vendredi 8 janvier 2010

Interview MUDHONEY - Paris, 12 octobre 2009

Version longue de l'interview à paraître dans ABUS DANGEREUX n° 112
Photos par Louise Dehaye


GRUNGE-OSAURUS REX




Plus de 20 ans au compteur, et Mudhoney a toujours cette rage juvénile underground. Quand Nirvana et Alice in Chains ont été mis au chômage nécrologique, là où Pearl Jam et Soundgarden se sont embourgeoisés, personne mieux que Mudhoney n’a su garder l’esprit originel du grunge. A l’encontre de la logique du music business qui consiste à signer un contrat, vendre des disques et en vivre, Mudhoney n’a rien fait comme les autres et vit sa carrière comme le ferait un groupe de teenagers dans sa cave.


Mark Arm. Eternel adolescent, rigolard, à l’attitude oscillant sans cesse entre le pur nerd musical foncièrement loser et la légende vivante de l’underground US à la simplicité déroutante. Avant un concert incandescent au Trabendo (Paris), nous avons pu revenir avec lui sur ces dernières années très riches : Sa participation à la tournée de reformation avec MC5, les 20 ans de Sub Pop pour lesquels Green River a donné son premier concert en autant d’années et un dernier album (The Lucky Ones) qui sonne comme un retour aux sources.


Guy Maddison (bassiste) se joindra à l’interview le temps d’avaler un camembert entier. «French cuisine».





On dit que le dernier album, « the Lucky ones », a été enregistré et mixé en trois jours et demi …


Non, non, ça n’a pas été mixé en trois jours et demi, c’est seulement l’enregistrement.


Ah bon, une légende urbaine !


Non, je sais que c’est ce qui est marqué dans le disque, mais on a enregistré en trois jours et demi et on a mixé un mois plus tard, en cinq jours, un truc comme ça.


Sur cet album, tu ne joues pas de guitare. C’est temporaire ? Ca a quelque chose à voir avec ton expérience sur la tournée du MC5, où tu assurais le chant seulement ?


En fait, oui, c’est là que ça a commencé en quelque sorte. En 2004, on est passés à Seattle, et Dan (Peters, batterie) en particulier était du genre « tu sais, on devrait peut-être faire quelques chansons où tu ne joues pas de guitare ». J’imagine qu’il a apprécié de me voir sauter partout.


Et Steve (Turner, guitare) voulait les guitares pour lui tout seul.


Non, non, rien de ce style. Mais le disque qu’on a fait après la tournée du MC5, ça a été « Under a Billion Suns ». Il y avait plutôt plus de choses sur ce disque, et pas moins, comme sur celui-ci. D’habitude, quand on écrit une chanson, quelqu’un amène un riff de guitare ou deux, et on jamme à partir de cette base, on essaie d’en faire quelque chose. Et là, on a décidé d’essayer la recette qu’on utilisait à l’époque de Green River, où je ne jouais pas de guitare. On fait tourner la musique et je chante par-dessus, en essayant de mettre en place le chant, et peut-être même trouver quelques paroles à chaud. La plupart du temps, les paroles ne prennent pas vraiment forme, mais tu sors avec une phrase ou deux, et tu peux partir de là pour commencer le processus d’écriture.


C’était un moyen de revenir à plus de spontanéité, comme dans Green River ?


Dans un sens, oui. Même si quand j’étais dans Green River, j’avais un cahier où je notais pleins d’idées de paroles ou de sujets pour les chansons. Je n’ai plus ça aujourd’hui.



C’était comme un retour à une façon d’enregistrer très directe et punk ? Un retour à l’époque de Superfuzz Bigmuff, où vous aviez enregistré avec Jack Endino, le parrain du grunge ?


C’est sûr que comparé à « Under a Billion Suns » et « Since We’ve Become Translucent » … Il n’y a pas de cuivres sur celui-là par exemple. Quelques touches de synthé, mais très peu. C’est un disque très brut.


(Guy Maddison, basse, fait irruption)


Il y a toujours une alternance entre les racines psychédéliques de Mudhoney et son versant le plus punk et abrupt…


Ce sont deux de mes musiques préférées, la musique psychédélique et le punk rock. Pas mal de gens semblent penser que ce sont deux mouvements à l’opposé, mais on essaie souvent de voir comment on peut mélanger tout ça.


Vous faîtes un peu à la Neil Young, qui alternait un album rock et un album folk.


