c’est le meilleur groupe du monde » et « c’est quoi cette merde ? ». Saint Gutenberg a inventé le rock critic pour détailler un minimum cette bipolarité.

Chronique du Hellfest 2011 // 17,18 et 19 juin 2011
La citation du titre est de Mark Twain. Les photos live de Louise Dehaye


Un parfait résumé des 3 jours


Dans le temple temporaire du cuir et des clous, il faut se faire une place. Alors dès notre arrivée le jeudi soir, on se mêle à la denim mafia du Metal Corner où la Turbojugend Saboteurs (Nantes) déballe un mélange de whisky tiède et de reprises de Turbonegro. Put your denim on and stay free, turbodüdes.



Vendredi 17 // day # 1
Pour moi, le Hellfest a commencé dans le salon d’attente de l’hôtel Mercure. Metal is Dead. A l’heure où Valient Thorr essayait de détruire consciencieusement les installations du festival, j’attendais Mike Watt à Nantes-centre.



Back to Hellfest, il pleut comme dans la vision mentale que je me suis toujours fait de Reading ’91. Mais dans les faits, il doit beaucoup moins pleuvoir puisque personne n’a balancé de boue sur la scène.
Encore aujourd’hui, on note un rassemblement irrationnel de Turbojugend le jour-même où on apprend que TRBNGR se relance avec l’anglais Tony Sylvester au micro. Rarement un groupe aura été aussi présent sur un festival sans avoir fait le déplacement, uh. On peut toujours maugréer et dire que les changements de chanteurs ne sont jamais bon signe, mais il y a la jurisprudence Brian Johnson dans AC/DC. Et il vaut mieux avoir un anglais moustachu qu’un scientologue jury de la Nouvelle Star norvégienne, avec tout le respect que je dois à Hank von Helvete.


Phil Anselmo fait vider le coin presse pour … passer et rejoindre le studio radio de OUI FM.
J’ai participé avec Will, mon collègue de Campus Bordeaux à une émission de radio en direct du coin presse, le United Metal Radio Show qui rassemblait pas mal d'émissions différentes. En ce qui nous concerne, pas mal de dérision et du recul sur le métal, ce qu’on fait toute l’année dans Going Underground. Je pense que tu peux établir des ponts, parler de tout à tout le monde sans remettre en cause ton intégrité. Le métal a été l’éponge de tous les a priori mondiaux depuis 40 ans (de Tipper Gore à Christine Boutin en passant par ta voisine qui a un poster de U2), ce n’est pas la peine d’encourager la tendance. Cette émission était l’occasion de donner une autre image, plus fidèle à ce qu’est réellement le Hellfest.
J’ai toujours un mouvement de recul quand il est question de collaborer avec des fans de métal. Ce n’est pas de la gentrification, j’ai ce sentiment depuis mes 14 ans. Le métal draine (comme tous les styles) beaucoup de premier degré, un manque d’ouverture aussi. J’ai toujours prôné la dérision et ce n’est pas parce que j’adore Gwar que je pense que Philip Glass est un salopard de binocleux. J’ai une affection démesurée pour Manowar mais ça ne m’empêche pas de penser que ce sont des nœuds. A l’antenne, on a évoqué l’aspect nerd du truc. J’ai aussi dit que Phil Anselmo aurait du mourir à la place de Dimebag Darrell et j’en ai fait des tonnes sur ce trou du fion de Yngwie Malmsteen. Les regards d’incompréhension étaient poignants. « Quoi, qu’est ce qu’il a Yngwie ? »
Il faut prendre le temps de faire un hug viril à Zak (Campus Dijon) pour avoir coordonné le projet, à François pour avoir été le troisième membre de notre équipe compliquée à suivre et au gars dont j’ai paumé le prénom qui a été terrible à la fois au niveau de la technique et de la gestion humaine. Une expérience appréciable. Howdy oh!


