jeudi 1 novembre 2012

FU MANCHU // These go to eleven


Alors que tous les autres groupes feraient le choix inverse en assurant leurs vieux jours sur une major, Fu Manchu retourne au DIY de ses années teenagers dans le garage familial, en montant son propre label après plus de 20 ans de carrière.
Traité sur le skato-nihilisme avec Scott Hill (chant/guitare)
Interview publiée dans Abus Dangereux # 125
Photos par Manu Wino
 


Vous nous aviez habitué à sortir un album tous les deux ans. Qu’est ce qui s’est passé depuis la sortie de « Signs of Infinite Power » (2009) ?
On avait l’habitude de sortir un album, faire une tournée et vite rentrer pour enregistrer le suivant. On a un peu changé de mode de fonctionnement. On a décidé de tout faire par nos propres moyens à partir de maintenant. Ca implique aussi qu’on va devoir tout payer de nos poches, on doit donc prendre plus de temps pour mettre de l’argent de côté.




C’est la seconde tournée que vous dédiez à jouer un vieil album en entier, après « In search of » l’an dernier. C’était justement pour casser ce cycle enregistrement-tournée-enregistrement ?
Oui, en quelque sorte. On n’avait pas prévu de jouer ces disques dans leur intégralité, on avait l’habitude d’ajouter de vieilles chansons aux sets mais c’est le manager qui nous a dit que ce serait cool de marquer le coup pour les 15 ans du disque. On a réédité le disque et on pensait jouer quelques shows. C’est aussi parce qu’en tant que spectateur, j’avais pris du plaisir à aller voir des mecs comme Monster Magnet rejouer « Spine of God » que je me suis laissé facilement convaincre.
Bon, et maintenant ? « King of the Road » ?
Ah ah, oh mec je ne sais pas. C’est tentant parce que tout le monde a envie qu’on le joue, mais la priorité est plutôt de sortir un nouvel album.
Vous jouez ces disques qui ont quinze ans. Ce n’est pas le meilleur moyen de rester authentique finalement : penser comme si tu avais quinze ans ?
Oui c’est un moyen très sûr, ah ah. Blague à part, il y a plein de ces chansons qu’on n’avait jamais joué en live et d’une certaine façon, ce sont comme des nouvelles compos qu’on joue au milieu des classiques et d’autres qu’on joue de temps à autre. C’est l’avantage d’avoir attendu quinze ans: c’est tellement loin qu’on a oublié et qu’on a l’impression que c’est du neuf.


L’album « Action is Go » finit sur la chanson « Nothing done » (NdR : rien n’est fait/ tout est à faire). Quinze ans plus tard, tu considères que vous en avez fait un peu plus ?

Mmm.
« Non. »
Ah ah, « non ». Je ne sais vraiment pas. On est sur ce cycle irrémédiable disque-tournée-disque-tournée, comme on disait tout à l’heure. Tant qu’on prend du plaisir à rentrer dans cette démarche, on ne se pose aucune question de ce genre. Le truc c’est de continuer à pousser pour bien faire les choses.
Tu as la sensation que vous avez réussi à garder la même fraîcheur que quand « Action is Go » est sorti ?
Je suis mal placé pour en juger mais je peux te dire qu’à cette époque là, on partait en tournée pour neuf mois après chaque disque et que je serais foutrement incapable de faire la même chose aujourd’hui. Pour tout le reste, l’esprit est complètement le même.

Vous sortez ces rééditions sur votre propre label. Est-ce que ça signifie que votre prochain album sera autoproduit ?

Oui. On a pris la fin du contrat (NdR: pour deux albums) avec Century Media comme une opportunité de se lancer, faire tout ça nous-mêmes. Au moins tenter le truc, on verra si ça marche. On a déjà sorti les rééditions, on s’était chargés de 45 tours et de EPs, mais ce sera la première fois sur un vrai album et on sait que ça va nous coûter beaucoup d’argent.
Vous allez faire la totale DIY et le produire aussi ?
Je ne sais pas. Je pense que c’est toujours constructif quand tu as un avis extérieur. Une paire d’oreilles qui va entendre un truc qu’on n’entend pas car on est dans nos habitudes. Neuf fois sur dix, on a bossé avec un producteur et ça s’est parfaitement bien passé, donc on n’est pas forcément dans cet état d’esprit.
Avec la mutation de la musique à cause d’internet, le changement d’habitudes avec le téléchargement gratuit et la victoire globale de la musique mainstream des major labels, penses-tu que les groupes indé vont tendre à revenir à ce format DIY dans un futur proche ?
Oui, pour nous c’est indéniable. On ne sera jamais un groupe mainstream ou le buzz de l’été, et on a grandi en écoutant les groupes de punk comme Black Flag. C’est un état d’esprit qui est inscrit en nous. Pour ce qui est des téléchargements, je crois qu’on est protégés car on sort des vinyls et qu’on y tient. Les gens qui achètent des 33 tours ne sont pas forcément dans la tranche de consommateurs de musique qui chargent systématiquement tout.



La scène stoner a été importante dans le retour du vinyl. Dans les années 90, tous les disques de la scène US sortaient dans ce format quand tout le monde l’avait laissé tomber. 

