dimanche 16 octobre 2011

the MELVINS


Interview des Melvins publiée dans Abus Dangereux # 120  // Octobre 2011
Des blagues tordues,  un duo à la télépathie antonyme : une interview avec Dale Crover et Buzz Osborne est un truc comme regarder Freaks et Clerks simultanément, tout en écoutant un 45 tours de Daniel Johnson à travers le ralenti du 33 tours. Un abattage disques-concerts qui force le respect et presque trente ans de carrière sans jamais mettre en cause leur intégrité. Rencontre au Hellfest avant qu’ils donnent le meilleur concert du festival. Dale et Buzz parlent de l’étiquette musicale du groupe, de pochettes « Violent Kitty », de Kiss et de leur 10e album live sorti cet été, « Sugar Daddy Live ». Et tout ça sans évoquer Kurt Cobain.


2011 a été une année terrible pour vous. Vous étiez au Japon pendant le tsunami ...
Buzz : ... et en Nouvelle-Zélande pendant le tremblement de terre.
Dale : Ouais, c’est plutôt moche.
Que pensez-vous qu’il va se passer pendant ce festival ?
Buzz : Tout le monde va mourir. Des vagues, des explosions, la Terre va s’ouvrir sous nos pieds.
Dale : Mais si on s’en tient au passé proche, nous on sera partis quand ça arrivera.
Buzz : Oui dès qu’on va partir. Le troisième jour va être une catastrophe. Pendant qu’Ozzy joue, ce serait plutôt cool.
Dale : Touchons du bois tant qu’il y en a encore. (blik blik)
Buzz : Oops, touchons du faux bois.
Vous venez de sortir « Sugar Daddy Live ». Ce titre, c’est un moyen de dire que vous n’êtes plus très jeunes ?
Buzz : Bien sûr. Je pensais bien que ça arriverait mais il faut se faire une raison. « I’ll be your daddy, your sugar daddy ».  Je pensais que ce serait un nom vraiment cool pour un disque. J’étais persuadé que quelqu’un l’avait déjà utilisé, mais j’ai cherché et je me suis aperçu qu’en fait, pas du tout.
Vous tenez un genre de listes pour les titres potentiels ?
Buzz : Oui, j’ai une liste. Sugar Daddy était sur la liste. Comment aurait-il pu en être autrement ?
Il y a une version très personnelle de ‘Star Spangled Banner’ sur le live. C’était un hommage à Hendrix ? (NdR : la chanson est une vague tentative vocale de restituer l’hymne US)
Buzz : Oh ... ouais ... bien sûr. C’est complètement à cause de notre amour dévoué pour Jimi Hendrix. Complètement. C’est d’ailleurs purement une reprise de Jimi Hendrix. Nous ne savions pas à l’époque qu’il y avait un quelconque rapport avec les Etats Unis.
Dale : Jimi s’était occupé de la guitare, on s’est chargés du chant.

C’est comme le Patriot Act des Melvins.
Buzz : Tellement qu’on aurait aimé qu’on nous demande de chanter pour un match de base-ball.



Photo Hellfest @ Louise Dehaye
 
Vous avez enregistré le live dans un club.
Dale : Oui, un comedy club au sud de Los Angeles, dans un bled qui s’appelle Dunley.
Pourquoi vous avez choisi ce type d’endroit pour enregistrer ce live ?
Dale : Il y a en général une très bonne acoustique dans les comedy clubs.
Buzz : On a en fait enregistré pas mal de shows sur cette tournée, mais on pensait que celui-là faisait partie de ceux qui sonnaient le mieux. C’était vraiment une coïncidence, on n’a pas vraiment tenu compte des salles.
Vous êtes en fait des workaholiques déguisés en slackers.
Buzz : Oui complètement. Je suis très obsessionnel. A tous les sujets. Je viens toujours avec un paquet d’idées, des trucs que j’ai envie de faire. Récemment, on a du bosser sur des packages fait à la main, préparer le box set... sans compter toutes ces choses qui ralentissent le travail. Il y en a de plus en plus. Tu sais que Dale et moi, on a fait plus de 2000 shows. C’est beaucoup.