Oui, mais dans notre cas, ce serait plutôt deux psychés et deux punks, et psyché à nouveau.


Ce n’est pas la définition de Mudhoney finalement, de ne jamais avoir choisi entre les deux ?


C’est sûr. Mais ça n’a jamais été un choix délibéré. On n’a jamais rédigé de manifeste pour définir ce qu’on faisait.


Personne ne penserait aujourd’hui au mot « grunge » pour décrire la musique de Mudhoney. C’est le signe que tout le mouvement était une blague finalement ?


Dans un sens, je suis d’accord avec ce que tu dis, mais … Je fais pas mal d’interviews où on me pose tout le temps des questions sur le son grunge et tout le mouvement de l’époque. Dans l’esprit des gens, on est intimement liés à tout ça. Mais bon, je ne sais pas vraiment ce que tout ça signifie. Si on disait « scène de Seattle », ça c’est quelque chose à quoi je me sens rattaché. C’est ce qu’on est, un groupe de Seattle, comme Tad, comme Nirvana, comme les Screaming Trees, Pearl Jam, Soundgarden. Le nord-ouest, la côte du Pacifique. Ok. Mais le « grunge » … Je ne suis même pas certain de savoir où ça a commencé et où ça a fini. Au début, c’était un mot que Bruce Pavitt (moitié du label Sub Pop) utilisait pour décrire Green River. C’était le terme utilisé à l’époque dans une pub stupide pour un karcher, pour se débarrasser des trucs qui s’accumulent sur les toits ou les murs. Grunge, c’était juste une autre façon de dire … disons une manière plus fantaisiste de dire « crasse ».


G : Oui. De la même façon que « punk » était un mot avant le punk rock. Ca avait une connotation très négative, alors ils l’ont collé à une musique qui sonnait de façon négative. Aucun des groupes du grunge ne sonnait de la même façon. Il n’y avait pas de son définitif, auquel il fallait se plier pour faire partie du mouvement. Comme dans le punk. Les Stranglers ne pouvaient pas être plus différents du Clash, qui ne pouvaient pas être plus différents des Dead Kennedys.


Un état d’esprit commun peut-être.


G : Ouais. Le grunge est davantage un état d’esprit.


M : Mais bon, tu peux dire que le punk, c’est 1977, c’est aussi 76, 78. C’était comme quelque chose qui apparaissait en même temps dans le monde entier. Les Saints et Radio Birdman ont commencé en 1974 en Australie. T’as Père Ubu en 1974, Television et les Ramones, 1974, aux Etats-Unis. En suivant, les Damned et les Sex Pistols en Angleterre. C’est quelque chose qui est arrivé simultanément dans différentes parties du globe. C’était une réaction aux médias toujours plus mainstream dont on gavait les gamins à l’époque. En 1974, les médias étaient beaucoup plus oppressants. Il n’y avait pas mille façons d’écouter de la musique ou de découvrir des groupes. Quelques stations de radio, quelques chaînes de télé. Ce qu’ils choisissaient de diffuser dictait ce que tu écoutais, finalement. Avec le grunge, enfin la scène de Seattle, c’était juste des gens qui essayaient de tromper l’ennui dans un coin paumé. Des trucs identiques sont arrivés partout dans le monde, et pas seulement aux Etats-Unis. Comme le punk justement. Ce n’était rien de très neuf en fait.


C’était des groupes dans la même ville au même moment.


G : Il y a eu des mouvements similaires à celui de Seattle. Ils ne sonnaient pas forcément de la même manière, mais étaient générés par les mêmes facteurs, et ont abouti car les groupes s’influencent réciproquement dans une même ville. En Angleterre par exemple.


Comme ça a pu être le cas à Manchester.


G : Ouais voilà.


M : Ce sont juste des gens qui voulaient être dans des groupes et se marrer un peu, parce qu’ils vivent dans un coin sordide. Nous, on essayait simplement de s’occuper et d’occuper nos potes. Ce n’était pas vraiment un mouvement.


G : Et puis c’était une époque où on était coincés entre de la musique synthétique et une flopée de groupes de heavy metal.


Vous avez tous un job à côté de Mudhoney. C’est un moyen de se sentir libre de créer sa musique sans se poser des questions relatives aux ventes, aux contrats ou tout ce qui préoccupe habituellement les majors aujourd’hui ?