C’était naturel. J’ai grandi en achetant des vinyls et je n’ai jamais arrêté. C’est impensable qu’on sorte nos disques autrement. Je trouve que le CD n’offre pas la même émotion, ne parlons même pas du mp3.
C’était difficile d’imposer le gravage de vinyl dans les années 90, quand la production était au plus bas et qu’on parlait de la disparition du format ? 
C’était plutôt marginal. C’étaient des tirages à ... 3000 exemplaires peut-être. Ok, c’est plus cher à produire mais ça vaut la peine, et les gens adorent mettre la main dessus. Je vois ça comme un échange supplémentaire.
Tes chansons parlent de skate, de filles, de science fiction et de voitures. T’en as authentiquement rien à foutre ?
Ah ah non, j’en ai vraiment rien à foutre. Vraiment rien. Tu ne trouveras jamais de revendications politiques ou religieuses dans nos textes. Ca m’énerve toujours d’avoir à entendre des groupes geindre ce genre de trucs. C’est juste la musique qui m’intéresse. J’en ai vraiment rien à tamponner de ce que peut bien penser ce gars sur l’actualité. Finalement, les voitures et la science fiction ont plus d’intérêt dans ce contexte. On ne prend pas tout ça trop au sérieux. Ah ah, j’en ai vraiment rien à foutre. C’est toi qui l’a dit, t’as parfaitement raison. On en a totalement rien à foutre. C’est notre spécialité.

samedi 18 août 2012

Meeooow : mon top 6 des Catwomen


Dans le buzz du dernier Batman (seule la sonde Curiosity a pu y échapper), tout le monde s’est un peu perdu dans les comparaisons. En attendant que quelqu’un se colle au top du justicier noir où George Clooney serait dernier, je me suis attelé à celui – très personnel – des Catwomen, qui me semble plus intéressant. 

Mm, la direction d’acteur des Batman a été relativement simple depuis qu’Adam West a pris sa retraite : « fais la gueule, parais mystérieux, sois orphelin, essaie de tromper la rigidité de ton costume pour tourner la tête de façon évocatrice ». Au point d’être relégué au second plan dans le deuxième film de Burton, Batman returns (le Défi en VF), et le troisième de Nolan (the Dark Knight rises). De façon intéressante, ce sont les deux films où la bouffeuse de croquettes apparaît à ses côtés.

 
Dans la série TV the Big Bang Theory, Sheldon établit son top 5 des Catwomen (saison 2 épisode 1). C’était avant qu’Anne Hathaway enfile sa combi dans le film de Nolan: elle ne rentre donc pas dans le calcul pointilleux du Dr Cooper.

"- Please, go to sleep. 
 - I'm trying. I'm counting Catwomen."

Liste de Sheldon
  1. Julie Newmar
  2. Michelle Pfeiffer
  3. Eartha Kitt
  4. Lee Meriwether
  5. Halle Berry



Purrrr-fect !
A noter: deux actrices noires ont interprété Catwoman. Trois brunes et une blonde aussi pour les statisticiens. Une mixité totale qui rend le personnage très intéressant. Le fait qu’elle représente une femme forte et indépendante dès les 60s aussi. Une Riot Grrrl avant l’heure. C’est d’ailleurs assez étrange que les deux impersonnifications les plus plates, celles où le personnage est le plus sexistement gadgettisé, soient les deux plus récentes. 


  1 /  Lee Merriwether
Lee Merriwether n’a fait que le film de 1966 mais elle a jeté les bases pour toutes les suivantes. Mon choix aurait dû se porter sur Julie Newmar vu qu’elle est la titulaire du rôle dans la série TV et que c’est elle qui a fait des modifications sexy sur le costume (descendre la ceinture sur les hanches, par exemple), mais j’invoque tout l’arbitraire concédé par ce blog pour justifier ma position absurde. Lee Merriwether me paraît plus vénéneuse, porte davantage cette notion de danger potentiel, et même si le film s’appuie sur son potentiel burlesque, c’est un détail qui fait que son personnage est le super vilain qui tient le plus la route.


2  /  Michelle Pfeiffer
La gothique Michelle Pfeiffer cristallise un peu toutes les lubies de Tim Burton (d’Edward aux Noces Funèbres) et du coup, bénéficie de la meilleure définition/écriture de toutes les Catwomen. Le personnage est dingue et sexy, et on nous explique pourquoi. On entend toujours parler de son costume « SM » mais le truc c’est surtout que Selina Kyle n’a pas une thune et qu’elle le conçoit elle-même quand elle est noyée dans son instinct nouvellement noir. Ce costume a une histoire (dis-je en fixant de manière insistante et peu subtile le Speedo d’Anne Hathaway).


 3  /  Anne Hathaway
Peut-on jouer Catwoman sans donner dans l’expressionisme allemand ? Catwoman nécessite plus que tout autre personnage DC Comics de la jouer pompier. Lee Merriwether miaule, chaque mouvement de Michelle Pfeiffer est félin ... Anne Hathaway se permet de la jouer économe et finit en combi de plongée sans fioriture, utilisée comme un gadget sur la batmoto. Elle finit même en girlfriend domptée de Bruce Wayne. Wow. Elle reste ok, et à chaque scène, elle semble se demander ce qu’elle aurait pu faire avec un rôle plus épais. Je veux dire ... elle choisit d’être dans le camp des gentils parce qu’un kid mexicain se fait voler une pomme !? Sérieusement ?
C’est pour cette question que je la classe troisième. Le retour aux sources - la série TV - était prometteur. On pense que Nolan a voulu revenir à un personnage proche de Julie Newmar mais Hathaway a repoussé la comparaison en affirmant que son inspiration était l’actrice Hedy Lamarr.