radio w/ Valient Himself


Cet intégrisme était davantage perceptible chez les blogueurs venus en meute. Un kid habillé chez Goéland m’a sorti des noms que j’ai découvert au fur et à mesure de leur élocution et m’a demandé avec un dédain intergalactique : « hey mais t’es sûr que t’aimes le métal ? ». Dude, j’étais en train de chercher la signature de Derek Riggs sur la pochette de Powerslave quand tu es né. Moi les mecs, j’écoutais le heavy metal old school, celui vénéré par Beavis & Butt-head. J’ai arrêté d’écouter les nouveautés quand Korn est arrivé, j’ai pas aimé le black album de Metallica, je n’ai écouté Pantera que d’un air distrait, je trouvais le metal fusion complètement ridicule … ma vision du métal est un perfecto noyé dans le formol.
Benjamin Barbaud (organisateur du festival) a d’ailleurs annoncé qu’avec l’agrandissement du site l’an prochain, deux nouvelles scènes apparaîtront : une hardcore et l’autre dédiée au punk. Ca compensera la disparition progressive des grands noms du heavy metal et appuiera aussi la scène stoner/indé de la Terrorizer tent, un peu esseulée.
Retour à trois pour Karma to Burn et donc à un set instrumental. Daniel Davies n’est pas là et la même semaine, Year Long Disaster est déclaré en « hiatus indéfini » sur la page Facebook du groupe. Très bon concert mais un problème de rendu. Le technicien de Monster Magnet a apparemment été réquisitionné au dernier moment pour s’occuper du son et je mettrais bien un billet sur la probabilité qu’il soit batteur. Rob Oswald a en effet un son incroyable pendant que Rich et Will se battent au milieu des fréquences nécrosées. La fin des chansons notamment est un beau merdier où on a du mal à détecter de quoi il s’agit. Super concert malgré tout, et ça c’est une performance. Sans aucun signe d’agacement en plus, ça montre à qui on s’adresse.
On passe devant Down pour Pepper Keenan, à qui on ne pourra jamais reprocher une implication totale. J’aurais hélas l’occasion de revenir sur Phil bullshit Anselmo plus tard.
J’adore voir Iggy and the Stooges car ça relance le débat du nom, c’est imparable à chaque fois. Certains diront encore qu’ils ont vu Iggy Pop, c’est pas grave. On dit donc « the Stooges » pour la période Ron Asheton à la guitare, son frère Scott à la batterie et un bassiste – que ce soit Dave Alexander ou Mike Watt. « Iggy and the Stooges » est utilisé pour la période trouble où James Williamson est à la guitare et où les frères Asheton sont rappelés au dernier moment pour constituer la section rythmique. Humiliant mais néanmoins efficace : toute l’histoire de Detroit.
Ron Asheton est mort l’an dernier et le set est une large revue de l’ère Williamson (l’album Raw Power), avec l’ajout de concessions « festival » comme I wanna be your dog. Je ne sais pas si c’est du à la pluie ou à mon état d’esprit de fin de journée mais le groupe renvoie une image de rock gériatrique un peu à côté de ses pompes et collant à une image Rock’n’Roll of Fame très fidèle à l’establishment, alors que j’avais trouvé les concerts avec Ron Asheton authentiquement dangereux. Williamson est un guitariste plus métal, pas mal de soli et des réflexes heavy, donc ça colle mieux au Hellfest que le minimaliste jeu tronçonneuse de feu Ronnie. Mais pour ceux qui ont une jambe de chaque côté du Styx metal/punk, j’ai envie de dire un définitif « pas photo ».
J’ai assisté de loin à Clutch. Beaucoup ont dit que c’était le concert du festival mais je n’aime pas assez pour m’en rendre compte. Le peuple s’est exprimé, faisons lui confiance.



Pour moi par contre, le set qui méritait ce titre honorifique bien que subjectif était celui des Melvins. Un concert extraordinaire. Les rythmes des deux batteries qui portaient de grandes divagations avec le début d’une chanson, la fin d’une autre. Même les gens qui n’ont jamais pensé à mettre les mains sur un instrument repartent en se disant qu’ils ont reçu une grosse leçon de musique, mais sans démonstration ni parasite onaniste.



Une reprise de Ballad of Dwight Fry d’Alice Cooper, le chef d’œuvre ignoré de la première période d’Alice Cooper (quand le groupe se tirait la bourre avec Bowie). Bon, le show était pendant la tranche exacte de Rob Zombie, too bad. Après le choc, on décrète qu’on ne pourra rien voir qui dépasse le truc et on rentre sans voir Monster Magnet.
Le fil rouge, c’est que Phil Anselmo est un trou du cul considérable. Philou est sur le côté de la scène pendant tout le set, littéralement à la tête d’une meute VIP. On dirait que c’est lui la star du créneau horaire. Il gesticule, donne des consignes gestuelles au mec du son, commente chaque putain de seconde du concert des Melvins. Il attribue un bon point en pointant du doigt Dale Crover après un bon passage. Il se prend la tête entre les mains, il se retourne vers les VIP en alternant les attitudes « oh mais c’est brillant », « incroyable », la joue avec la sobriété d’un Tom Cruise dans Cocktail et la grande tradition US du « c’est le meilleur concert de l’histoire de notre planète, regardez comme je suis conscient du truc ». Ce qui n’arrange rien, il a la tête de ce gars qui s’est fait virer du collège en 4e. A la fin du concert, Buzz s’en va et laisse les autres dans un chaos qui ne semble pas les dépasser. Dale se lève et va colporter son torrent manuel dans le micro laissé vacant. Phil se rue sur la deuxième batterie et … tape un bœuf avec Coady Willis, le second batteur. Ce mec a vraiment du respect. Il devrait s’agiter pareil pendant Ozzy Osbourne et j’espère qu’il s’incrustera pour jouer de la flûte avec Judas Priest.

Samedi 18 // day # 2
Grande malédiction toujours en cours à l’heure où j’écris, Municipal Waste. Pour rappel, l’an dernier, on patientait gentiment à Bruxelles quand j’ai reçu ce mail :
Re: Interview Municipal Waste - Brussels
Vendredi 23 juillet 2010 17h14
De: "Talita"

À: "Arnaud d'Armagnac"

Tour is cancelled.

Cette fois ci, il s’est avéré que dans le jour le plus pauvre (euphémisme courtois) en programmation du festival, on a animé notre tranche radio pile pendant le set du seul groupe que je voulais voir. Une histoire tellement absurde que ça en devient ma propre épopée Monty Python. Ca va presqu’être triste quand je vais finalement les voir.



J’avais essayé de rattraper le coup en leur posant enfin les questions qui moisissent dans mon bureau à peu près depuis que Scott Ian s’est rasé la tête, mais encore une fois un échange 2.0 a garni ma collection.
Hi Arnaud,

This is Dieter from 16/17 management. We represent Municipal Waste. I want to thank you for your interest, but we are not ready to do interviews right now. The band is currently working on new material and will have a new album out next year and we would love to do something with you in that time frame Please keep my contact info and I will keep yours and hopefully we can work something out in the future. Once again thank you for your interest in Municipal Waste.