G : Tu parles, c’est surtout un moyen de payer le prêt de la maison.


M : Oui oui, c’est surtout un moyen de vivre une vie très classique.


G : Merci, au revoir ! (en français)


M : Quelque part, tu peux voir les choses sous cet angle. Etre dans un groupe, c’est un genre de hobby magnifié qui paye un peu. On pourrait se retrouver pour jouer aux cartes entre potes, ou au parc avec les gamins, tous ces trucs de mecs qui se retrouvent pour faire des trucs de mecs. Nous, on se retrouve et on est dans un groupe, on écrit des chansons, on part en tournée.


En d’autres termes, vous avez enregistré cet album en trois jours et demi et il sonne très abrupt. Vous auriez pu faire la même chose si vous aviez la pression d’une maison de disques sur vos finances ?


Tu sais, la façon dont ce disque a été enregistré est assez drôle. En fait, on avait réservé deux longs week-ends de studio. On avait déjà 11 chansons prêtes à être enregistrées, et on se disait qu’on pourrait mettre sur bande 7 chansons, si tout allait bien, lors de la première session, et on finirait le reste pendant la seconde, un mois plus tard. Et tout s’est déroulé si vite et si naturellement qu’on a tout fini en un seul week-end. A la fin, on s’est regardés et on s’est dit que c’était bien comme ça. C’était comme un signe. Qu’est-ce qu’on pouvait faire de plus ? Ecrire peut-être une nouvelle chanson ou deux entre-temps et l’enregistrer la prochaine fois ? On a finalement décidé de profiter de ce truc instinctif et on a annulé la deuxième session.


Tu te considères plutôt comme un guitariste qui, un jour, a dit aux autres « ok, les mecs, je peux chanter » ou un chanteur qui peut gérer la deuxième guitare ?


En fait… je ne me considère comme aucun des deux. Quand j’ai commencé à jouer de la musique, j’étais dans un groupe avec des potes du lycée. Ca s’appelait Mr. Epp. Le batteur et le bassiste étaient deux frères, et Smitty et moi, on a partagé l’argent du groupe pour dégoter un ampli bon marché et une guitare. On alternait. J’ai fini par jouer davantage que lui, mais ce n’était pas du genre permanent. Quand on s’est séparés, le matériel du groupe était à droite à gauche, et quand Steve et moi on a décidé de continuer dans Green River, c’était un peu le même problème. « Bon, je n’ai ni guitare ni ampli, peut-être que je devrais essayer de chanter ». Et je ne sais pas si tu as entendu le Green River du début, les démos avant que Stone (Gossard, maintenant dans Pearl Jam) arrive dans le groupe. Merde, je pouvais à peine chanter. Waa waa waa. J’essayais de me la jouer hardcore, un truc comme ça. Alors bon, je vois tout le cheminement comme un apprentissage. Même aujourd’hui. Comme quand j’ai fait cette tournée avec le MC5, j’ai appris une chiée de trucs. En fait tu t’aperçois qu’on est coincés dans des habitudes. Un groupe de personnes a sa façon de travailler, et il la répète encore et encore et encore. Quand tu bosses avec d’autres gens, tu es obligé de penser à d’autres façons de faire les choses.


Si tu n’avais qu’une seule chanson de Mudhoney à jouer avant de, disons, exploser sur scène ou un truc du genre. Laquelle tu jouerais ?


En ce moment, ce serait sûrement « Tales of Terror », qui est sur le nouvel album. Mais seulement si je sens que je vais exploser en plein milieu du set.


Cette chanson, justement, c’est un hommage au groupe du même nom ?


Dans un sens, oui. Un pote à moi avait sa platine vinyle relié à son ordinateur, alors je lui ai demandé « Tu ne peux pas me digitaliser ce disque, parce qu’on ne le trouve plus nulle part ? ». Il l’a fait et du coup, je l’écoutais partout. Dans la rue, au boulot. On était en train de composer pour l’album et je suis arrivé avec ce riff de guitare. Le temps qu’on le travaille pour arriver à la chanson que c’est aujourd’hui, on cherchait un titre et on continuait à en parler comme de la « chanson Tales of Terror ». Finalement, quand on a dû choisir un titre pour de bon, on a gardé « Tales of Terror ». Mais le groupe avait aussi une chanson du même nom. Ce n’est pas une reprise, mais oui c’est clairement un hommage.