4  /   Julie Newmar

Elle était en concurrence avec Lee Merriwether pour la première place et Julie Newmar se retrouve 4e !?? Lists are bitches, dudes. Julie Newmar est en général la catwoman préférée des nerds, car elle a eu deux saisons de la série pour s'exprimer et parce qu'on lui doit le costume original.


  5  /  Eartha Kitt
Je ne juge que la prestation en Catwoman et il s’agit de la dernière saison de la série TV, moins bonne et moins restée dans les mémoires. Mais Gosh !! Quelle personne incroyable.
En 1967, son rôle lui est attribué après la lutte pour les droits civiques initiée par Martin Luther King, et précède la blaxploitation qui commence en 1971. Elle doit sa conception à un viol. Elle a une carrière de chanteuse ou elle enregistre en dix langues différentes. Elle critique la guerre du Vietnam pendant un dîner à la Maison Blanche et a été qualifiée de « femme le plus excitante du monde » par Orson Welles quand il l’a fait tourner son Hélène de Troie. De Catwoman, elle a au moins gardé les neuf vies, uh.
« I want to be evil »
Pour l'anecdote, une de ses chansons a été bannie des radios. Une fille de couleur cultivée qui chante au sujet de la libération sexuelle et de l'indépendance des femmes en flirtant avec l'avant-garde ... ça fait beaucoup de tabous dans un pays où les blancs ne toléraient pas que les minorités soient assises dans le bus.


 
Dernière à vie (peu importe combien d’autres Catwomen apparaitront à l’avenir)   /  Halle Berry

Le Catwoman avec Halle Berry fait passer Daredevil pour un Orson Welles dans sa période où il chie du génie. Un des plus mauvais films de l’histoire, mais hey, c’était écrit pour être rentable pas pour révolutionner le cinéma. Le projet avait été lancé après le succès de Batman Returns et on parle d'un nouveau spin-off après le buzz du dernier épisode de la trilogie, avec Anne Hathaway qui garderait son rôle cette fois. "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" // Winston Churchill.
 
Il y a eu aussi Lotis Key dans Fight Batman Fight ! (1973) et Sofia Moran dans Batwoman and Robin (1972) mais aucune photo n’est disponible et ce sont des apparitions plutôt anecdotiques.

vendredi 27 juillet 2012

TURBONEGRO: denim is back in style


Turbonegro est un groupe à part: il a connu le succès au bout de presque dix ans d’existence et a encaissé trois destructions importantes, dont une s’est passée dans la salle d’attente d’un hôpital psychiatrique à Milan. Personne ne s’en serait relevé. Peau dure et humour blitzkrieg. Gimme deathpunk, baby ! Sorti sur le label Volcom, Sexual Harassment est un retour à l’esprit Ass Cobra, l’album punk et massif de 1996, plus proche que jamais de leur plus grande influence, the Dictators. Seuls représentants de ce style qu’ils ont appelé le deathpunk, Turbonegro est toujours dans ce mélange parfait entre Alice Cooper et les Stooges. Les Stones joués par Motörhead !?

On a rencontré Happy Tom (basse) et Tony Sylvester (chant) lors du rassemblement annuel du fan-club du groupe à Hambourg, la Turbojugend. Un club Mickey pour buveurs de bières. Organisés comme des chapitres de Hells Angels et hurlant que le denim est bien plus rock que le cuir, ce sont des cohortes de vestes en jean venues du monde entier qui envahissent la petite salle de Sankt Pauli.
Interview de TRBNGR parue dans Abus Dangereux # 124 
Team work avec Guillaume Gwardeath


TRBNGR entre sur scène @ Hambourg


Vous ressemblez au méchant dans les mauvais films : vous ne mourez jamais. Turbonegro continue alors que n’importe quel autre groupe aurait classé l’affaire.
Rune Rebellion (qui checke ses mails) : le puits du Deathpunk n’est pas encore vide.
Happy Tom : Etre dans Turbonegro est la meilleure chose que nous puissions faire, sans aucune discussion. On voulait vraiment jouer à nouveau.