Best Regards,

Dieter

Anyway, j’ai topé Ryan Waste dans le coin presse pour une photo névrose.



« Time flies when having fun » dit le chanteur de Hammerfall. Bordel, ce concert a duré trois décennies.
Ils ont fini sur ce monument de stupid rock qu’est « Hearts on Fire », même si je n’arrive toujours pas à comprendre la vidéo de crypto-curling qui accompagnait la chanson // Voir la vidéo.
Apocalyptica est aussi crédible qu’un groupe qui joue du violoncelle sur fond de double grosse caisse peut l’être. Un peu comme si cet horrible disque de Metallica avec un orchestre symphonique avait été une révélation pour une partie obscure de la planète. L’idée avait été lancée en 1969 par Deep Purple et tout le monde s’était accordé depuis pour dire que c’était une sacrée connerie pompeuse. Mais bon, ils ont aussi osé sortir un album à la pochette entièrement noire neuf ans après que ça ait été la blague ultime dans Spinal Tap.




Et puis bon, comment on peut décemment headbanger quand on a un violoncelle dans les mains ? Vivement que quelqu’un ait une idée bien pire pour sauver l’image des gars.
La scène ROCK HARD me fait vieillir d’année en année. Total Fucking Destruction. Severe Torture. Septic Flesh. Last Days of Humanity. Exhumed … Chaque fois que je passe devant, je me transforme en … oh gosh … adulte. « Non mais tout se ressemble » bla bla « c’est inécoutable » bla bla « dans les années 80, … » bla bla. Le métal est comme une poupée gigogne, toujours une plus petite subdivision dans la plus petites des divisions. Ca ferait marrer les gens qui pensent toujours que Led Zeppelin fait du hard rock.
Scorpions manquait de volume sonore, de façon étrange et rédhibitoire. Le rappel avec Still Loving You et Rock You like a Hurricane réveille quand même le joueur de Guitar Hero qui sommeille en chaque metalhead.
Viennent ensuite ces dix minutes en fin de soirée. Deux événements quasi-simultanés, une coïncidence. Le Hellfest rend hommage à Patrick Roy sur écran géant, feu d’artifice et For Those About to Rock d’AC/DC. Le public reste cérémonieusement en place. Emotion sincère et applaudissements nourris. Puis les Bad Brains chantent « Jah Love » sur un reggae down tempo. Rien ne sera plus jamais pareil à Clisson.
Des Bad Brains d’ailleurs terriblement mauvais. Une voix qui se délite chanson après chanson. Les gens qui vous diront être restés jusqu’à la fin vous racontent des gros bobards. On aurait dit l’Arche de Noé. « Run for your lives » chantait Bruce Dickinson. Loin de ce que le groupe a représenté, et donc d’une profonde tristesse.
Dimanche 19 // day # 3
Encore une bizarrerie de la prog, Red Fang ouvre le bal à l’heure de Téléfoot (j’aurais du dire « le jour du seigneur » mais on est au Hellfest et on sacrifie des poulets à longueur de journée). Les gars jouent comme s’ils tyrannisaient le garage de leurs parents. Ca sent la crasse et le parasite. Le soundier peut aller prendre son café, le son est brut et massif. PIM PAM POUM KERRAAAAANG. Le Tyson vs. Tavarese du rock (je vous épargne un Wiki : Mike Tyson avait gagné par KO à la 38e seconde). « Human Remains » et « Prehistoric Dog » devraient être classés patrimoine historique dans la communauté redneck.




A la base, j’aime bien Duff McKagan. Le fait qu’il soit fan de punk old-school (Fear, Misfits, Dead Boys), c’était la caution crédibilité underground de Guns’N Roses. Je dois même dire de façon honteuse mais reconnaissante que c’est grâce à lui si j’ai connu ces groupes. Mais bon, blondin est touché par le syndrome des mecs 80s augmenté du malus Los Angeles. Un show énergique mais un peu fake. Sa reprise de « Attitude » est un crime. C’est une faute de faire durer une chanson punk très courte à l’origine, en profiter pour présenter le groupe et faire chanter la foule sur des paroles qui disent :
I can't believe what you say to me
You got some attitude
Inside your feeble brain
There's probably a whore
C’est quand même la connerie d’un mec qui s’est écarté de son propos d’origine tout en gardant ses repères adolescents. Un décalage existentiel, vraiment.
Une meuf avec un t-shirt Misfits ne relève même pas la tête pour la reprise. C’est le gros problème avec les fake t-shirts. Mais le truc remonte aux Ramones version Zadig & Voltaire hein.
A trois minutes et 200 mètres d’intervalle, Anathema et Grand Magus ouvrent leur show avec une chanson de Morricone, comme l’avait fait avant eux Metallica avec « Ecstasy of Gold ». Ce qui fait d’Ennio le nouveau Wagner dans le monde du métal.
Le show de Grand Magus était une pub de 40 minutes pour la double-pédale avec un chanteur essayant de rendre hommage à Eric Adams de Manowar. Un mélange si fascinant que je suis allé manger une crêpe.