Buzz, ta femme Mackie s’occupe de l’artwork des albums. C’est important pour vous de garder une cohérence visuelle d’un album à l’autre ?
Buzz : Tu vois les affiches ici ? (NdR : le box est « décoré » de promo de Dagoba et Doro) C’est exactement le genre d’artwork qu’on ne veut pas. Je ne veux rien avoir à faire avec un truc qui ressemble à ça. On veut quelque chose qui soit différent. Beaucoup des visuels qu’on choisit sont de la « cute violence ». Ca me semble être une bonne définition. La version violente d’Hello Kitty., C’est vendeur, la violence. Ces affiches, là, ça ne veut rien dire, c’est stupide. Ces gars ne sont pas vraiment méchants ou diaboliques. Ils passent plus de temps à se coiffer qu’à faire les gros bras. J’aime un sacré paquet de trucs différents et ça me ferait mal d’être résumé à un genre minuscule. Déjà, notre nom, les Melvins, c’est un peu comme les Ramones. Nos pochettes ne reflètent pas notre musique. Notre maison de disques ne s’attend pas à ce que nous vendions des tonnes d’albums. Bon ces mecs là, c’est ok, ils font leur truc et ce n’est pas pour moi. On dirait un mauvais film exotique. Je ne connais même pas la plupart de ces groupes, je parle juste en terme d’imagerie. Tu connais cet artiste des années 70, Boris Vallejo? C’est un peintre. Il fait pas mal de trucs dans ce genre. Il fait beaucoup d’illustrations pour les nouvelles de Burroughs. Pas vraiment le poète beat, hein. Le gars de Tarzan, Edgar Rice Burroughs.
 





Et paradoxalement, vous êtes des gros fans de Kiss.
Buzz : J’aime quelques disques ouais, les vieux trucs.  L’album « Hotter than Hell » est vraiment bon.
Dale : « Alive ! » est cool aussi.
Et vous avez fait pas mal de reprises : quelle est votre chanson préférée ?
Dale : « She ». 
 Buzz : « Strange Ways ».  Je pense que c’est un des meilleurs solos de l’histoire. C’est en tout cas le meilleur solo d’Ace Frehley. Bizarrement, ils n’ont pas tant de grandes chansons. T’as quelques morceaux qui sont terribles, « Detroit Rock City » est une chanson géniale. « God of Thunder ». De bonnes chansons, bien jouées, un bon songwriting. 


Comment est-ce que vous percevez le fait que personne ne trouve d’étiquette pour votre musique. Vous êtes juste « indie » pour tout le monde. Comment vous appelleriez votre propre style ?
Dale : Je ne suis pas sûr qu’on soit un groupe grunge ... il faudrait rajouter du heavy metal, du punk ... les étiquettes sont surtout pour les gens qui ne s’y connaissent pas trop en musique, histoire de ne pas se perdre dans les magasins de disque. Pour ces gens, notre étiquette serait « euh, probablement quelque chose que vous n’aimeriez pas ».
Buzz : Je dirais « Captain Beefheart qui joue du heavy metal ».
Ca sonne violent.
Buzz : Oui, ce le serait très assurément. Une combinaison de Miles Davis qui joue Funkadelic, George Clinton et Captain Beefheart qui jouent du métal. Tous en même temps. C’est ce que j’essaie de faire.
Quel était le plan pour les Melvins en 1983, quand vous avez commencé ?
Buzz : Jouer un concert.
Dale : ... et on en a joué plus de 2000 comme on te disait.
Buzz : c’était notre seul but à l’époque. Avec celui de créer de la musique qu’on aimerait en tant que fans. On croit que c’est le seul moyen de faire de la musique. Beaucoup de gens partent en se disant : « quel genre de musique va plaire au public ? ». Mais si toi tu n’aimes pas, ça ne peut pas marcher. Hey, j’ai bon goût. Alors si j’aime un truc, d’autres gens vont l’aimer aussi. Pas le monde entier bien sûr puisque les disques qui se vendent sont surtout des trucs atroces, et 99 % du public mainstream n’aimerait pas ce que nous faisons. Je suis un weirdo excentrique. Mes idées sont rarement prises au sérieux par le reste du monde, je ne sais pas pourquoi.
Vous n’en avez pas marre d’être incompris ?
Buzz : On s’y est fait.
Dale : Pour des raisons qui restent floues, ce n’est pas si difficile d’embrouiller les gens. Je ne sais pas pourquoi.
Buzz : Ca me surprend toujours quand les gens ne nous aiment pas, et finalement changent d’avis. « Je ne vous comprenais pas, mais hey maintenant c’est plutôt cool ce que vous faites ». Ce que j’entends c’est « j’ai toujours été très stupide mais maintenant je pense que je suis devenu un peu plus malin. »  Mais pourquoi tu viens me dire ce genre de truc ? Je m’en tamponne carrément. « Hey, je pense que tes peintures sont horribles mais les nouvelles tiennent la route. » Je me vois mal dire ça à quelqu’un.
Dale : Bah. La plupart de mes disques préférés, je ne les ai pas aimé au départ. Tu ne comprends pas le truc et ça prend un certain temps de t’approprier les morceaux. 