Tant qu’on parle d’influences, je sais que tu as été très inspiré par le hardcore des années 80 et…


Le début des années 80. Vers 1984, les gens intelligents qui étaient actifs dans le hardcore ont changé de direction. Black Flag a ralenti son tempo, les groupes comme les Butthole Surfers commençaient à émerger. Ils sont arrivés avec des chansons comme « the Shah sleeps in Lee Harvey’s grave » qui était un genre de parodie de hardcore. « Suicide » ou d’autres chansons comme « Wichita Cathedral » et « Something » n’étaient plus des chansons hardcore, mais c’était toujours très punk.


Le hardcore et cette scène radicale, ça a eu une influence quand tu t’es mis à parler de politique dans tes textes ? Il y a eu plusieurs chansons sur le gouvernement Bush, ta prise de position en faveur du vote.


Non. Black Flag, par exemple, n’était pas très engagé politiquement. Ca a plus à voir avec le fait que j’ai dû vivre cette putain de période. Je ne sais pas pourquoi il n’y a pas eu plus de groupes à monter au créneau. C’était une période horrible. C’était vraiment horrible de vivre aux Etats-Unis pendant tout ce temps. C’était gênant et oppressant.


Ce serait quoi ton disque « île déserte » aujourd’hui ?


Le disque ultime c’est ça ? Je vais te dire un truc, aujourd’hui, avec les Ipods, tu n’as plus besoin de faire ce genre de choix. J’ai juste besoin de mon Ipod de – genre – 80 gigas.


Ok je vois, tu es en train de tuer cette question de façon durable. Alors, ça aurait été quel disque au début de Mudhoney, à l’époque de Superfuzz Bigmuff ? Parce que le Ipod n’existait pas en 1988 hein.


Ca ne pouvait être qu’un disque des Stooges, mais c’est vraiment difficile de dire lequel.


Je dirais que ‘Funhouse’ est peut-être le plus proche de ce que tu as fait avec Mudhoney.


Peut-être Funhouse oui. Je m’apprête à prendre la plus énorme des décisions de ma vie. Je vais dire… peut-être que le premier album serait plus approprié, parce que dessus, il y a cette chanson stupide « We will fall ». Que j’adore hein. Si tu ne peux pas supporter ça jusqu’au bout, tu n’as rien à faire avec les Stooges, j’imagine.

mercredi 9 décembre 2009

Interview ERROR 404 (à paraître dans CAFZIC)

ERROR 404 « S/t » (Cctv records)

Error 404 est un sacrée bonne surprise au coeur puissant, à l'intense démonstration de force, sans beuglements et autres orchestrations hardcoresques. En écoutant cet univers hirsute j'ai entendu partiellement des sonorités Stoogiennes, du Thugs, du Ride, du Husker Dü, du Mudhoney et pas mal d'autres choses des années 90 que j'entrevoyais dans la filière Inrocks version Lenoir période fac bordelaise pour moi. Un peu gras, un peu strident, l'esprit me plait. Frondeuses et carnassières les mélodies de temps à autres un peu bancales se révèlent intenses. Pour compléter cette chro je viens de lire la petite info accompagnant le disque, il semblerait que ce groupe soit à géométrie variable, bref, un seul membre fixe et les autres qui circulent, un enregistrement sur une journée et sans répétition préalable, d'où certainement le côté bancal mais frais, les déséquilibres entre instruments or c'est justement là où c'est excellent et différent, je me penche sur le projet dans les prochains jours... (NqB)


Quelques questions...

Comme je l’écris dans la chronique...j’entends des « choses » dans votre son...est-ce que je me trompe ? Est-ce que certaines vous choquent ? Qu’y rajouteriez-vous ?

Les Stooges, Mudhoney, Husker Dü, complètement, mais juste au niveau de la philosophie générale du son. Ce qui nous intéressait c’est de faire du dumb rock, d’aller direct à l’essentiel. Un truc un peu radical, car je trouve que le côté brut est ce qu’il y a de plus honnête. Si tu dis un truc odieux avec des fleurs, ça reste pas très positif, là on a choisi de faire coller le son au propos général. On parle de complot, de trucs secrets, etc, c’est plus logique d’en parler avec un son de micro planqué dans les plinthes qu’avec un son gonflé de reverb ou un orchestre philarmonique. Husker Dü, les Wipers, Mudhoney, les Misfits, le Black Flag de l’album Damaged, LAMF de Johnny Thunders, ce sont des sons bruts qui me parlent et qui laissent penser aux kids qu’ils peuvent le faire aussi. C’est comme ça que ça a marché pour moi en tout cas. Les grosses productions, les sons travaillés, ça met une certaine distance entre l’artiste et l’auditeur, je trouve ça désagréable comme posture.