Mr Big est un « supergroupe » des 90s avec un postulat de départ biaisé : des musiciens de studio virtuoses décident de fonder une coopérative des parts d’ombre pour s’acheter de la lumière. Entre les lignes, les tripoteurs de manche technico-chiants qui faisaient ce qu’on leur disait. Les gars ont commencé à écrire des chansons et on a pu scientifiquement prouver que la virtuosité n’était pas transmissible. Le groupe a donc cartonné avec une reprise de Cat Stevens … Bon, ça sonne un peu comme une blague entre nerds au Comic-Con mais apposée au heavy metal. Ah, et aussi une ballade en quatre accords sur guitare folk, « To be with you ». Tout ça pour ça, dudes.
Pendant ce temps, Goatsnake assène un concert locomotive avec un groove qui ne s’arrête jamais, une grosse machine à headbanger. Du stoner version Sabbath avec la batterie très au fond du temps. Je préfère le Desert Rock qui colle une batterie très dynamique sur un tempo lourd mais c’est ok. Ca doit aussi sonner comme un mix efficace de Black Sabbath et de rock 70s puisque pas mal de quinqua se mélangent aux indie boys sous la tente.
Judas Priest a été le choc de ce festival pour moi. Pour la prestation un peu, loin du cliché papy-rock qui vient cachetonner – le groupe tient la route comme n’importe quel groupe encore en vraie activité – mais surtout pour cet effet rare que le concert a produit. Je n’ai pas écouté beaucoup Judas Priest depuis la sortie de Painkiller en 1991. J’étais au collège et un pote à moi était très fan. On a donc écouté ce disque pendant bien un an après sa sortie, jusqu’à ce que Nevermind le remplace et m’aide à sortir du métal monomaniaque. Depuis, je ne me souviens pas avoir re-écouté un autre morceau que Breaking the Law, qui me ramenait davantage à Beavis et Butt-head qu’à Judas priest d’ailleurs. Bref, j’ai été frappé d’un de ces moments Back to the Future où il y a cette ferveur inattaquable qu’on ne ressent qu’entre son 14e anniversaire et la bise à une fille. Depuis mon retour, je me suis replongé dans le truc à temps plein et je ne veux pas m’enfoncer dans la description car ça m’a donné envie de faire un papier consacré. Ce groupe vaut plus que les clichés dans lesquels on l’a enfermé. Un concert incroyable anyway. De vrais refourgueurs de air guitar.




Des extraits de B-movies à la vixens diffusés en fond, une épaisse fumée, un contre-jour qui ne laisse deviner que des silhouettes, des brouettes de reverb dans la voix : the band who wasn’t there. Electric Wizard n’en fait pas des tonnes. Aucun éclairage sur le groupe, ce qui en fait le groupe anti-Pitchfork par excellence. On dirait un cauchemar à la Lynch, une plante vénéneuse qui t’endolorit avant de te cueillir. C’est tellement psyché que Black Masses devrait être rangé à côté de la méthadone. Le « Enter the void » de ta hifi.
Ozzy a une immense qualité : il a été le chanteur de Black Sabbath. Ozzy a un immense défaut : il a donné aux gens ce qu’ils souhaitaient recevoir. Comme Kiss l’an dernier, c’est super de pouvoir dire « hey, j’ai vu Ozzy Osbourne les mecs » mais sur le moment, t’es surtout en face d’un mec un peu largué qui a besoin que ses musiciens fassent 20 mn de solo au milieu du set pour gober de l’oxygène. Tu vois quand tu ne veux pas aller voir ta vieille mamie à l’hôpital pour n’avoir que le souvenir d’elle en pleine forme ? Beh voilà, ce n’est pas l’image que je veux garder d’Ozzy.
Il y a ce mec omniprésent au coin VIP, un journaliste péroxydé de la presse hype, accompagné par des posers qui regardent les gens comme des candidats de l’Amour est dans le Pré ou de vieux épisodes de Strip-Tease. Il porte un chapeau de paille, des bagouzes cheap et a un look hipster qui sonne aussi juste ici qu’Hitler en visite à Jérusalem. Le gars nous montre sa chemise à fleurs très tendance à la sortie des Beaux Arts et nous dit : « j’ai fait un look 1995. Enfin j’ai essayé. »
Qu’est-ce qu’il s’est putain de passé en 1995 mec ? A part la Brit Pop. Le temps qu’on réagisse, il était parti. Et vivant.



Un an après la reformation surprise au même endroit, Kyuss Lives. The place to be for hipsters, de façon assez décevante. L’an dernier, on devait être 300 sous la même tente. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai du épeler le nom et la majorité des gens disent encore /qiousse/ voire /qiusse/ . C’est vrai, c’est réaliste les mecs, un groupe américain de gros durs vaguement redneck qui choisit de se nommer qiousse. On se noie maintenant sous un flot de superlatifs. C’est le groupe préféré de tous et même MGMT sera bientôt labellisé ‘stoner’. Le public du Krakatoa cinq jours plus tard était bien plus authentique. Super setlist par contre, et notamment la killer-intro : Gardenia / Hurricane / Thumb / One Inch Man. Oh Gosh !!
Encore une édition très cool avant de grossir l’an prochain. De plus en plus d’étrangers et d’après les interviews, un festival qui compte pour les groupes. Long live to Hellfest !

lundi 11 juillet 2011

Gene Simmons = evil

Gene Simmons est le bassiste de KISS, mon groupe préféré quand j'étais un teenager. Il cristallise tout ce qui est moche sous le make-up depuis 1978 et les derniers bons albums: appât du gain, copie des modes successives, TV réalité et délires people. Je ne vais pas me répéter, j'avais parlé de son livre ici.


Duel de génération heavy metal sur Facebook, donc, quand Thomas me dit ... à MOI ! ... que Gene Simmons est une légende. C'est un peu comme dire dans la salle d'attente de la CAF que Laurent Wauquiez est un chic type.