La Turbojugend s’est développée après le split du groupe en 1998 et a connu une deuxième jeunesse pendant le hiatus avant l’arrivée de Tony. Ca a été une motivation pour revenir à chaque fois ?
Happy Tom : Il y a trois ans, tout a explosé et nous ne pensions pas rejouer ensemble un jour. On était à la fois tristes et soulagés. On tournait en rond chacun de notre côté et j’ai rencontré Knut (NdR : Schreiner, A.K.A Euroboy, guitar hero) dans la rue : « Damn mec, j’ai envie de rejouer ». C’était la motivation première. Alors on s’est dit qu’on allait venir jouer pour le rassemblement de la Turbojugend, c’était l’été dernier. Selon le plan initial, on devait inviter plusieurs chanteurs qui feraient chacun 2 ou 3 morceaux. Et puis Tony est venu passer un week-end à Oslo. On l’avait mis sur une liste de chanteurs potentiels. Il connaissait si bien le groupe, il comprenait l’esprit. Après quelques jours, j’étais assis chez moi, sûrement en train de me tripoter dans l’obscurité et j’ai eu une révélation : « Fuck ! Tony !! ». On a fait une audition, un peu comme dans Fame, et le reste n’est que postérité. Jouer pour la première fois avec lui devant notre fan-club, c’était un test. Les fans peuvent être très conservateurs, tu sais. Ils peuvent devenir très négatifs si un changement survient. Il y a beaucoup de nostalgie aussi : la plupart des gens voudraient que tout ce qu’on fait ressemble à Ass Cobra et Apocalypse Dudes. Alors très honnêtement, on s’attendait au pire. Et le public a adoré. L’ambiance était dingue. Ce n’est plus le même groupe, il y a beaucoup d’éléments différents bien sûr, mais ça reste complètement Turbonegro. Les gens l’ont accepté de façon étonnamment souple.
Tony Sylvester : J’aimerais vraiment remercier la Turbojugend pour ça. Ca m’a apporté beaucoup de confiance pour la suite. Ca a du être un des plus gros moments de tension nerveuse dans ma vie et la réaction instantanée a été extraordinaire. Notre tactique était de ne pas trop anticiper telle ou telle réaction : monte sur scène et joue le putain de concert. C’était un sacré test car ce n’était pas des fans occasionnels, c’était un public pour lequel Turbonegro représente beaucoup.

Crédit photo @ Micha Fluck
 
« Sexual Harassment » sonne comme un retour aux années Ass Cobra (1996). Très punk.
Happy Tom : On voulait vraiment faire un disque qui nous ramène aux bases du groupe. C’est à mon sens un très bon album. On en est tous très contents.
Le chant de Tony est plus rauque que celui de Hank. Ca a changé votre façon de composer ?
Happy Tom : Non, à part qu’on ne s’accorde pas exactement pareil. Il n’y a pas que le côté brut chez Tony, il y a aussi beaucoup de mélodie. Je dirais que c’est un bon consensus entre ces deux mondes, mais on n’a pas écrit de chansons en jouant sur ces spécificités.
Tony, tu as fait deux shows avec le groupe avant de rentrer en studio. Tu aurais préféré jouer davantage les nouveaux morceaux devant un public avant de les enregistrer ?
Tony Sylvester : Non, je pense que c’était ok, mais en même temps ça a été le critère principal quand on a sélectionné les chansons pour le cut final : l’impact qu’elles pourraient avoir sur le public live. Ca a été assez marrant de jouer les nouvelles chansons avant que le disque ne sorte car ça a encouragé les réactions spontanées.
Crédit photo @ Keith Marlowe
 
Comment avez-vous atterri sur le label Volcom ?
Happy Tom : J’ai dans mes amis d’enfance quelques champions de snowboarding. Ca fait des années que ces mecs avaient des stickers Volcom sur leur surf. A l’époque, c’était peu connu. Un nouveau sponsor, petit mais engagé dans ce qu’il soutenait. Il y avait en parallèle du matériel de surf un minuscule label qui sortait des 45 tours. C’est alors que toute la partie textile est devenue gigantesque. Le label est restée minuscule, mais avait des sorties régulières. C’est devenu un des petits labels les plus solides en restant intègres. On a toujours été directement connectés aux mondes du skate, du snowboard ou du surf (NdR : et Bam Margera de Jackass avait fait le lien en choisissant All my friends are dead comme générique de son émission). Volcom US a toujours été proche de nous. Ils ont même payé pour un bus de tournée alors qu’on n’était pas signés chez eux. Ils viennent d’être rachetés par une compagnie française, les propriétaires de Puma, et tout le monde était inquiet car on pensait que les nouveaux boss se débarrasseraient de la partie label qui ne fait pas d’argent. En fait, ce doit être des mecs très rock’n’roll car ils ont confirmé leur envie de développer le label. Bref, on a enregistré ce disque et on est allés les voir. Je crois qu’ils avaient toujours espéré signer le groupe donc ça a été une affaire réglée plutôt rapidement. C’était une démarche très naturelle. On n’avait pas envie d’être un petit groupe sur un gros label. On est le plus gros groupe signé chez Volcom et ça nous semble être une bien meilleure situation.

jeudi 26 juillet 2012

Resident Evil, Romero & Z-Movies


Resident Evil 6 sort en novembre et une campagne virale a été lancée sur le web depuis le début d’année. L’occasion de se repencher sur ce jeu vidéo, mais aussi sur les interactions entre le jeu, George Romero et les films de zombies.

Premier Resident Evil en 1996. Le pitch : Raccoon City, petite ville du midwest américain où est basée la multinationale pharmaceutique Umbrella, voit ses habitants commencer à agir weirdo. Si on transpose en France, les zombies débarqueraient donc à Agen, à cause des laboratoires Upsa. Ca impressionne déjà moins.





Bon, passons sur le scénario. Le génie du jeu a été de placer la caméra derrière le personnage, en légère plongée. On a donc :

1)   toujours l’impression d’être menacé
2)   l’impossibilité de voir ce qui se passe derrière nous
car oui, Resident Evil est un jeu vraiment flippant, au pire anxiogène pour les plus résistants. On a tous en tête des scènes de ce jeu qu’on évoque comme on le ferait avec des scènes de films d’horreur. Je pense finalement que c’est à ce niveau-là que le jeu a gagné ses lettres de noblesse pixellisées. C’est de la pure série Z. Le jeu reprend les zombies de George Romero. Il y a des hommages marqués à Massacre à la Tronçonneuse, New York 1997 ou Alien. Il reprend des idées du genre post-apocalyptique et on pense même parfois à Lovecraft (mythe de Cthulhu). Les mecs qui ont fait ce jeu ont passé plus de temps auprès de Wes Craven qu’à se palucher sur Mario.