Les Stooges donc, grosse influence. Mudhoney pour l’invention de ce son si crade. Jack Endino, le producteur, les a supplié tout l’enregistrement de Superfuzz de choisir un autre son. Longtemps pourtant c’est lui qu’on a crédité de l’invention du grunge. Là, à notre niveau, c’est pareil, il a fallu que je me batte pour garder ce son brut. Le mastering, ça a été une lutte psychologique eh eh. Parce que bon, c’est très assumé. On a eu des critiques dernièrement qui nous faisaient passer pour un groupe stupide enfermé avec un 4-pistes cassette, mais c’est un peu plus creusé que ça. Niveau influence, après, c’est très américain. Fu Manchu, les Ramones, Nebula, Turbonegro, tous ces trucs de dumb rock.

Quelles connections entre Error 404 et d’autres groupes bordelais ?

Il y a le batteur et le guitariste/clavier d’Antena Tres, qui tient ici la basse et s’est occupé de l’enregistrement. Il y a aussi le guitariste lead de Pitsky et Up Yours.

Error 404 est un projet éphémère ou a t-il vocation à perdurer et si oui sous quelle forme ? et d'ailleurs quel était le projet de départ ?

A la base, j’étais frustré de la structure traditionnelle d’un groupe. Là, je voulais que ce projet me suive à vie. Si dans 15 ans, j’achète une pipe et un rocking chair, que je fais du bluegrass, je peux garder le même nom. Ca c’est l’extrême, mais si demain on passe à trois ou à 6, je ne vois pas la nécessité à chaque fois de changer de nom de groupe et de chansons. Perdurer, oui pas trop d’inquiétude du coup, et sous la forme qui sera celle du moment. Mon rêve c’était de sortir un 45 tours tous les 5 ou 6 mois comme à l’époque du rockab et plus tard du punk, mais c’est compliqué. Alors un EP tous les ans, ça fera le job. Il n’y a pas plus de plan que ça. Le projet de départ était de s’amuser avec une idée de nerd, loin de la hype de la nouvelle scène qui laisse pas mal de gens de coté, c’est dommage. A la base, la musique c’est un truc populaire, un truc pour te changer les idées, pour évacuer les frustrations. Si c’est pour en créer de nouvelles…

On a enregistré ce EP en un jour, avec des morceaux qu’on n’avait pas répété avant. « 60 bpm », la dernière chanson du disque, on ne l’a joué qu’une seule fois sans plan pré-établi, un vrai jam dans le pur style stoner. J’avais vraiment envie qu’on expérimente, à notre niveau, l’esprit des Desert Sessions de Josh Homme. En fait, c’est beaucoup plus de boulot, je le savais pas ça.

Sur le myspace dans la rubrique « influences » il y a un listing un peu surprenant on y voit autant des groupes musicaux que de trucs bizarres du genre la Stasi, La Cia, etc…quel est donc ce curieux concept ? ? ?

C’est vrai qu’au premier abord, ça fait élitiste, j’imagine. J’aime pas trop parler de « concept ». On est plus proches de Green Jelly ou de Spinal Tap que d’Emerson, Lake et Palmer et Genesis quand même. C’est pas du comedy rock non plus, parce qu’on fait que des paroles pince-sans-rire et que personne ne les comprend de toute façon. Le truc, c’est qu’on est une génération qui a vécu Space Invaders, les jeux de rôles, les séries TV de science-fiction cheapos, un peu tout ça en même temps. On voulait juste que l’idée générale soit suffisamment riche pour que tout le monde y trouve son compte. Le fait que la musique soit le versant le plus bâclé du projet, c’est un paradoxe que je trouve assez drôle. Pour les références bizarres dans les influences, c’est un peu la synthèse de ça. J’ai grandi au milieu des comics, des jeux vidéos, de montagnes de disques et de films, des documentaires sur tout. Au bout du compte, comme je suis monomaniaque, j’ai un peu de mal à faire le tri et je ne sais pas si Hunter Thompson m’a moins influencé que les Stooges, si la Quatrième Dimension est moins présente dans ma tête que les documentaires sur l’assassinat de Kennedy, quand j’ai un truc qui vient. N’étant pas un « musicien » pur jus, je pars d’idées globales et je pense donc que tout ça compte plus ou moins autant. Après bon, CIA et Stasi, c’était pour m’adapter au « concept » du groupe. Rien de très élitiste, tu vois.