***


‎"Gene Simmons n'est pas une légende c'est juste un mec comme toi,moi et Corey Taylor" (citation d'un mec me répondant sur Spirit). Qu'en penses-tu?
    • Arnaud d'Armagnac Je pense que Gene Simmons est bien inférieur à toi, moi ... allez ... et même à Corey taylor ^^

    • Thomas ‎?

    • Arnaud d'Armagnac Gene Simmons est pile entre Bill Gates et Loana

    • Thomas Ok.

    • Arnaud d'Armagnac Ne me dis pas que tu es fan de Gene Simmons ...!

    • Thomas Pas fan, non... Kiss n'est pas un de mes groupes favoris, mais Simmons, je trouve qu'il a inventé pas mal de choses et il influence pas mal de gars, une légende. Même si il fait de la musqiue plus pour le fric que la passion... Mais t'es pas de Kiss toi?

    • Arnaud d'Armagnac Oh bordel ... Paul Stanley a influencé des gens, Ace Frehley aussi, mais je refuse de penser que Gene Simmons ait influencé un musicien ... un businessman peut-être, un coiffeur, un chirurgien de la langue ... mais pas un seul musicien non non

    • Thomas En tout cas il est très connu...

    • Arnaud d'Armagnac Michel Sardou aussi


    • Thomas ‎'Fin Bref, Simmons est une Légende....

    • Arnaud d'Armagnac C'est humainement impossible de prononcer cette phrase si tu n'es pas le fils biologique du gars

    • Thomas Tu vas pas me dire que Kiss n'as rien influencé, quand même

    • Arnaud d'Armagnac Les Beatles ont influencé la terre entière mais Ringo Starr n'a jamais influencé personne

    • Thomas Gene simmons est Kiss c'est lui qui a crée le groupe, qui écrit les chansons et s'occupe de l'image commercial du groupe

dimanche 26 juin 2011

Made in San Pedro


Dans le livre « Get in the Van », Henry Rollins évoque souvent les engueulades générées par le choix de la musique sur la route. Il parle aussi des mixtapes auxquelles tenait particulièrement Mike Watt (Minutemen). Lors de ma rencontre avec le bassiste au Hellfest, je me suis donc senti obligé de lui demander de me faire une playlist improvisée.
Pour un dimanche Do It Yourself, prends une bonne vieille cassette, sors tes vinyls et un papier pour calculer le minutage de chaque face ... ça détend pas plus que le jardinage? Ne parlons même pas de la plage.



The Stooges – TV eye
Creedence Clearwater Revival – Up around the bend
Richard Hell – Another world
The Germs – Lexicon devil
The Pop Group – We are time
Wire – 106 beats that
Bob Dylan – Talkin’ World War III blues
Roxy Music – In every dream home a heartache
T-Rex – Chariot choogle
The Wipers – Telepathic affair
The Ramones – Sheenah is a punk rocker
The Sex Pistols – Problems
The Who – Young man blues (version Live at Leeds)


mardi 21 juin 2011

Punk Rock Built


Ebullition au Hellfest (NdR: édition 2010) en raison de la réunion improvisée avec John Garcia et Nick Oliveri. Trois-quarts de Kyuss sur scène. Evénement ? Il en faut plus pour changer Brant Bjork. Face à nous, simplicité et humour racé. Sur scène, minimalisme et altruisme à haut volume. Tous les éléments qui en font peut-être le dernier rempart de la scène originale du Desert Rock. De l’éloge de la sobriété.

Interview réalisée en juillet 2010 /// Photos live @ Louise Dehaye
Version longue de l’interview publiée dans Abus Dangereux # 115



Je mets cette interview en ligne alors que Kyuss lives ! (John Garcia + Nick Oliveri + Brant Bjork) est en pleine tournée de reformation, et que Josh Homme – le grand absent – déclare dans Noise magazine : « Je ne pense pas pour le moment (les rejoindre sur scène). Mais je veux bien participer à tout ce que feront Nick et John ensemble. » WTF about Brant ? Je tue le suspens : aucun élément de réponse dans l’interview qui suit.



Ton nouvel album « Gods and Goddesses » est sorti. Il est très simple et recentré sur des chansons au format classique.
Oui, et je vais te dire un truc, je ne saurais honnêtement pas expliquer pourquoi. J’obéis juste à mon intuition. Après toutes ces années, je profite du fait d’être un artiste indépendant et d’avoir une formidable marge de liberté pour faire des styles d’albums différents. Je ne sais pour quelles raisons, cette fois ci, j’ai senti qu’un bon disque de rock bien simple serait approprié.
Dans la chanson « Dirty Bird », il y a cette phrase : « What it is is exactly what it is ». Doit-on y voir la meilleure auto définition pour ta musique ?
C’est marrant parce que j’avais ces paroles dans la poche depuis des années. J’avais même pensé donner ce nom à un album. Mais oui, ça résume en quelque sorte mon point de vue sur ce que je fais… Rien de plus que ce que c’est.
Est-ce qu’il s’agit d’une réelle volonté de rester simple tout le temps, ou aimerais-tu parfois faire des choses plus complexes ?
Oh tu sais, je ne sais vraiment pas si j’ai les capacités pour faire quelque chose de très complexe. J’ai toujours apprécié la philosophie du « Less is more ». Je pense simplement que c’est la façon dont les choses me viennent naturellement. Je ne pense pas avoir les ressources pour créer une œuvre alambiquée et exigeante. C’est même contraire à mes principes. Je n’arrive pas à rester attentif si je m’ennuie. Ca demande trop de temps et d’énergie, et ce n’est pas ce que je veux. Je préfère encore faire le même riff pendant vingt minutes qu’expérimenter des trucs dingues tout le temps.
C’est un peu ce que la Beat generation planquait derrière son « First thought, best thought » (NdR : quelque chose comme « la première idée est toujours la meilleure »). C’est la même idée ?
Complètement. Il y a d’autres paroles sur le disque qui disent : « I don’t really believe in masterpieces » (NdR : sur the Future Rock). Le voyage m’importe plus que la destination. Je ne cours pas après le chef d’œuvre. Je ne peux pas imaginer passer deux ans à faire un disque. Ou même trois mois. Ce n’est pas si important. Je préfèrerai toujours faire cinquante albums moyens que cinq albums de génie. J’aime la spontanéité dans le rock, surtout quand j’enregistre. La première fois que tu joues un morceau avec le groupe, c’est toujours unique. J’aime percevoir l’anxiété d’une première prise. Ca procure beaucoup d’énergie à la chanson et même si tout n’est pas impeccable, ça donne du caractère au disque. Il n’y a rien de plus chiant que la perfection.