  Chaque épisode du jeu s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires et je pense vraiment qu’il y a un jeu de vases communicants : on a pu observer un retour à Romero après la sortie de Resident Evil, et on a subi la prolifération des films de zombie depuis ... pour le pire et le meilleur, euphémisme. Un des pires est ironiquement la première adaptation du jeu avec Milla Jovovich et Michelle Rodriguez. La plupart raconte la même chose (un pur survival nihiliste). Ruez vous donc sur les références du genre que vous devez débusquer dans un bac à solde : la Nuit des Morts Vivants (1969), le premier du genre, et Zombie (dawn of the dead en VO – 1978) où Romero utilise le zombie comme allégorie socio-politique. Histoire de renvoyer l’ascenseur pour le retour en grâce, George Romero a réalisé la pub pour la sortie de Resident Evil 2 en 1998. Plus de films, plus de jeux etc etc pour en arriver à Walking Dead (la BD) qui complète la trilogie de l’excellence en putréfaction.

A noter ce truc hyper cool : le jeu s’appelle Biohazard au Japon et Capcom a du changer le nom à l’international à cause du groupe US de métal/hardcore.



jeudi 5 juillet 2012

Turbonegro // Sexual Harassment


Le syndrôme Sammy Hagar veut qu’un groupe dépérisse s’il change son chanteur. Van Halen avait frôlé le baillement perpétuel avec ce gars, il mérite de donner son nom au phénomène. Seule exception de l’histoire : AC/DC où Brian Johnson a simplement lancé une autre époque à réussite équivalente. Alors quand Hank Von Helvete est parti, le public a enclenché les rites funéraires pour Turbonegro. Et - twist à la M Night Shyamalan - les norvégiens ont annoncé qu’ils continuaient avec l’anglais Tony Sylvester, le Duke of Nothing, président de la Turbojugend London.



Retour à l’esprit Ass Cobra (punk et massif, deux ans avant le climax Apocalypse Dudes), plus proches que jamais de la plus grande turbo-influence, the Dictators. Les Stones joués par Motörhead, dans les sneakers des Ramones.
Le débat 2.0 a rugi. Pas mal de gars n’ont pas écouté le disque, n’ont pas vu le nouveau line-up en concert mais ils sont sûrs d’une chose : c’est nase. Le Duke a passé l’examen devant la Turbojugend à Hambourg, est sorti indemne du grill de la maison mère à Oslo. Il a mérité son badge d’authenticité.


La Turbojugend est restée droite dans ses Converse. "We don't give a shit better than anyone else". On a le fan club que l'on mérite.


Seul bémol pour atténuer le propos, le groupe aurait peut-être du attendre la fin des festivals pour entrer en studio, histoire que Tony soit bien intégré et parfaitement à l’aise dans son nouveau rôle. Il y a des morceaux qui resteront dans les setlists comme les terribles Mister sister, You give me worms, ou Shake your shit machine, à un degré moindre TNA (the nihilistic army), I got a knife et Rise below. Mais il y aussi des chansons ratées où on sent que l'intention est un peu forcée (Hello darkness, Buried alive).
D'autres choses ont eu l’air précipitées, comme le clip de You Give Me Worms qui a cédé aux avances skate de Volcom (le nouveau label, qui s'occupe aussi de Valient Thorr) au détriment du deathpunk froid mais drôle auquel le groupe nous avait habitué.


dimanche 24 juin 2012

GRAHAM COXON: England über alles


Le guitariste de Blur est un paradoxe. A quelques jours de recevoir un prix spécial aux Brit Awards pour la contribution du groupe à la britpop, il se promène avec la dégaine immuable d’un teenager lo-fi et il sort un huitième album solo très marqué par le DIY. ‘A + E’ est sec, minimaliste. Sans être labellisé de « suicidaire », on peut flirter avec l’euphémisme et dire qu’il est peu commercial. C’est peut-être ce que Graham Coxon essaie de cacher derrière ce paradoxe : avoir touché le sommet et rester créatif.
Interview publiée dans Abus Dangereux # 123

Crédit photo @ Louise Dehaye


Bon, tu devais t’y attendre avec un nom pareil : qu’est ce que signifie le titre A + E ?
‘Accident and Emergency’. Tu sais, en Angleterre, il y a cette terrible culture du binge drinking. Tout le monde se met minable et finit une fois sur deux les soirées par s’ouvrir la tête ou un truc du style. J’ai résumé ça par ‘A + E’, parce que c’est là que ça se termine. L’album est à ce sujet : les soirées, la nuit, les excès, les clubs. Je ne voulais pas passer trop de temps à réfléchir au titre. Ca peut te plonger dans une profonde anxiété, de vouloir trouver le titre parfait pour l’album que tu viens de finir.
Je croyais que tu parlais des accords (NdR : A et E sont les noms anglais des notes La et Mi).
Ah ah, oui, un album avec seulement deux accords. C’est une idée. Ca collerait aussi pour ‘Agony and Ecstasy’.
C’était aussi un moyen de faire de l’auditeur un acteur du titre, justement ? Genre « voyez-y ce que vous voulez, appropriez vous le titre » ?
Je m’aperçois ces jours-ci que ce titre ne supporte pas vraiment l’exportation. En Angleterre, si tu dis « A + E », il est clair que tu parles des urgences. Il fallait que ça reste simple de toute façon, histoire de t’en rappeler quand tu es horriblement blessé.