Idem dans l’étonnement, je lis sur myspace: similaire à « Your life on a tape, your file on a shelf “ ? ? ? Je veux des explications !

C’est une phrase qu’on a mise dans la chanson « Drink Booze, Think Loose ». J’aime beaucoup ce genre d’écho phonétique quand j’écris des paroles, et cette phrase a un double sens. C’est d’abord une référence à la Stasi : ils écoutaient les gens en Allemagne de l’Est, archivaient ça dans des dossiers, les rangeaient sur des étagères. A la chute du mur, beaucoup ont pu découvrir leurs vies, ou une partie, en 4 ou 5 tomes.

C’est aussi une référence à ma génération qui a grandi dans la pop culture et son explosion. Les heures à faire les mixtapes pour ses potes, les disques, les bouquins, les DVDs … Ironiquement, toute une partie de notre vie se trouve aussi sur nos étagères.

John Doe ? ! ? Qui est ce curieux personnage « central » ?

John Doe, c’est le nom sous lequel les anglophones placent les gens « sous X », que personne ne réclame. On voulait vraiment lutter contre les egos qui tuent les groupes. Etre « personne », c’est sacrément bien. Les gens regardent ce que tu fais, et pas d’où tu viens, qui tu es ou ce que tu as fait avant. C’est le projet qui est important, pas le contraire. Ca, c’est un peu le fléau de la musique aujourd’hui. Les gars ont un groupe parce que c’est un accessit underground, un truc du genre. Pas parce qu’ils ont des idées, le plus souvent. C’est dommage. On voulait revenir à la base. Les groupes ont perdu le fun, c’est beaucoup de hype et de paraître aujourd’hui, sans jouer les vieux gars. Quand on dit qu’il n’y a qu’un seul membre fixe dans Error 404, c’est vrai mais je ne réfléchis pas comme ça. C’est un vrai travail de groupe. On remet tout à zéro à chaque fois, c’est tout. Chacun a carte blanche et fait vraiment ce qu’il veut. Mais le truc de qui fait quoi, c’est vraiment pas très important. Dans Star Trek, tout le monde sait qui est Spock, même s’il n’existe pas, mais tout le monde se fout de qui a tenu la caméra ou écrit les dialogues. Bref, anonymat contre les egos et turnover contre la routine. Le plus drôle en fait, ce serait qu’un jour, 4 gars complètement différents montent sur scène et jouent les morceaux.

Error 404 ça signifie quoi déjà ? Quel rapport avec la zique du « groupe » ?

Error 404, c’est cette page internet sur laquelle tu es dirigée quand la page que tu demandes n’est plus accessible. J’étais parti de l’idée qu’en fait, c’était pas vrai, c’était simplement qu’ « on » nous cachait quelque chose. Tu veux savoir un truc, tu n’arrives pas à l’info et on te file juste une page formatée pour te le dire. Je trouve que ça résume plein de trucs, tant dans la S-F que dans la vraie vie. Ca évoque tout ce truc du complot, par extension le 1984 de George Orwell, ça correspondait bien. Voilà le rapport. C’est toujours difficile de trouver un nom de groupe et je trouvais que ça collait bien avec l’idée générale. On parle de culture nerd, de complots cheapos, de films de séries B… J’aurais appelé le projet Geranium, le lien était moins présent.

Error 404 m’a l’air d’être un projet dont je ne saisi pas tous les contours... " bizarres ", quelles questions… "bizarres" j’aurais d’ailleurs du vous poser pour mieux comprendre ? ? ?

Où vit Elvis aujourd’hui ? Parce qu’il est pas mort. Tu le sais hein ?

Non la question que personne n’a osé me poser depuis la sortie du disque, c’est « ça te fait pas chier que juste quand tu sors ton disque avec cette pochette qui tape à l’œil, the XX fasse un carton mondial avec la même pochette ? » … si.