Est-ce qu’il y a un challenge dans les Melvins, du genre à jouer la chanson la plus heavy, lente et sludge de l’histoire ?
Buzz : Rien de ce style non. A vrai dire, on veut seulement écrire ce qu’on considère comme étant de bonnes chansons. Pas forcément dans le style d’écriture habituel depuis Chuck Berry. Couplet – refrain – couplet –refrain – refrain. Je ne trouve pas ça intéressant. Je remercie Chuck Berry, mais c’était dans les années 50 ! Même les Beatles prenaient plus de risques que la plupart des groupes actuels.
Dale : Ouais, carrément vrai. Pour de la pop, ils avaient pris un chemin loin d’être traditionnel.
Buzz : Les structures surtout. Une chanson comme « Happiness is a warm gun » est vraiment étrange. Aucun thème ne se répète, la chanson évolue. Et c’était dans les années 60 ! Si tu ne prends que les groupes sur le Warp Tour, tout le monde joue le même truc. Couplet refrain couplet refrain poOOOoont ... refrain refrain terminé. Chuck Berry !! Ca ne m’intéresse pas du tout et je doute que ça intéresse nos fans.
Vous avez des astuces pour éviter des redites ?
Buzz : Utiliser sa tête. Je ne jouerais simplement pas une musique que je n’aime pas. C’est la seule constante.
Pour vous, quel est la chanson la plus Melvins de votre répertoire ?
Dale : Hey, c’est plutôt dur à dire. On vient de tourner aux Etats-Unis en jouant nos vieux disques.  Je pense toujours que ce sont de bonnes chansons, d’un type différent. Pour moi, ça sonne plutôt bien encore aujourd’hui.
Buzz : Je ne pourrais pas choisir une chanson. Je pourrais te donner peut-être cinq albums.

Photo Hellfest @ Louise Dehaye


DOD avait sorti une pédale d’effet de guitare – la BuzzBox. C’était un peu tombé à plat. C’était censé imiter ton son, Buzz.
Buzz : je n’ai vraiment rien à voir avec le truc. Ils ont juste voulu imiter mon son sur le disque Eggnog. Une idée un peu tordue.
Quel est ton vrai matériel sur scène ?
Buzz : Plus les années passent, en tant qu’individu et en tant que guitariste, moins je fais attention au matériel et je deviens plus attentif aux guitaristes. Si tu donnes à Hendrix les pires amplis et guitares au monde et que tu me donnes à moi les meilleurs, il sera encore meilleur. Ne faites pas trop gaffe au matos les mecs. C’est un détail. Ca a plus à voir avec ce qui est dans ton coeur et dans ta tête. Hendrix aurait été bon quoiqu’il arrive. Tu ne peux pas compter sur la technologie pour dérouter les gens du fait que tu es un piètre guitariste. Les chansons restent les chansons. Elles sont bonnes même si elles sont enregistrées sur un 4-pistes ou avec un dictaphone.
Sugar daddy Live (Ipecac / Differ-ant)