Après « the Spinning Top » qui était un album plutôt calme et folk, tu vires krautrock. C’est Ben Hillier (NdR : producteur de Depeche Mode, the Horrors ou Blur) qui t’a poussé dans cette direction ?
Sur « the Spinning Top », il y avait des moments noisy aussi, beaucoup d’effets sur les guitares. Du coup, quand je jouais les titres de ce disque sur scène, c’était plutôt épuisant. J’avais l’impression d’avoir manqué l’essentiel. Alors j’ai repensé à l’autre disque que j’ai fait avec Ben Hillier, « the Golden D ». On y avait fait pas mal d’expérimentations intéressantes avec des boîtes à rythmes et des synthés. J’étais en train de faire des démos pour « A + E » et j’ai eu envie d’aller plus loin dans cette direction. C’était le bon moment pour ça. J’ai enregistré beaucoup de démos, certaines n’étaient que des idées mises sur bande un après-midi, des trucs que je n’avais pas développés. Chaque fois que j’ai réécouté ces démos, elles prenaient de la consistance. Je crois que je me suis habitué à ces prises rugueuses et spontanées et j’ai vraiment eu envie d’entrer en studio, simplement brancher un micro et surtout prendre du plaisir. Je n’ai pas changé grand chose aux versions des démos. Le côté dépouillé me plaisait beaucoup. Il y a cette chanson qui s’appelle « knife in the cast » qui est la version démo, à laquelle j’ai simplement ajouté une basse et une guitare. Je ne voulais pas enregistrer de façon classique. Je voulais privilégier la vibration de l’ensemble, l’authenticité. J’ai préféré le plaisir et le bruit au côté formel et strict de l’enregistrement studio.
Tu parles de la basse. Justement, c’est quelque chose de très important sur cet album.
Oui j’ai écrit beaucoup en partant de la basse. Principalement parce qu’elle était tout le temps branchée et que ma guitare était dans son étui. Le truc, c’est que quand je prends une guitare, je sonne tellement comme moi-même. C’est d’un ennui profond. J’ai donc changé ma façon de faire pour appuyer plus sur des riffs groovy et des basses plus présentes. Je ne suis pas un bon bassiste. J’étais vraiment dans la peau d’un guitariste qui essaie de jouer de la basse. Le but était de me mettre une contrainte créative. Quand j’ai ajouté la guitare, c’était plus léger. Elle m’a plus servi à donner une couleur que comme instrument principal. C’est la même réflexion qui m’a incité à utiliser des boîtes à rythme, car le son normal d’une batterie me pousse dans des réflexes propres. Je voulais un son consistant, presque industriel, sans penser que j’allais garder ce son sur le disque. Je pensais basculer en studio sur une batterie classique. Une bonne façon de travailler, et je suis content que ça ait marché, que l’album sonne moins Graham Coxon.



Tu as pris un risque, car beaucoup de gens pensent que tu n’es jamais meilleur que quand tu te laisses aller à tes influences indie rock US et punk.
Je trouve que ce son est très anglais, mais ok je vois ce que tu veux dire. J’ai beaucoup écouté Mission of Burma, les Wipers. Les Buzzcocks aussi. C’était une époque où le sujet des chansons avait de l’importance. La démarche était peut-être plus intellectualisée. Ces groupes ont beaucoup écrit sur des relations contrariées. Je suppose que c’est pour ça que j’ai associé tout ce truc à une préoccupation britannique. Si tu supprimes les pleurnicheries à propos d’une fille, c’est tout un pan de la musique anglaise qui disparaît.
On entend beaucoup l’influence qu’ont eu Can, Neu ou Kraftwerk sur cet album, mais il ouvre avec « Advice » qui a un style complètement Graham Coxon-ien. Tu voulais mettre les auditeurs sur une fausse piste ?
Oui, je crois que l’album commence et finit d’une façon très étrange. Il y a presque un sentiment d’auto-destruction dans cette chanson. C’est très sarcastique, mais ça reste fun. Je crois que quelqu’un a écrit qu’elle ressemblait aux Swell Maps. C’est un groupe que j’aime beaucoup mais ce n’était pas volontaire. La dernière chanson aussi, « Ooh Yeh Yeh », sonne familière. C’est le seul morceau qui conserve des racines blues, même si elles ne sont pas évidentes. Mais oui, j’adore le krautrock. Mother Sky de Can, Neu 2 ... Si t’écoutes de la pop à guitare de la grande époque, comme les premiers Who, ils avaient trois minutes pour dire quelque chose d’excitant. Des gens arrivent à trouver ça chiant alors que ça ne dure que très peu de temps. Kong, Van Der Graaf Generator et tous ces trucs de rock progressif ont étendu leurs idées sur un quart d’heure. Mon idée était de mixer toutes ces influences en une seule. Faire des trucs chiants, mais sur trois minutes, ah ah.
Une des meilleures chansons de l’album, selon moi, est « the Truth ». C’est très surprenant car elle a une ambiance très claustrophobe. Tu sonnes presque Nine Inch Nails sur ce morceau.
J’avais enregistré cette chanson avec Stephen Street (NdR : producteur principal de Blur) il y a quelques années. Je n’avais pas le bon angle et elle n’avait jamais collé avec rien d’autre jusqu’ici. J’en faisais une chanson menée par la guitare avant de réaliser que c’était une erreur. Je l’avais même essayé en acoustique pour « the Spinning Top », mais ça ne marchait pas. J’ai écouté cette chanson de Wire, « strange ». Il y a deux basses sur l’intro. Ca m’a donné l’idée d’essayer « the Truth » avec trois basses distordues sur des beats très secs de boîte à rythme. C’est ironique, car la version finale est très proche de ma vieille démo. Je crois que ça en fait une des plus sombres de l’album.
Il y a ce refrain très ironique : « What will it take to make people dance ? ». C’est le dilemme éternel pour les artistes indie rock ?
Oh oui, complètement. J’aime cette idée de wagons de gens pas cools vraiment très bourrés, serrés dans une discothèque pourrie et qui dansent en pensant qu’ils passent un bon moment. Ca fait partie des chansons qui me sont venues très rapidement.