Ces “Gods and Goddesses”, qui sont-ils?
Ce titre n’est pas spécifique. C’est juste le titre d’un bouquin que j’ai depuis des années. Ca parle de dieux grecs. J’aime vraiment prendre à la dérision ce genre de termes pompeux et universels. Au final, ça revient toujours à parler de mecs qui partent en week-end. C’est une façon de remettre la main sur la langue. D’où je viens, et je suis sûr de ne pas être le seul dans ce cas, on est élevés dans une jungle d’argot. On aime bien jouer sur les mots, ou avec leur sens, ce genre de trucs. Ce qui est certain, c’est que je ne me prends pas pour un dieu ou ce genre de truc. C’est juste du genre faire ton truc sans te cacher, la tête haute.
Quand on écoute tes albums, et c’est encore le cas sur “Gods and Goddesses”, il y a un vrai style Brant Bjork. Très sec, sans rien de futile. Et en même temps, on peut sentir que tu es influencé par des groupes comme Led Zeppelin (note: Led Zep IV passe dans les speakers de la cantine) ou Black Sabbath. Ce qui est très différent. D’où vient ton style selon toi?
Je ne sais vraiment pas. Quand j’étais encore un gamin, j’étais le plus jeune du voisinage. Tous les autres kids étaient dans des trucs comme Kiss. A la fin des années 70, Kiss était le gros truc. Et puis j’ai changé de direction quand j’ai découvert les Ramones, les Sex Pistols. Je me suis vraiment mis au punk. Je crois que c’est vraiment à ce moment là que je me suis projeté en tant que musicien car ça m’a donné la confiance nécessaire et ça m’a montré que je pouvais jouer et participer. J’avais ce pote qui était le plus gros fan de Kiss du coin et qui avait commence à jouer de la batterie dans un groupe punk à ce moment là. Je trainais chez lui et je regardais ces gars jouer. J’étais très jeune. Ils jouaient des reprises des Clash, de Generation X, des Sex Pistols et tout ce genre de trucs. Peu de temps après, j’ai eu ma propre batterie et j’ai rassemblé quelques gars pour faire du bruit et jouer. J’ai un attachement particulier pour mes racines punks. Ca m’a permis de devenir un musicien. Je ne pourrais pas dire si les groupes ou leur discours politique a beaucoup à voir là-dedans. Ca ne me parlait pas énormément. Ce qui m’attirait, c’était que ça semblait la musique parfaite pour grandir dans les années 80, quand tu commences à découvrir Led Zeppelin ou Black Sabbath, les trucs du début des 70s. Tu sais, ces disques heavy et rugueux. Je n’ai peut-être pas absorbé ce qui faisait les superstars des 70s, mais j’aime combiner ces rythmes et ce son à ma vision punk simpliste. Je n’ai jamais pris une leçon dans ma vie, pour aucun instrument. C’est du rock archaïque. Je ne saurais comment le décrire autrement.



C’est paradoxal. Maintenant que tu n’apparais plus que sous ton propre nom (avant, il est apparu avec les Bros et les Operators), tu as le groupe le plus énorme de ta carrière solo. Sur scène, tu leur laisses d’ailleurs beaucoup de place pour s’exprimer. C’est ce qui était prévu ?
Heureusement que les choses ne se passent jamais comme tu l’avais prévu, ce serait frustrant. Au début, j’avais une vision très idéaliste de ce que je voulais exprimer en tant qu’artiste solo et j’ai bossé dur pour que cette envie reste la plus pure possible. Avec les années, ce qui m’importe vraiment, c’est de m’amuser et je laisse les autres musiciens amener leur propre touche. Souvent, c’est une touche que je n’aurais jamais pensé à inclure, mais qui suis-je pour dire que ce n’est pas approprié ? On s’amuse vraiment sur scène et je suis vraiment content de la façon dont les choses ont tourné.
Ton jeu de batterie est très direct et rugueux, alors que tu as un style très groovy quand tu joues de la guitare. Quelle est la différence pour toi ?
A mes yeux, la guitare est vraiment ce qu’il y a de plus merveilleux, car je peux jouer des notes. La batterie a un côté plus primaire. Je dirais que la batterie révèle mon côté masculin et on voit plus mon côté féminin à la guitare.
Cela te vexe, qu’on te voie toujours comme un batteur qui se fait plaisir à la guitare mais qui restera toujours un batteur au final ?
Je ne peux pas contrôler la façon dont les gens me voient. On m’attribue toujours un tas de trucs. Je suis un musicien. C’est juste ce que je suis. J’ai commencé la guitare avant de me mettre à la batterie, en fait. Mais ce qu’on peut dire ne me travaille pas énormément.
Aujourd’hui, tu t’entraînes de la même façon sur les deux instruments ?
Eh, je ne m’entraîne jamais, je ne l’ai jamais fait. C’est chiant.