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www.myspace.com/wearealljohndoes

Vous pouvez découvrir CAFZIC sur http://cafzic.oldiblog.com/

lundi 7 décembre 2009

BRING OUT THE DEAD # 2

LESTER BANGS
Psychotic Reactions & autres carburateurs flingués
Fêtes Sanglantes & mauvais goût
Tristram




« Je commence toujours une interview avec la question la plus insultante à laquelle je puisse penser. Parce qu’il me semble que tout le truc d’interviewer une rock star est très surfait à la base, et ça finit en léchage de bottes. Ce n’est qu’une révérence à plat ventre faite à des gens qui n’ont vraiment rien de spécial. C’est juste un mec, juste une autre personne, non ? »
Quand on évoque l’écriture gonzo, on pense surtout à Hunter S. Thompson, mais Lester Bangs en est sans doute le représentant le plus doué. Le gonzo ? Pas vraiment du journalisme, pas vraiment le travail d’un écrivain, pas vraiment la névrose bavarde d’un égo surdimensionné. Mais plus sûrement beaucoup des trois. Courageuses traductions françaises d’un style intraduisible, « Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués » et le deuxième volume « Fêtes sanglantes et mauvais goût » sont les recueils des meilleurs articles de Lester Bangs, avec l’ajout de quelques curiosités, comme des bouts de nouvelles inédites. Mais c’est bien en tant que rock critic qu’il brille le plus, ne lui en déplaise, puisqu’il se décrivait lui-même comme « le meilleur écrivain américain à n’avoir rédigé que des critiques de disques ». Parues dans Rolling Stone, the Village Voice, the New Yorker ou Creem, elles sont le point de départ d’une écriture rock qui a poussé à l’ombre de la musique y attenant, prenant au moins autant d’importance qu’elle au fil des années. Aussi célèbre que les artistes qu’il côtoie, Bangs est un grand écrivain qui aurait négligé de s’enfoncer dans le snobisme pour garder cette ferveur toute adolescente. Une sensibilité à vif et une mauvaise foi assumée de fan de base, mais orchestrée à l’épique, genre saga ironico-tragique et question de vie ou de mort. S’inspirant de Burroughs et de la beat generation, son style rivalise avec le son et l’énergie du rock, son écriture est un mélange entre la distorsion de guitare électrique et une impro free-jazz ou psyché. Bangs n’a que faire des conventions journalistiques, des normes tout simplement. Ses articles, souvent impubliables par leur propos ou leur taille – certains papiers feront jusqu’à 30 pages - feront le bonheur de Creem qui laisse carte blanche à ses auteurs. C’est en prêcheur à la verve souvent hilarante qu’il signe des articles aux noms déjà répressibles, « sourd et muet dans une cabine téléphonique : une parfaite journée avec Lou Reed » ou « emmenez votre mère à la chambre à gaz » ou au postulat cintré, avec l’interview post-mortem de Jimi Hendrix.
« Je pense qu’on est tous rock critics, dans le sens où tu décides d’acheter ce disque plutôt qu’un autre quand tu vas dans un magasin. A ce moment là, tu es un rock critic. Je n’ai pas plus de légitimité que n’importe qui d’autre. »
Ces livres nous rappellent surtout que le fan est à la base de tout dans la musique. Les débats sans fin, passionnés, partisans et oniriques, vaudront toujours mieux que les débats mercantiles autour d’Hadopi et des maisons de disques. Hélas, Lester Bangs n’a pas de remplaçant. Ces recueils en sont d’autant plus indispensables.

vendredi 9 octobre 2009

BRING OUT THE DEAD # 1




Sam Phillips (1923 - 2003)
« C’était quoi ça ? » « On sait pas, on s’amusait, Mr Phillips ». Il recale la bande. « Refaites moi ça, essayez de trouver une sorte d’intro et refaites moi ça. »
That’s Alright Mama. Le rock’n’roll et avec lui la musique moderne était né. C’était le 5 juillet 1954 aux Studios Sun, à Memphis. Aux manettes, Sam Phillips. Dans la cabine, le jeune Elvis Presley et deux musiciens de studio faisaient une pause et se détendaient en accélérant la chanson.
Souvent, l’œuvre de Sam Phillips se résume aux yeux des gens à cette intuition, mais que ce soit comme DJ à la radio ou dès 1950 lorsqu’il ouvre les studios Sun, Phillips est un précurseur. Il sent les choses. Il enregistre les artistes noirs (Rufus Thomas, Howlin’ Wolf, BB King) et apaise tous les débats quand certains disent que le premier disque de rock’n’roll est en fait Rocket 88 de Jackie Brenston et ses Delta Cats en 1951 … puisque c’est lu aussi qui l’a enregistré.
Après Elvis, il continue sereinement son travail de sape sur la culture US (et donc mondiale) en produisant Jerry Lee Lewis, Johnny Cash, Roy Orbison ou Carl Perkins.
Il vend alors ses studios en 1969. l’année où le rock’n’roll est mort à Altamont, avec les Stones et quelques Hell’s Angels.
Ca aussi, il l’avait senti.