 
C’est facile de rester créatif quand on est sur le point de recevoir un prix qui récompense sa carrière aux Brit Awards ?
C’est plaisant de penser qu’on te tient en estime. C’est plaisant aussi que ton travail soit reconnu. Je ne peux ni m’en foutre, ni être cynique à ce sujet. Je prends le compliment, et je l’apprécie. Ca paraît simple comme ça, mais ça m’a pris des années. Je me plaignais beaucoup dans ma période Blur, mais j’ai réalisé que la vie était trop courte pour être continuellement de mauvaise humeur. Je ne crois pas que ça vienne perturber ma façon d’appréhender la musique. C’est un bon sentiment d’avoir encore l’impression aujourd’hui de faire quelque chose qui me ressemble.
Quand Blur était au top, bien aidés par tous les lads de la britpop, vous avez établi une nouvelle version de l’ « englishness » dans le monde entier. Vous en étiez conscients ?
Je pense qu’on essayait, oui, mais c’était une vision complètement biaisée de l’ « englishness ». Je crois qu’il y avait autant de fierté que de colère. La culture anglaise a été enterrée au profit de trucs américains qui craignent vraiment. Elle se dilue, et je pense que si elle disparaît, elle ne reviendra jamais. Je crois que c’est le message de fond de Blur. Et quinze ans plus tard, les choses ont empiré. Je ne parle même pas de politique, mais je me sens agressé par l’impérialisme culturel américain. Ca va de la musique à la disparition des magasins indépendants, aux journaux ou à la nourriture. Mm, je deviens déprimant.
A cette époque, tu faisais ce truc Kurt Cobain : tu citais des groupes obscurs que tu aimais, comme Mission of Burma.
Ah ah, le « truc Kurt Cobain ». Tu veux dire citer des gens qui méritaient d’être plus connus que Nirvana ? Ok. Je suis avant tout un fan. Je ne me sens pas menacé par la réussite des autres groupes. Je trouve ça simplement bon quand c’est bon, que ce soit une micro-scène punk ou Mission of Burma et Monochrome Set. La musique est un réservoir quasiment inépuisable. Je n’ai découvert les Kinks que très tard, et sans regret, car je n’aurais pas aimé quand j’étais plus jeune. Peut-être que je me mettrai même un jour à écouter David Bowie. Je connais les hits, mais je ne me suis jamais plongé dans son oeuvre. Je réserve ça pour mes 50 ans, je ne suis pas pressé.

lundi 11 juin 2012

Mark Lanegan : the man who wasn't there


Interview publiée dans le numéro 123 d'Abus Dangereux
Une immense silhouette vient nous chercher dans l’obscurité de la salle. Le corps fumant et éreinté d’un rescapé. La scène de Seattle, le grunge, appelez ça comme vous le voulez. Mark Lanegan est sain d’esprit, sa modestie le tient loin des scandales de diva et il traverse la pièce pour que vous ayez une bonne chaise quand vous êtes prêts à commencer l’interview. Le gars est en fait trop normal et érudit pour postuler au panthéon du rock. Il laisse son travail parler pour lui. Une oeuvre majeure gardée secrète. Une carrière absurde d’intégrité. Un pied dans le punk, l’autre dans la case minimisée des artistes à part. Sur scène, il reste accroché à son micro et au pragmatisme sans fioriture. La rédemption est au bout de chacun des arrangements, la perdition se tient en embuscade au début du suivant.

 Ce titre, « Blues Funeral », c’est pour décrire ta nouvelle direction, plus électronique, moins organique ?
Je n’ai jamais eu l’intention de suggérer quoi que ce soit, je laisse ça à l’appréciation de chacun. Je n’ai jamais à chercher à décrire les choses que j’ai faites. Je préfère que les gens qui écoutent l’album trouvent leur propre moyen de s’y connecter.
La pochette du disque semble être le contraste parfait de celle de Bubblegum, qui était noire. C’est parce que tu avais peur d’écrire un Bubblegum, part 2 ?
J’ai déjà essayé d’écrire un « part 2 » pour des chansons avant, mais pas cette fois, non.
C’était quand ?
Quand j’ai écrit « Field songs » (NdR : 2001), j’ai essayé de faire un second « Whiskey for the Holy Ghost », mais je n’étais pas dans cet esprit quand j’ai commencé à enregistrer cette fois-ci.