Tu as joué dans des groupes vraiment heavy, et quand tu joues en solo, tu fais généralement des chansons nonchalantes. Est-ce que c’est parce que tu as changé au fil des années ou est-ce que c’est juste la part de Brant Bjork de la musique que tu as toujours joué ?
C’est un peu des deux. Quand j’étais plus jeune, et très clairement aussi pendant les années Kyuss, on était vraiment en colère. Et frustrés. On était jeunes et stupides, on vivait au milieu de nulle part. C’est pour ces raisons que la musique sonne de cette façon. Mais maintenant on a vieilli, et même si on a toujours les capacités d’exprimer notre frustration, ça commence à être épuisant. En tant qu’artiste, tu apprends à utiliser d’autres façons d’exprimer ta frustration. J’écoute beaucoup de jazz ou de reggae. Ces mecs sont bien plus énervés qu’on ne le sera jamais, mais ils en tirent une musique douce et magnifique. Pour moi, c’est beaucoup plus heavy, finalement.
Dans la scène du désert, la loyauté semble être un élément très important. Quelle est la différence entre la scène originale desert rock et d’autres endroits, d’autres mouvements ?
Pour être totalement honnête, je ne peux pas comparer notre situation à quoique ce soit d’autre puisque je ne connais rien d‘autre. Ce désert, c’est là d’où on vient, où on est devenus des musiciens et où on a grandi tous ensemble. C'est où on a partagé la frustration de vivre au milieu de rien, de s’ennuyer et de n’avoir vraiment rien à faire. Notre musique représente beaucoup à nos yeux car c’est tout ce qu’on a. Pour le meilleur et pour le pire. C’est notre seule façon de nous identifier. On émet des critiques, on jauge, on pousse pour faire plus, on encaisse et on joue des coudes. Mais ça a le mérite de garder toutes les têtes froides. D’où je viens, on ne peut en faire des tonnes parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour te ramener sur Terre. Même ceux – ils sont peu – qui ont quitté le désert et connu un grand succès, ils seront les premiers à te remettre les idées en place si t’en as besoin. Mais c’est ok, ça te maintient affuté et ça amène un genre de vitalité.



Comment est née cette scène du Desert Rock à l’époque ?
On peut avoir plusieurs regards sur ce qui a généré le mouvement. Pour moi, et ma génération, Kyuss était les suiveurs de ce que je considère être la scène originale. Le desert rock original a commencé en faisant du punk rock, car c’était la musique qui avait montré aux gens des petites villes et des endroits isolés qu’ils pouvaient créer leur propre scène. Black Flag était venu jouer et ça avait poussé des gars comme Mario Lalli à organiser des concerts. On n’avait pas de clubs où jouer. On faisait des groupes juste pour contribuer, avec rien à gagner sinon l’expérience du truc. Le mouvement avait commencé au début des années 80 et a continué à évoluer jusqu’au milieu de la décennie. Des groupes vraiment jeunes ont commencé à voir le jour, inspirés par cette scène. C’était un mouvement réduit mais très intense. Je comparerais la scène du désert à celle qui peut exister en Jamaïque. Ces gars vivent sur cette île, jouent tous sur les albums des autres, mais il y a beaucoup de frustration. Ils sont comme une grande famille dysfonctionnelle. On est aussi comme ça dans le désert. Même avec du recul, je dois dire qu’on ne savait pas vraiment que ça allait devenir important pour d’autres gens. On partageait juste le credo commun que nous étions très insignifiants. Deux heures pour aller à San Diego, pareil pour Los Angeles. Pourtant, on jouait dans le désert, il y avait dans les 500 personnes, et encore aujourd’hui, je n’ai pas vu mieux que ces groupes là. Les meilleurs groupes que j’ai vu de ma vie. On est juste montés dans le wagon. Avec Kyuss, on était un résultat de cette scène qui existait déjà. Ils nous voyaient arriver et étaient du genre : « voilà les punk kids ! » Pour être honnête, on a juste eu la chance incroyable que Kyuss ait été découvert.
Kyuss a concocté la recette définitive du stoner, avec un accordage très bas, des boucles répétitives… Comment c’est venu ?
Pas mal de trucs sont venus parce qu’on était juste des kids, en fait. On n’avait pas d’accordeurs, alors on jouait constamment désaccordés. Josh (Homme) s’accordait la plupart du temps en écoutant un album des Misfits, parce que c’était tout ce qu’on avait sous la main. Et quand on a enfin dégoté un accordeur, on s’est regardés en se demandant « c’est quoi ce bordel ? Ca ne marche pas. » Pour nous, ça avait toujours été beaucoup plus dans les graves que l’accordage classique qu’on découvrait.
Comment t’expliques cette bascule, de SST records et la scène californienne au désert rock ? Il y a peu de choses en commun, c’est plus Black Sabbath.
C’est ce que les gens ont le plus de mal à comprendre. Mario Lalli et tous les autres venaient de l’école SST. SST était une institution en Californie. C’était très intense et aussi très réel. Presque culte. Greg Ginn et Black Flag avaient une sacrée pression. Si tu étais sur SST, tu ne pouvais pas vraiment te disperser. Ce qui était si impressionnant au sujet de SST et de Black Flag, c’est qu’ils avaient créé le mouvement hardcore de leurs propres mains, selon moi, mais en même temps ils lançaient constamment un défi au public qu’ils avaient réuni et essayaient d’ouvrir les esprits. « Hey, écoute ça c’est du hardcore ». Oh super, je veux faire partie de ce truc. Et tu les revoyais « Hey, voilà ce que c’est maintenant ». Oh, c’est différent. Ils ne brossaient pas leur public dans le sens du poil. Ce courage artistique était incroyable. Ca a été une énorme influence sur la scène du désert car Mario Lalli était très bon musicalement. Les vrais musiciens étaient les plus âgés du mouvement, la génération au-dessus de nous, comme Alfredo Hernandez et Gary Arce (NdR : Yawning Man). Ils ont très vite adhéré aux groupes SST et la vision élargie du punk rock. Les derniers disques de Black Flag comme My War et tous ces trucs. D’une certaine façon, ce sont tous ces disques vraiment éclectiques et bizarres de STT qui ont engendré tout ce qu’a fait Sub Pop. Pour moi, 90 % des groupes de Seattle ont été directement influencés par ces groupes-là.