vendredi 26 juin 2009

Le Nouvel Elvis

Farah Fawcett. Michael Jackson. On a tué les 80s en moins de 12h.

Si le mythe Farah Fawcett AKA Jill Munroe est avant tout un fantasme de coiffeurs et/ou masculin, Michael Jackson a tout du nouvel Elvis Presley, en cela que je vois déjà poindre la théorie du complot parmi les fans. Bambi n'est pas mort. Les préventes de sa tournée retour étaient énormes et il allait s'écrouler physiquement devant la demande. Ou alors, sa machoire inférieure s'était détachée et il ne pouvait plus apparaître longuement en public. La seule façon d'effacer les années sordides était de mourir (presque) jeune, pour que les gens se rattachent au mythe, éteint depuis bien longtemps. Pour la sortie de son dernier album à la pochette pseudo-warholienne assez dégueulasse, Virgin Bordeaux avait ouvert ses portes à minuit, tentant de créer l'événement. C'était avant la prolifération du peer-to-peer, et une dizaine de personnes seulement avaient fait le déplacement.
Dans quelques jours ou quelques semaines, les fans dissèqueront les photos de l'hospitalisation (qui existent puisqu'elles ont accompagné la nécrologie du matin) de MJ et y trouveront des incohérences qu'ils argumenteront à longueur de blog. On peut arbitrer et se demander si une scène d'hospitalisation, où les sauveteurs parent au plus pressé, peut être aussi cohérente et maîtrisée qu'une couv de Vanity Fair... Comme Elvis - le Elvis gras et fan de karaté de Las Vegas - l'auto-proclamé Roi de la Pop a gagné en 10 secondes une respectabilité perdue depuis 15 ans. Dans l'émoi général, on oublie le grotesque du changement esthétique au fil des ans, le bébé exhibé par dessus un balcon berlinois, les vraisemblables dérives pédophiles, le grand guignol de Neverland ou des caissons pressurisés ... Le deuil fait revenir le monde instantanément à l'état de grâce de Thriller. Ceux-la même qui hier le connaissaient mieux à travers les sketchs à son insu que par son oeuvre. Magie des médias et de la mono-émotion.

jeudi 4 juin 2009

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Digipack EP 5 titres en vente à la FNAC (Bordeaux seulement) et chez le disquaire indépendant Total Heaven - 5 €.
Enregistré par David Kadour (Antena Tres)
Masterisé par Stéphane Teynié (AD mastering)
/// TRACKLIST ///
1# My Baby (is nowhere to be seen)
est un croisement entre les films de la Hammer, Elvis et Motörhead.
2# Drink Booze, Think Loose
reprend l'hypothèse des fanzines conspirationnistes, selon laquelle les gouvernements maintiendraient l'alcool à prix bas pour maîtriser et manipuler les masses plus facilement.
3# Life Inc.
est la conception orwellienne d'une vie quasi-systématique, répondant à bon nombre de standards comme on cocherait des cases, et dont au final on n'est plus acteur. Mass media et conscience collective.
4# Dutch the Clutch
est un hommage nerd et indirect au cascadeur Evil Knievel. Dutch the Clutch (Dutch l'embrayage) est le double de Knievel dans la série TV "Psych". Ce gars a fait des trucs stupides, comme sauter au dessus d'une canyon ou de 12 bus Greyhound, et se relevait toujours même en cas de chute terrible. Idole jusqu'au boutiste puisque, quoiqu'il dise devant la presse, aussi absurde soit il, il mettait un point d'honneur à ne jamais revenir sur sa parole. L'intégrité jusqu'à l'absurde, comme Johnny Ramone.
5# 60 Bpm
est le road trip figuratif du nerd solitaire, sorte de loser anonyme de notre génération X (12e du nom)