 
Il y a un son très spécial sur « Blues Funeral ». Est-ce que ça correspondait à ce que tu voulais avant d’entrer en studio ou est-ce que c’est plutôt la touche Alain Johannes (NdR : producteur et membre de QOTSA, Eagles of Death Metal – déjà producteur de Bubblegum en 2004) ?
Je n’avais pas de son particulier en tête, j’ai juste écrit ces chansons et quand on est entrés en studio, elles ont eu leur vie propre. J’ai sollicité Alain sans réfléchir, car on a déjà fait Bubblegum ensemble. Il comprend toujours très vite ce que j’essaie de faire et il a cet enthousiasme incroyable qui rejaillit sur les gens avec qui il travaille. C’est un partenaire vraiment précieux.
Tu as perdu les démos que tu avais faites pour cet album et tu as du reprendre tout le processus d’écriture à zéro. Est-ce que tu sens que la genèse de cet album est spéciale dans ton cursus ?
J’avais déjà commencé un album en partant de rien. C’était l’album que j’aime le moins, « Scraps at Midnight » (NdR : 1998). Désolé pour ceux qui aiment ce disque. Ce n’est pas la même situation cette fois. D’habitude, j’ai des cassettes où j’empile des idées ou des chansons que je n’ai pas retenues pour les disques précédents. L’essentiel de l’album est toujours composé de chansons complètement neuves, mais ces démos me servent à démarrer tout le processus en quelque sorte, à me mettre dans le bon sens. Pour « Scraps at Midnight », je n’avais rien. J’avais des démos mais il n’y avait absolument rien d’exploitable dessus. Si c’est unique dans mon histoire personnelle, c’est à ce niveau-là : j’ai fait la même chose, mais cette fois, j’ai aimé le résultat.
A l’époque du mp3 et de la culture du single, étais-tu dans un état d’esprit où tu créais un album, ou as-tu pensé chanson par chanson?
Je pense toujours en terme d’album, mais je traite un morceau à la fois. J’ai commencé par travailler sur deux chansons : l’une d’entre elles était de toute évidence faite pour ouvrir l’album, et l’autre sonnait comme l’avant-dernière. J’avais une trame et il me restait à « remplir » le reste des cases. Une chanson me dit souvent ce à quoi la suivante doit ressembler.


 
Tu es quelqu’un qui n’a pas d’étiquette. Je veux dire, tu as traversé les années grunge, tu as gravité autour de la scène du désert (NdR : QOTSA et les Desert Sessions), tu as chanté avec Isobel Campbell, tu as participé à des projets avec les Soulsavers et Greg Dulli et tout ce travail est resté très personnel, a su rester indépendant de toute influence majeure. Quel est ton secret ?
C’est un des trucs les plus sympas qu’on m’ait dit, merci. Je fais juste ce qui me semble le plus approprié dans les situations auxquelles je suis confronté. Quand je travaille sur le disque de quelqu’un, j’essaie avant tout de voir ce qu’on fait à travers ses yeux à lui, et je modifie mon apport pour qu’il s’ajuste à notre vision commune. C’est ce qui me paraît important. Je vais toujours dans le sens du projet. C’est juste ma vision du bon sens.
Tu apprécies le travail collectif parce que tu n’aimes pas te mettre en avant, ou pour l’émulation que ça crée ?
Même mes albums solo sont des collaborations. Je ne peux pas jouer de tous les instruments, et collaborer avec d’autres musiciens, c’est ce qui conserve mon intérêt intact pour la musique.
La plupart de tes invités sur Blues Funeral et Bubblegum viennent de la scène stoner. Tu te vois comme une partie intégrante de cette scène ou comme un invité permanent ?
Je connais ces gars depuis mal de temps maintenant. Chris Goss a enregistré un de nos disques en 1996 (NdR : Dust), et j’ai commencé à jouer avec Josh Homme la même année (NdR : il a été guitariste des Screaming Trees pendant deux ans après le split de Kyuss). Ce sont les mecs avec qui je traîne quand je ne suis pas sur la route ou en studio. Pour moi, c’est juste la continuité de nos relations. Je vois la musique qu’on a joué ensemble comme les archives de notre amitié. On se comprend vite, on s’entend bien, on a des références en commun. Et puis ils ne peuvent pas refuser, ce sont mes amis.


Après 25 ans de carrière, je crois bien que t’es destiné à l’underground. Ca te convient ?
Je n’ai jamais eu de plan. Au début, je voulais faire un disque. Quand ça a été fait, je ne pensais pas que quelqu’un l’écouterait, pour être honnête. Encore aujourd’hui, je suis très surpris que les gens écoutent encore les quatre premiers disques, ils ne sont pas très bons. Je me suis toujours senti privilégié d’avoir pu continuer à jouer de la musique, d’être assis encore aujourd’hui avec toi à parler de ma musique. Je m’étale. La réponse courte à ta question est : oui, je suis très content.