On était là, dans le sud de la Californie. Mario Lalli était dans un groupe nommé Across the River, en 1985. C’était un truc comme le plus grand groupe de hard rock qu’il m’ait été donné d’entendre. Tout à fond. La rencontre entre Black Flag, Black Sabbath et Deep Purple, un truc dans le genre. Ca nous a beaucoup influencé en tant que kids. Le temps que Kyuss arrive, on avait tous été influencé par tout ça. Mario Lalli était le mec qu’il fallait aller voir pour tout ce qui était punk rock à Palm Desert. Et quand j’ai enfin réussi à me débrouiller pour les voir, j’ai trouvé un gars avec des dreads, des tongs… mais il jouait comme ces enfoirés de Deep Purple. Il n’était pas du genre à porter une veste en cuir et tout ce bordel. C’était comme si une partie de moi aimait grandir au son de GBH et des trucs très explosifs, mais là je rencontrais le héros local et il me montrait ce dont il était vraiment question : le punk rock est avant tout « fais ce que tu veux comme tu le veux ». Ca m’a marqué. J’aimais ça et c’est pour ça qu’on a commencé en tant que groupe punk avec Sons of Kyuss.
Comment expliques-tu l’anti-hype du mouvement ? Vous êtes tous si simples et aucun n’a cédé au commercial.
On est sûrement aussi complexes qu’on est simples. Je suis sûr que si on offrait un million de dollars à l’un d’entre nous pour le faire, il le ferait probablement. J’espère vraiment que je ne le ferais pas, mais tu ne sais jamais avant d’y être confronté. On vient d’un background très humble. Notre simplicité est très naturelle. En tant que musiciens, on est humbles car on est impliqués dans des musiques qui nous poussent à l’humilité. Je veux dire, sans prendre en considération d’où on vient individuellement, ou le contexte du désert. Beaucoup de gens trouvent ça cool et romantique d’amener un générateur au milieu de nulle part et jouer au milieu du désert, mais à l’époque, on ne pensait pas exactement que c’était « cool ». On n’avait juste pas d’autres endroits où jouer. Quand on a commencé à jouer dans les clubs, on était du genre « wow, regarde cette sono . Oh, des lumières et des pieds de micro. » C’est ce qu’on voulait tous au fond.


Si tu n’avais à retenir qu’un élément comme étincelle du désert rock, ce serait les generator parties, le rancho de la luna, Kyuss ou Mario Lalli ?
Encore une fois, c’est juste mon point de vue, mais pour moi, la scène du désert et le désert rock n’avaient rien à faire avec le Rancho de la Luna. Kyuss est peut-être une extension de quelque chose, mais selon moi, le désert rock a eu lieu entre 1985 et 1989 dans le low désert. C’est ce dont on parle quand on évoque le désert rock. Joshua Tree, les désert sessions et le Rancho de la Luna sont supers mais ça n’a rien à voir avec le désert rock. C’est venu très tard. C’est complètement approprié, ce sont des coins supers et je suis content d’être impliqué dans ces trucs à un certain niveau mais au fond, le vrai désert rock est mort selon moi. Ce qui est cool hein. Chris Goss dit souvent : « the best should always go to the gods ». C’est ce qui est arrivé : Across the River n’a jamais rien enregistré, le Yawning Man original non plus. Ces groupes étaient parmi les meilleurs que j’aie vu. Disparus, pfiut !




En ce moment, tout le monde doit te demander si Kyuss va se reformer, alors je vais te poser une question tout aussi importante : et Che alors ?
Tu sais, on en parle à peu près tous les deux ans. Ce n’est en aucun cas que nous ne voulions plus faire de musique ensemble. Alfredo Hernandez et Dave Dinsmore sont aussi occupés que moi. Je déteste admettre quelque chose d’aussi trivial, mais c’est un simple problème logistique. Ca craint, c’est une excuse vraiment minable. C’est sur la liste des choses plutôt cools que j’ai envie de faire. Ca avait été une expérience très organique… Capturer un spécimen rare deux fois est très difficile. Mais ça peut être marrant d’essayer, hein.